MRC : Safi N’Diaye, une affamée de victoire en quête d’un troisième titre consécutif

La belle saison de Safi N’Diaye se poursuit. Après avoir remporté le Grand Chelem dans le tournoi des VI Nations avec l’équipe de France, la capitaine du MRC compte bien emmener les Coccinelles vers un troisième titre consécutif. Engagée auprès de Provale, le syndicat des joueurs professionnels, elle œuvre pour un changement du statut des joueuses de rugby. Une reconnaissance, certes, mais également une obligation si la France veut maintenir les excellents résultats obtenus par des femmes portées par la passion.

=> Montpellier jouera sa demi-finale aller à Blagnac, le samedi 28 avril à 15h30 et le match retour, le dimanche 6 mai à 15h à l’Altrad Stadium.

Quelques semaines après, que retenez-vous du Grand Chelem réussi avec l’équipe de France dans le tournoi des VI Nations ?

D’abord une très belle aventure humaine entre les joueuses et le staff. Cela restera gravé. On s’était promis quelque chose et on a respecté cette promesse. On a très bien vécu à l’intérieur du groupe avec des filles d’origines, d’âges et de clubs différents. On a réussi à créer une équipe en très peu de temps.

On a l’impression qu’à chaque compétition, il y a un engouement de plus en plus grand de la part du public, vous le ressentez aussi ?

Depuis que je joue au rugby, chaque saison je vois l’évolution. Les gens nous sont fidèles d’année en année. À Grenoble (ndlr : contre l’Angleterre le 10 mars dernier), il y avait 17 500 personnes dans un stade plein. Nous n’avions pas commencé le match que déjà je trouvais qu’il y avait une osmose. Que l’on perde ou que l’on gagne, on avait le public derrière nous. Il nous suit depuis 2014, puis il y a eu la coupe du Monde en 2017. Les gens nous attendaient vraiment sur ce tournoi.

On se rend compte aussi que, pour le tournoi des VI Nations, il y a de plus en plus de villes qui veulent nous accueillir. Et les autres nations veulent jouer en France car les stades sont pleins et, en plus, ce sont des beaux stades de Top 14. Des fois quand on se déplace, on va dans des stades, pourtant avec des matches internationaux, où il y a trois personnes en tribune. Avec ce public, nous sommes devenues une marque de réussite. Les gens nous le rendent bien et c’est hyper valorisant et plaisant. C’est vraiment une récompense pour nous qui ne sommes pas professionnelles. On a une mission car on représente la France mais je pense que l’on remplit d’autres missions de plaisir par exemple. Si on peut faire oublier les problèmes des gens, c’est super important.

D’avoir fait l’aventure avec trois autres montpelliéraines, cela vous a apporté quelque chose ?

Évidemment. On se connaît super bien, sur et en dehors du terrain. On fait une très belle saison avec le club donc de partager ça avec d’autres joueuses de Montpellier c’est un plus et c’est juste génial.

Avec Montpellier, vous venez de terminer en tête de la phase de qualification, quel bilan vous en tirez ?

Cette année, on se demandait un peu où on allait. Gaëlle Mignot, notre capitaine emblématique, est partie en Angleterre et j’ai repris le capitanat. Il y a eu pas mal de nouvelles arrivées. Contrairement à l’année dernière, on a gagné nos matches à domicile et on est allées chercher des victoires à l’extérieur. Cela s’est fait vraiment petit à petit. Je pense que le stage de début de saison en Irlande nous a beaucoup aidé. Les filles ont joué deux matches contre des équipes irlandaises et après elles sont venues nous voir pendant la coupe du Monde. Cela a vraiment créé quelque chose. Quand nous sommes rentrées, les filles se connaissaient et connaissaient le projet de jeu. On a gagné énormément de temps et cela a été un facteur de réussite. Après, comme je disais aux filles, la saison sera vraiment réussie si on a le titre. On peut être première, si on n’a pas le titre cela n’aura servi à rien.

Comme la saison dernière vous retrouvez Blagnac en demi-finale, comment vous voyez cette double confrontation ?

J’ai envie de dire, encore Blagnac (rires). Mais c’est une autre saison. C’est une équipe qui commence à être vraiment bien rodée car elles ont des joueuses qui sont là depuis longtemps appuyées par une très bonne formation. C’est un club très bien structuré. Cela va être encore plus dur. L’année dernière, la qualification s’était jouée à deux points. Cette saison en championnat, nous les avons largement battues chez nous et elles nous ont largement battues chez elles. Donc tout est remis à zéro.

Quel est votre rôle au sein de Provale ?

Cela fait trois ans que je suis au comité directeur de Provale. J’étais la première fille à intégrer le comité des joueurs. Déjà, on a pu changer les statuts. Ce n’est plus l’Union des Joueurs Professionnels mais l’Union des Joueurs et Joueuses Professionnels. Je suis concertée autant pour les filles que pour les garçons. Je donne mon avis en tant que secrétaire générale du comité directeur du syndicat avec également Gaëlle Mignot qui en est la trésorière. On a mis en place des visites dans tous les clubs du Top 8. On veut faire bouger les choses et mettre en place un statut pour les joueuses. Je pense que l’on est à la limite de ce que l’on peut demander à une joueuse pour être au haut niveau et nous n’avons qu’un statut amateur.

