MHR / Mohamed Haouas : l’ascension fulgurante du jeune pilier droit

Difficile de ne pas être impressionné par le gabarit de Mohamed Haouas. 1m85 et 127 kg, le jeune pilier droit du MHR affiche un physique exceptionnel tout comme ses indicateurs de performance dont certains sont comparables à un trois-quart. Formé au club, il a signé son premier contrat pro avec Montpellier en novembre 2016. Après avoir tapé dans l’œil de Vern Cotter, Mohamed Haouas enchaîne les feuilles de match jusqu’à marquer son premier essai en janvier dernier face au Stade Français devant son public à l’Altrad Stadium. Et si à 23 ans, la sélection algérienne lui a fait les yeux doux, son attachement reste pour son pays natal la France, dont il a déjà porté les couleurs avec l’armée.

Rencontre avec un joueur particulièrement attachant promis à un bel avenir à un poste très recherché dans le rugby moderne.

Qu’est-ce qui t’a donné envie de jouer au rugby ?
J’habitais à Palavas et en face de ma résidence, il y avait un terrain sur lequel se jouaient des matchs de rugby. Je voulais en faire mais c’était compliqué parce-que j’avais l’école à Montpellier. On a déménagé dans le quartier de la Pergola. Tous les mercredis, après-midi, Hérault Sport organisait pour les jeunes des activités au Petit Bard. J’y passais tous les matins pour prendre le tram et aller à l’école. Un éducateur, qui était aussi entraîneur au MHR, m’a vu et m’a proposé d’essayer le rugby. Je faisais aussi du taekwondo en même temps mais j’ai vite arrêté.

Comment l’Association t’a accompagné dans ta progression ?
J’ai commencé à 15 ans et je ne connaissais rien du tout au rugby (rires). Je n’aimais pas trop l’école. Je faisais de l’apprentissage en carrosserie et à chaque fois que je finissais le travail, je venais à l’entraînement directement. Dès la deuxième année, j’ai été sélectionné avec l’équipe du Languedoc. J’ai même fait des tournées avec eux en Afrique du Sud. Après trois ans en carrosserie, j’ai dû arrêter. Mon patron voulait me faire signer un contrat. Mais il y avait le rugby et j’ai préféré m’y consacrer. J’ai pu ensuite obtenir une convention avec l’Association avant qu’ils ne me trouvent un contrat avec la Marine. Ce qui m’a permis de faire partie de l’équipe de France militaire et de jouer une Coupe du Monde. Tout ça avant d’arriver chez les professionnels.

C’était un objectif quand tu as commencé ?
Non. Au début, je ne pensais pas à devenir professionnel. Dans ma famille, je suis le seul à jouer au rugby. Dès que j’ai vu que cela devenait sérieux, je me suis donné à fond. Il y a plein de personnes qui m’ont donné des conseils, qui m’ont suivi… Je n’y suis pas arrivé tout seul, on m’a aidé. Par exemple, quand je faisais l’apprentissage, mon patron me laissait partir en sélection alors qu’il n’y était pas obligé. Beaucoup de gens de l’Association m’ont aidé et m’ont mis en confiance. Tout s’est bien passé et cela va de mieux en mieux.

Comment as-tu intégré l’armée ?
L’Association a un partenariat avec l’armée. Et comme la Marine a une équipe de rugby, ils vont dans les clubs pour récupérer des joueurs. J’ai eu un contrat professionnel pour travailler au CIRFA de Montpellier tout en restant à la disposition du club. Ce qui me permettait d’avoir un salaire de 800 € tout en continuant à jouer. Le plus important pour eux c’était le rugby. Donc ils préféraient que je m’entraîne plutôt que de rester au bureau (rires).

