Fac de droit de Montpellier : la LDH demande des mesures conservatoires

Tandis que les examens ont débuté à la faculté de Droit et de Science Politique de Montpellier, la Ligue des Droits de l’Homme 34 s’inquiète de leur bon déroulement et de la sécurité des étudiants en raison de l’absence de mesures conservatoires prises à l’encontre des personnes présentes dans l’établissement lors de l’intervention violente d’un commando il y a une quinzaine de jours. « Nous demandons au président Philippe Augé d’assurer la sécurité des étudiants ; qu’il enlève la société de sécurité et qu’il garantisse l’anonymat des copies ; que des mesures conservatoires soient prises sur le personnel. Cela nous semble le minimum », interpelle Sophie Mazas. La présidente de la LDH34 annonce également avoir saisi dans ce sens Jacques Toubon, le Défenseur des droits.

La LDH interpelle Philippe Augé

Après avoir montré différentes vidéos et plusieurs éléments à Philippe Augé, président de l’Université, Sophie Mazas s’étonne que ce dernier n’ait pas pris de mesures conservatoires pour garantir le calme au sein de l’établissement. « Après que les grilles soient baissées, on voit des personnes applaudir et acclamer les membres encagoulés du commando. On voit aussi des doctorants qui applaudissent, et des professeurs, qui ne sont pas choqués ou effrayés, qui contemplent du balcon ce qu’il se passe. On voit des professeurs qui accompagnent le mouvement notamment le professeur Vielfaure qui a l’air satisfait de ce qu’il se passe. On voit le professeur Vialla qui n’intervient pas et qui a été mis en cause par plusieurs témoignages. Un couple, que l’on voit acclamer le commando, sont ceux qui habituellement font émarger les étudiants aux examens et assurent l’anonymat des copies. Ces personnes applaudissent une milice armée qui vient de violenter des étudiants, alors que des professeurs sont présents. Les mêmes qui vont d’ailleurs noter les étudiants ».

L’intersyndicale des universités et les étudiants, victimes du commando ou témoins, ont également interpellé Philippe Augé pour demander des mesures disciplinaires à l’encontre des personnels administratifs, enseignants et doctorants il y a une dizaine de jours par courrier recommandé. Sophie Mazas pointe également du doigt le retour, afin de filtrer les entrées à la faculté, des mêmes agents de sécurité, présents le soir des faits et dont un aurait été vu avec un taser à la main.

« Une mesure conservatoire est une mesure temporaire préventive, qui peut s’avérer infondée, mais qui est prise par mesure de sécurité de protection. La personne est maintenue dans son traitement, elle n’est en rien de diffamatoire. C’est ce qui doit être mis en oeuvre en attendant les mesures disciplinaires et que le dossier soit traité », précise Sophie Mazas qui souhaite voir les personnes s’expliquer dans le cadre de l’enquête.

La présidente de la LDH 34 incite donc le président de l’Université à prendre des mesures conservatoires : « C’est prévu pour, donc Philippe Augé devrait le faire. Il ne ramène pas la paix. Il est juste en train de créer une situation de violence morale pour les étudiants ». Des soupçons concerneraient, en distinguant les comportements et les attitudes le soir des violences, « à minima trois personnels administratif, un appariteur et deux personnes qui surveillent les examens. Il y a des gens qui sont partis en arrêt maladie, il faut peut être se demander pourquoi. Des doctorants vacataires ont été identifiés. Et trois professeurs des universités ont été mentionnés ».

Détresse des étudiants

« On en est à un point où les étudiants ont peur parce qu’ils peuvent très bien avoir des notes à leurs examens qui ne soient pas en fonction de leur résultat universitaire mais en fonction de leur positionnement politique au sein de la faculté. Ces étudiants sont obligés de retourner en cours. Là, ils ne peuvent plus, ils sont à la limite. Ils ont fait tout ce qu’ils pouvaient faire dans un état de droit et il n’y a rien en retour. Où est la protection que leur doit le président de l’Université ? » s’interroge Sophie Mazas qui mentionne des étudiants en détresse psychologique.

Mathilde témoigne de sa situation à quelques semaines de soutenir sa thèse. Doctorante en droit constitutionnel, elle s’est vue refuser l’entrée de l’établissement le jour de sa réouverture avant qu’un vigile de la sécurité vienne lever l’interdiction en lui disant : « Vous avez été mise à jour ». Prenant la parole au nom des étudiants mobilisés, elle raconte : « Notre simple présence est vécue comme une pression contre le reste de l’université qui se sent menacé, agressé et qui nous incite à ne pas venir ». Révoltée, Mathilde dénonce « un esprit de corps au sein de la faculté et que toute remise en cause de ce corps est vécu comme une menace. Finalement, ce sont les personnes qui dénoncent ces actions qui sont mises en porte-à-faux ».