Pour partir en sélection par exemple les joueuses sont obligées de poser des vacances ?

C’est ça, vacances, congés sans solde… On s’entraîne tous les jours, des fois entre midi et deux puis le soir. Cela devient lourd. Pour l’instant, on arrive à rivaliser avec des grandes nations comme l’Angleterre mais, elles, cela fait déjà deux ans qu’elles sont professionnelles. Indéniablement l’écart va se creuser. Ce n’est pas dans trois ans, quand on n’aura plus de résultat qu’il faudra réagir et se poser des questions. Il faut se réveiller avant. On a la chance d’avoir des filles de 18 ans qui arrivent et sont des pépites. Ce sont des joueuses pour la prochaine coupe du Monde. Si ce n’est pas maintenant que l’on met en place les choses, on va encore se mordre les doigts parce que l’on aura encore buté en demi-finale ou que l’on ne se sera pas qualifié. La Nouvelle-Zélande est passée pro il y a peu de temps. Cela devient compliqué et c’est aussi peut-être dangereux pour la santé des joueuses.

Selon vous, qu’est-ce qu’il faudrait mettre en place ?

Je pense que la Fédération, contrairement au Top 14, peut encore avoir la main sur le Top 8 ou le Top 16 l’année prochaine. Pour l’instant, il n’y a pas encore de gros investisseurs qui ont mis de l’argent dans les équipes et qui ont fait ce qu’ils ont voulu. On peut voir les dérives que cela occasionne dans le Top 14. La Fédération pourrait commencer par semi professionnaliser un groupe de 30 joueuses à potentiel pour jouer au haut niveau comme cela peut se faire ailleurs. Il y a un engouement et il faut en profiter. Je prône le semi-professionnalisme car c’est une bonne alternative pour nous. Nous n’avons pas des carrières longues. Il y a les enfants et c’est compliqué de revenir après une grossesse. Nous ne pouvons pas comme les hommes, investir dans des bars ou des restaurants, et ainsi nous couvrir avec un projet de reconversion. Une fois que notre carrière est finie, la vie continue sans le sport. C’est pour ça que je dis aux filles de ne pas lâcher les études. On a dix ans de carrière au haut niveau. Mais il y a des choses à mettre en place notamment avec des employeurs conciliants.

À Montpellier, par rapport aux autres clubs, vous avez un statut à part ?

Ce qui est bien à Montpellier, c’est que nous avons des gens qui ont bien réfléchi à ce qu’ils voulaient faire. Ils n’ont pas fait n’importe quoi. On a plusieurs statuts : celui de la joueuse internationale, d’une joueuse de Top 8 de haut niveau, de jeune et d’espoir. Par rapport à ton statut, tu as des devoirs à rendre au club.

On a un staff complet avec un kiné, un médecin, un osthéo… des dirigeants qui nous aident à trouver du travail ou un appartement. On voyage dans de bonnes conditions. Les Lilloises, par exemple, sont parties en bus après leur match contre nous, et sont arrivées à 4h du matin. Certaines travaillaient à 8h le lundi matin. On n’est pas là dedans donc je pense que l’on est une des équipes les mieux loties du Top 8. On a des gens passionnés, comme Pascal Mancuso le manager qui met tout en œuvre pour que l’on soit dans de bonnes conditions. Il connaît exactement nos situations et nos vies. À chaque fois, il nous dit que nous sommes des Wonder Women.

Nos dirigeants se projettent d’une année sur l’autre et font beaucoup de boulot avec les jeunes : on a des minimes, des cadettes, une section qui travaille bien entre le club et Mermoz… On est beaucoup dans la transmission et notamment ce que nous, les anciennes, donnons comme image. C’est quelque chose de très important.

D’autant qu’il y a de plus en plus de jeunes filles qui se tournent vers le rugby.

Le rugby féminin a enregistré 6 000 licenciées en plus depuis avril 2017. C’est génial. La Fédération se rend compte que l’on est un point de développement énorme pour elle. En plus, c’est une discipline olympique avec le rugby à 7.

Vous avez été nommée pour le titre de joueuse de l’année, le Grand Chelem avec l’équipe de France en mars après une 3e place à la coupe du Monde cet été, en course pour un 3e titre consécutif avec Montpellier, c’est une magnifique année pour vous ?

J’ai énormément de chance mais je suis maintenant focalisée sur le titre. Je parlais de transmission. On m’a transmis le flambeau cette année et je ne peux pas faire moins bien. Avec tout ce que les filles et le club mettent en place, c’est une obligation.

Ce titre aurait une saveur différente de celui de l’année dernière qui a été conquis dans la difficulté ?

Aucune saison ne se ressemble. C’est bateau ce que je dis mais des fois on me demande si je n’en ai pas marre de gagner depuis trois ans. Non, justement ! Je ne m’y habituerai jamais, je ne serai jamais rassasiée. Je comprends les champions comme Martin Fourcade ou Teddy Riner. On dit que l’on est affamés mais on est des affamés de victoire, c’est évident.

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