La Métropole de Montpellier s’inspire des familistères pour le logement abordable

La Métropole de Montpellier fait face à une réalité depuis de nombreuses années. Si son attractivité est indéniable, il faut répondre à la demande de logements, notamment à destination des revenus intermédiaires. Philippe Saurel entend bien résoudre l’équation en développant le logement abordable. Une expérience menée conjointement avec les différents acteurs de l’immobilier, directement inspirée du familistère de Guise.

« Il fallait proposer une autre forme d’habitat. C’est ce que l’on appelle la réponse au revenu intermédiaire. Nous sommes les premiers à faire le logement abordable » annonce fièrement le président de la Métropole. Comprendre : proposer une offre de logements pour les foyers dont les revenus sont trop élevés pour accéder à un logement social et trop faibles pour effectuer un achat sur le marché libre du neuf. « On n’est pas obligé de faire ça mais on considère que c’est le devoir de la Métropole d’être à la pointe de l’expérimentation sociale. Ici, nous sommes également un laboratoire d’usages sociaux » souligne Philippe Saurel qui détaille ensuite.

Consensus

« Avec un coût moyen de 4 159 €/m² dans la métropole et 4 328 €/m² sur la ville, cela veut dire que 35 % des ménages sont dans l’incapacité de pouvoir acquérir un logement ». Pour parvenir à la concrétisation du logement abordable, il a fallu « un consensus entre la Ville (maitrise foncière), la Métropole (maitrise foncière et aménagement) et les promoteurs qui acceptent de travailler avec des prix au m² acceptables pour ces 35 % de ménage ». Résultat, un prix compris entre 2 400 et 2 900 €/m² avec la vertu, selon Philippe Saurel, que « cela montre un contre-exemple à ceux qui veulent faire flamber les prix. Le fait qu’avec les promoteurs nous soyons en capacité de sortir des m² dans ces gammes de prix montre combien, eux-aussi, peuvent s’impliquer dans le processus social ».

1 000 par an

Si pour l’heure, quatre projets sont lancés avec une proposition d’environ 150 appartements, le logement abordable à vocation à s’étendre. L’objectif est d’atteindre la réalisation de 1 000 par an, annonce Philippe Saurel : « Nous allons monter en puissance petit à petit avec des programmes qui vont venir s’installer peu à peu et qui nécessitent une entente très fine entre la Ville, la Métropole, les promoteurs, les architectes, les SA3M et la SERM et ceux qui participent à l’acte de construction. C’est un programme totalement nouveau. C’est de l’innovation sociale ».

Philippe Saurel et Christophe Perez ont présenté les projets de résidences en logement abordable © CN

Quatre projets d’ici 2020

Après un an de réflexion mené conjointement entre les différents acteurs de l’immobilier, un cahier des charges a été réalisé afin de baisser de 10 % les coûts de construction mais également travailler sur l’innovation sociale à travers les énergies durables et le vivre ensemble. Une consultation a ensuite été lancée auprès des promoteurs. « Nous avons eu 32 candidatures. Cela veut dire que quasiment la totalité des promoteurs de Montpellier a candidaté à la réalisation des projets » salue Christophe Perez.

Des binômes promoteurs-architectes ont œuvré et quatre résidences ont été actées : Nove’LA à la ZAC Ovalie (62 logements – BDP Marignan – Fin 2019), Chrysalide à la ZAC des Grisettes (40 logements – Roxim / Techni architecture – Fin 2019), Agriflor à Castelnau-le-Lez (34 logements + 11 logements sociaux – SOGERIM – 2020) et Caroux dans le quartier Hôpitaux-Facultés (3 060 m² – Angelotti Promotion – 2020). Si pour l’instant les deux projets situés sur la commune de Montpellier ne concernent que les ZAC Ovalie et Grisette, Philippe Saurel annonce : « Aucun quartier ne sera épargné. Mais il faut savoir que la reconquête urbaine coûte énormément plus cher que sur les ZAC donc on a des limites qui nous imposent d’être prudents ».

La résidence Chrysalide à la ZAC des Grisettes.

Si le terme d’expérimentation est utilisé, pour Christophe Perez le logement abordable est une réalité : « L’expérimentation, pour nous, elle est déjà faite. Par rapport aux propositions que l’on a eu des promoteurs, on sait que cela marche. L’objectif est de passer de 340 à 1 000 constructions par an, cela veut dire que sur les prochaines consultations que l’on engagera, on mettra du logement abordable ».

 Une nouvelle manière de vivre ensemble

« Le logement abordable est aussi une alternative à la maison individuelle pour des familles qui partent de plus en plus loin » espère Christophe Perez. C’est pourquoi les résidences qui sortiront de terre proposeront des variantes à cette vie recherchée avec des habitats économiques, attractifs, évolutifs et créateurs de lien : logements modulables, coursives et circulations extérieures, toitures partagées, espaces de vie en commun, façades personnalisables, jardins partagés… « Ce qui est assez exceptionnel dans ces habitats collectifs, c’est qu’un certain nombre d’usages sont partageables par les habitants mais l’intimité de chacune des familles est préservée » s’enthousiasme Philippe Saurel

Le président de la Métropole voit dans ces résidences une évolution du familistère de Guise, créée par l’industriel Jean-Baptiste André Godin afin d’héberger ses ouvriers et leur famille au sein d’une communauté telle qu’avait pu le conceptualiser Charles Fourier avec la phalanstère : « Ce qui était valable dans l’idée même des Fouriéristes, qui était noble, ne traitait que d’une partie du comportement humain et ne tenait pas compte de la liberté individuelle même si à cette époque les repères sociaux, politiques et philosophiques étaient différents de ceux d’aujourd’hui. On a pris ce qui était bien dans l’idée des familistères et on l’a conjugué avec la vie moderne ».

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