« un déclin de notre université »

Si une enquête administrative a été effectuée à la demande du ministère, reste que les conclusions ne sont toujours pas connues et que Frédérique Vidal n’a pas pris d’autres mesures depuis la suspension de Philippe Pétel et de Jean-Luc Coronel de Boissezon. « Si c’est pour nous faire le coup de 1998 où aucune mesure n’avait été prise alors que les agresseurs étaient à l’époque à visage découvert, on a déjà vu comment ça se passe. Les étudiants ont de la mémoire et ils ne se laisseront pas une deuxième fois endormir » prévient Sophie Mazas tout en notant les différences : « La présidence de l’Université avait délogé les étudiants. Par contre les présidents d’UFR et les doyens ont pris leur responsabilités. Il y a eu un comité d’éthique qui s’est mis en place et des réactions ont suivi. Là, il n’y a pas de réaction. À un moment donné, le non choix, c’est un choix. Et, le non choix de la présidence de l’Université de mesures conservatoires, c’est un choix de ne pas protéger les victimes, de ne pas protéger les étudiants », tranche Sophie Mazas.

Vingt ans après la situation est toute autre pour la présidente de la LDH34 : « Comme il n’y a pas de réaction de l’Université, finalement on couvre tout ça. Les professeurs, les doctorants, les enseignants, les personnels administratifs qui ont réagi en dénonçant ces violences sont accusés de porter atteinte à l’image de l’université ou de casser l’unité de la faculté ». Mathilde va dans le même sens : « La réaction des étudiants et des professeurs a été très différente en 1998. Lors d’un cour où l’amphi était plein, ce qui n’était pas le cas habituellement, tous les étudiants se sont levés dans un silence de cathédrale. Quand le professeur est arrivé à sa chaire tous les étudiants se sont tournés d’un seul mouvement pour signifier leur désaccord car ce monsieur avait participé à un passage à tabac d’étudiants. Aujourd’hui, c’est exactement l’inverse qu’il se passe. Toute la faculté de Droit est en train de tourner le dos aux victimes, aux témoins et aux étudiants mobilisés ».

Au-delà des victimes, Sophie Mazas alerte : « Pour la faculté de Droit, créée au XIIe siècle, qui a une tradition de connaissances, de transmission des savoirs et de débats, si elle en vient à se fermer autour d’une pensée qui tolère et accompagne des actes de natures violente et fasciste, je pense que cela va être un déclin de notre université ». Plusieurs étudiants ont déjà pris la décision de ne pas poursuivre leurs études à Montpellier.

Le LDH en appelle à l’État

Si Sophie Mazas a décidé de saisir le défenseur des Droits c’est parce que « l’échelon hiérarchique de l’administration que constitue le président de l’Université ne réagit pas. Il faut quoi ? Que l’on aille au tribunal pour obliger l’administration à réagir. Il faut un minimum de citoyenneté et de sens des responsabilités. Philippe Augé préside l’ensemble de l’Université, il essaye sans doute de satisfaire tout le monde mais là, en l’occurrence, c’est le minimum. Qui va envoyer ses enfants dans une université où sa sécurité n’est pas assurée ? ».

Une délégation a également été reçu dans la journée par le directeur de cabinet du préfet afin de faire remonter toutes ces demandes au préfet et à la ministre de l’Enseignement supérieur Frédérique Vidal : « Nous allons interpeller l’État pour qu’il garantisse aux étudiants de pouvoir étudier en sécurité dans les bâtiments et les locaux universitaires ».

La mère d’une victime témoigne à son tour : « Notre jeunesse a besoin de justice. Il faut avoir les résultats de l’enquête administrative, que la police avance et que la justice soit rendue pour nos jeunes. Cette violence institutionnelle cela les rend violents. Il faut que cela se calme avec le droit et la justice ». Dénonçant au passage les attaques proférées sur les réseaux sociaux, elle lance un appel : « Que les parents se réveillent aussi. Cela m’énerve car je ne vois aucun parent qui se mobilise auprès de nos jeunes ». Un désir de justice exprimé par de nombreuses personnes qui ne semble pourtant pas résonner au sein de la faculté de Droit.

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