Philippe Saurel sur le projet des archives municipales : « Je n’ai plus le temps ! »

Confronté à plusieurs problématiques, dont le report de la décision de justice concernant l’occupation de l’ancien bâtiment des archives départementales qui devait accueillir les archives municipales et métropolitaines, Philippe Saurel a pris la décision de « changer son fusil d’épaule ». Un nouvel édifice entre 7 000 et 10’000 m² sera construit dans la ZAC République pour accueillir les archives municipales et métropolitaines de Montpellier.

Quant au site des anciennes archives départementales, le maire les destine à un programme immobilier contenant des logements sociaux, abordables ainsi que privés. Projet qui dépend désormais de la libération des lieux par le squat Luttopia sur lequel Philippe Saurel s’est montré intraitable.

Regrouper les archives

« C’est aux Archives que j’ai passé une grande partie de mon enfance et de mon adolescence » explique Philippe Saurel avant de détailler toutes les missions effectuées en tant qu’élu de la ville ou du département dans ce domaine : « Les Archives, c’est consubstantiel de ce qui a fait éclore chez moi le désir d’action publique. Pour ce qui est de la théorie, les archives ne sont pas des registres poussiéreux faits pour les historiens illuminés. Les Archives sont la conquête faite par la Révolution française ».

Le premier édile rappelle ainsi que Georges Frêche lui a confié, car c’était « le premier dentiste historien qu’il voyait », les Archives comme première délégation en 1995 avec pour mission de transférer les archives municipales historiques, couvrant la période allant de l’an 985 à 1914, de la tour des Pins jusqu’au 5e étage de la médiathèque Émile Zola. Les archives contemporaines de la ville incluant les permis de construire, les délibérations municipales, les plans d’urbanisme… se trouvent dans la mairie B de l’ancien Hôtel de ville, la partie actuellement fermée pour cause d’amiante. Philippe Saurel avait pour projet de les regrouper, en y ajoutant les archives intercommunales de la Métropole, dans l’ancien bâtiment des archives départementales racheté par la municipalité sous Hélène Mandroux après que les 36 km de rayonnages aient été transférés en 2012 à Pierresvives.

Des retards et un effet domino

Le dossier a ensuite pris du retard en raison d’abord d’un problème avec le premier jury d’attribution puis avec les découvertes effectuées par les fouilles préventives dont des ossements qui doivent être transférés. Inoccupé depuis 4 ans, le bâtiment de 4 000 m² est alors squatté par le collectif Luttopia en novembre 2016 avec vocation d’accueillir les personnes sans logements. « Nous avons déposé plainte », explique Philippe Saurel, « Lorsque le tribunal s’est prononcé (ndlr : en juillet 2017), il a donné huit mois supplémentaires aux squatteurs. Nous devions repasser devant le tribunal il y a quelques jours : grève des avocats ! Il se dit qu’il y aurait une session en juin ». Effectivement, un jugement sera rendu en début de ce mois.

En juin dernier, Philippe Saurel présentait le déménagement de la médiathèque Fédérico Fellini au 5e étage de la médiathèque Émile Zola. Les travaux d’une mezzanine, imaginée dès le départ par l’architecte Paul Chemetov anticipant un agrandissement, devaient débuter l’année prochaine. L’espace laissé vide aux Échelles de la Ville permet ainsi, dans le cadre de la rénovation du Polygone qui devrait se terminer à l’automne 2019, d’imaginer un passage plus large pour « faire une grande allée commerciale et piétonne qui fasse rejoindre la place de la Comédie et Antigone » détaille le maire.

Deux nouveaux projets

« Vu le retard que le dossier sur les Archives a pris, vu les procédures juridiques dont il fait l’objet, vu le transfert des ossements qui prend un certain temps, vu le surcoût du dossier lié aux dégradations catastrophiques du bâtiment… je prends la décision de changer mon fusil d’épaule. Nous allons lancer la construction d’un centre d’archives qui ne se fera pas sur l’ancien site des archives départementales de l’Hérault. Je n’ai pas le temps ! ». Ne voulant plus être tributaire des décisions de justice à venir qui pourrait encore repousser son calendrier, Philippe Saurel lance en quelque sorte un nouveau point de départ pour les Archives. L’édifice sera construit dans « une zone appartenant à la SERM et qui ne peut pas recevoir du logement » précise Philippe Saurel. Un concours d’architecte sera lancé dans le mois sur la ZAC République en bord d’autoroute. « Et puis, les archives et la République, c’est la même chose » glisse t-il. Le maire espère poser la première pierre de l’édifice avant 2019.

Quand au site des archives départementales, le maire a désormais comme projet « un programme immobilier avec du logement social, du logement abordable et, bien sûr, aussi du logement privé. Dès que nous le pourrons nous récupérerons la chapelle des Récollets pour en faire une salle d’exposition municipale pour permettre aux artistes de Montpellier d’exposer dans un lieu qui leur sera dédié une fois qu’elle sera remise en état ».

Intraitable sur Luttopia

Faisant valoir l’état de droit et invoquant l’article 2 de la Déclaration des Droits de l’Homme, Philippe Saurel reste fermé à reconnaître l’utilité sociale de Luttopia : « Vous ne pouvez pas m’expliquer que le squat est une solution », se défend t-il, « Qu’il manque des logements d’urgence sur une ville qui a une forte progression oui. C’est pour ça que je me suis inscrit dans le dispositif Logement d’abord et que l’État nous accompagne sur le sujet ». Excédé d’entendre et de lire les soutiens à Luttopia, le maire hausse le ton : « Maintenant, stop. C’est bon. Ok ! Le tribunal a rendu son avis, tout le monde est content. D’après ce que je lis dans la presse, tout le monde est ravi de voir des mecs s’installer là-bas. Le jour où il y aura un viol comme à Las Rébès, le jour il y aura une fille ou un gars qui prendra une overdose comme cela s’est déjà passée, dans le conservatoire quand Georges Frêche est allé vider lui même le squat… Nous on est propriétaire, on a fait valoir nos droits. La procédure est reportée sans arrêt. Je ne peux pas baser l’action municipale sur des choses mouvantes ».

Philippe Saurel redoute l’état dans lequel sont les lieux : « Je ne sais pas ce que je vais trouver dedans » mais imagine car comme il le déclare : « Des squats j’en ai vu d’autres (…) Si j’ai envie de rentrer aux archives départementales j’y vais moi même. Quand on est allé voir les fouilles, c’était squatté, j’y suis rentré ». Le maire rejette toute idée de négociation et voue donc la zone à un programme immobilier. Tandis que les inégalités grandissent, que les institutions avouent malgré leurs efforts des manquements sur l’hébergement d’urgence et si de nombreuses associations reconnaissent l’utilité sociale de Luttopia, un projet commun, sur le modèle de la future cité créative à l’EAI, développé autour de la solidarité, pourrait montrer un signe de volonté politique forte et une action concrète à destination des plus démunis.

1 Comment

  1. Dommage….. c’est encore un projet purement immobilier. Ce quartier devient une cité dortoire sans vie…on le vide encore une fois de sa substance

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