Cela t’a permis aussi de porter le maillot de l’équipe de France.
Il y avait l’équipe de la Marine avec laquelle on affrontait celle de l’armée de Terre, de l’armée de l’Air ou de la gendarmerie. Nous avons aussi joué en préparation contre les espoirs du MRC. Comme j’ai fait des bons matchs avec la Marine, j’ai été appelé en équipe de France militaire. On a affronté les Anglais de la Royal Navy. Pendant longtemps, la France ne gagnait pas en Angleterre et quand je suis arrivé nous les avons enfin battus chez eux puis chez nous. (rires). Il y a deux ans, j’ai fait la coupe du Monde militaire. Nous avions une bonne équipe avec des joueurs venus de tous les corps de l’armée française. On a quand même fini troisième malgré les blessés et un arbitrage « maison » en Angleterre. Pendant deux ans, je me suis régalé, c’était une excellente expérience. Si j’avais pu continuer, je l’aurais fait. Mais c’était impossible, il aurait fallu que je choisisse entre l’armée et le MHR.

L’armée et le rugby véhiculent des valeurs fortes. Comment cela ressort dans ta vie de tous les jours ?
Avant de rentrer dans l’armée, j’ai fait les classes et tout ce qui fait un vrai militaire. L’armée, c’est quand même dur, tu y apprends la discipline et beaucoup de choses qui servent au quotidien. L’armée et le rugby m’ont apporté de la rigueur, un cadre.

Mohamed Haouas espère un jour porter le maillot du XV de France © CN

Comment s’est passée ton intégration chez les professionnels ?
Pendant deux ans c’était très dur. J’étais espoir mais je m’entraînais avec le groupe pro. En plus, nous étions cinq piliers droit et les autres avaient tous de l’expérience. C’était donc difficile de gagner sa place. C’est dur aussi de ne faire que des entraînements et de ne pas figurer sur les feuilles de match.

Avec ton gabarit, que travailles-tu particulièrement ?
On travaille beaucoup la muscu, le gainage, les mêlées à l’entraînement… tous les jours. C’est dur car à droite, on a toute la pression de la mêlée. Il faut tenir, être patient… En plus, en sortant de la mêlée, à ce niveau, cela joue vite, du coup il faut toujours se replacer, enchaîner… C’est un poste dur et en plus recherché. A chaque entraînement, je me donne à fond et j’essaye de faire des bonnes choses. J’en profite pour essayer ce que je ne peux pas faire en match et voir ce que cela donne. Mais je me donne toujours à fond et des fois certains me disent « Momo calme toi, on est à l’entraînement » (rires).

Quel souvenir gardes-tu de ton premier match dans le Top 14 (samedi 27 août 2017 face à Agen, il remplace à la 67’ Antoine Guillamon) ?
Au début, j’étais très content. Après, je n’avais pas peur des adversaires mais j’avais peur de mal faire. J’avais la pression mais le coach est venu me voir et m’a dit « Momo fait comme tu sais faire ». Il m’a mis en confiance tout de suite et cela s’est bien passé. Tout le monde a la pression au début d’un match. Après cela se fait tout seul. Maintenant, j’enchaîne et c’est devenu normal.

Que ressens-tu d’évoluer avec d’autres joueurs qui viennent de la formation montpelliéraine ?
Je suis content pour les mecs et je suis fier de jouer avec eux. C’est bien car on se connaît, on a l’habitude de jouer ensemble et on a le même parcours.

Tu enchaînes de plus en plus les feuilles de match, qu’est-ce que cela fait pour un jeune joueur comme toi d’avoir la confiance d’un entraîneur emblématique comme Vern Cotter ?
C’est énorme ! C’est un des meilleurs staffs au monde qui me fait jouer. C’est difficile à expliquer. Il m’a donné ma chance et me fait confiance. C’est bien pour moi et cela m’encourage à me pousser encore plus.

L’équipe de France ! Est-ce un de tes objectifs ?
Il n’y a pas longtemps la fédération algérienne m’a contacté (ndlr : Mohamed Haouas possède la double nationalité). A la fin du match contre Brive, le manager de l’équipe nationale est venu me voir. On a gardé le contact mais j’ai refusé. Je suis jeune et j’ai encore de la marge. Je suis né en France et je suis fier d’être Français. Il faut encore que je travaille, mais oui, j’aimerai bien faire partie de l’équipe de France.

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