Filière jihadiste de Lunel : le procès, trois ans après

Le 27 janvier 2015, la petite ville paisible de Lunel -25’000 habitants- faisait la une de tous les médias : les policiers du Raid et les gendarmes du GIGN avaient effectué une spectaculaire descente au cœur de la cité de la Petite Camargue et de deux communes alentour. Orchestré par la DGSI -le Renseignement intérieur-, ce coup de filet se soldait par l’arrestation de cinq hommes, dont deux fraîchement rentrés de Syrie. Plus de trois ans après, leur procès s’ouvre à Paris.

Aujourd’hui âgés de 29 à 47 ans, ils sont jugés depuis ce jeudi devant le tribunal correctionnel de Paris, pour le délit présumé de association de malfaiteurs en vue de préparer des actes terroristes. Deux d’entre eux sont aussi poursuivis pour financement d’une entreprise terroriste dans cette procédure judiciaire dite de la filière jihadiste de Lunel.

Cinq sur le banc des prévenus, certes, mais l’enquête a déterminé qu’une vingtaine de jeunes Lunellois -des femmes et des enfants compris- sont partis combattre à l’étranger entre l’automne 2013 et décembre 2014. Ils ont rejoint les rangs de Daech, l’Etat islamique (EI), en Syrie et en Irak. Huit d’entre eux y ont laissé la vie.

« Un Molenbeek français »

Lunel se retrouve du jour au lendemain propulsée au premier plan de l’actualité en France, mais également en Europe. On présente la ville héraultaise comme « l’un des cent Molenbeek français », allusion au démantèlement d’un nid de jihadistes dans cette commune de la périphérie de Bruxelles, en Belgique. Les médias écrivent que « Lunel est devenue un laboratoire miniature du jihad made in France ». L’émotion est considérable dans la ville, classée en zone de sécurité prioritaire, ZSP, gérée par la gendarmerie nationale, à l’instar des cités de la Mosson-Paillade, du Petit Bard et de la Pergola,à Montpellier et de la Devèze à Bézuers, situées en territoire de la police nationale.

Qui sont les prévenus ?

Sur les cinq prévenus jugés jusqu’au 11 avril à Paris, seuls deux ont séjourné en Irak et en Syrie. Un des autres Lunellois a assuré s’y être rendu pour une raison humanitaire. Tous se fréquentent depuis l’adolescence. Ils sont des fidèles de la mosquée El-Baraka, à Lunel, mais l’enquête a révélé qu’ils avaient créé un groupe de prières et organisé des « assises religieuses », où les échanges portaient sur des thèmes comme « l’invisible, les anges, Dieu, le paradis, l’enfer ».

Les enquêteurs ont établi, qu’outre son QG installé dans la coté populaire de l’Abrivado, le groupe avait ses habitudes au snack Le Bahut, tenu par Karim B., surnommé « Le Chinois », un des premiers à partir sur le front irak-syrien.

Hamza M. est qualifié de « personnage central » dans l’instruction diligentée par trois juges parisiens. Il est présenté comme le principal relais entre Lunel et le front de Daech, ce qu’il conteste depuis sa mise en examen et son incarcération.

Écoutes téléphoniques

Des écoutes téléphoniques montrent qu’Hamza M. a gardé le contact depuis Lunel, avec des Français présents dans la zone irako-syrienne. Il est décrit par des proches comme « influençable » et a maintenu en garde à vue, puis devant les juges d’instruction être parti en Syrie pour des raisons humanitaires. Il a toujours nié avoir eu un rôle de « recruteur » auprès des jeunes lunellois.

En décembre 2014, les policiers ont enregistré cette conversation avec son meilleur ami, lors d’une des écoutes téléphoniques : «Lunel, c’est la ville française la mieux représentée au sein de l’Etat islamique»

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