Crise à l’hôpital de Lodève : le personnel en grève illimitée

Le personnel de l’hôpital de Lodève a lancé mardi une grève illimitée, à l’appel de l’intersyndicale, au lendemain d’un débrayage d’une heure qui a été très suivi. Selon Lucie Bel, du syndicat CGT, « cette action se poursuit, car la rencontre avec le directeur de l’hôpital n’a rien donné. Dans le compte-rendu du conseil d’administration du 18 janvier dernier, il annonce qu’il y aurait des licenciements dans l’établissement, alors qu’il nous a soutenu le contraire, lors de notre rencontre. Comme il n’y aucune avancée notable de la situation, l’intersyndicale maintient la demande de l’ensemble du personnel, à savoir refuser la négociation proposée par la direction ».

Manque de recettes

Mardi matin, Lucie Bel a longuement rappelé, publiquement, devant l’hôpital où étaient rassemblés le personnel et des habitants, les raisons de cette grève illimitée : « Depuis un moment, on nous parle de déficit, d’insuffisance de recettes pour l’activité de médecine et de soins de suite et de réadaptation -SSR-, alors même que ces services avaient semble-t-il des demandes ponctuelles de ne plus accepter d’entrée de patients sur certaines périodes suite à la vacation d’un poste de médecin.

De qui se moque-t-on ? C’est bien à la direction et à son encadrement de veiller à la gestion des entrées. Pourquoi avoir laissé perdurer une telle situation ? Est-ce à des médecins détachés de la clinique du Parc de Castelnau-le-Lez, en poste sur ces services à gérer les flux des patients ?  Et pourquoi maintenir ouvert un service d’accueil de jour déficitaire, depuis sa création et qui atteint difficilement les 70 % d’occupation, alors même que le déficit avoisinerait le million d’euros. Celui-ci ayant été réduit à 600’000 € grâce à la générosité de l’ARS, l’Agence régionale de santé d’Occitanie, qui a octroyé une enveloppe exceptionnelle.

Ce manque de recettes pour moitié est de la responsabilité de la direction et non du personnel hospitalier qui a déjà payé un fort tribu lors de la suppression d’un certain nombre de postes.  L’ARS demande la mise en œuvre d’un plan de redressement. C’est pourquoi le directeur semblerait vouloir agir sur les recettes et les dépenses. Pour les recettes, en augmentant l’activité, avec des lits de soin palliatif alors même qu’il désire réduire le personnel. Cherchez l’erreur !

Pour les dépenses, avec la révision de l’accord local du temps de travail qui avait été mis en place en 2002 avec l’ancien Directeur et les partenaires sociaux CGT et FO. Cette révision engendrerait encore plus de suppression de postes, moins de présence du personnel soignant qui devraient faire en 7h36 le travail qu’il devait théoriquement faire en 8h30 auparavant. Chose qui était déjà difficilement réalisable.

Il suffit de constater le moral des agents pour comprendre que ce sentiment grandissant de mal faire ou de ne pas pouvoir faire son travail correctement est dévastateur. On peut alors se demander s’il est judicieux d’envisager la poursuite de l’opération de réhabilitation des lits d’USLD et EHPAD, travaux qui sont ajournés depuis un an par l’impossibilité pour l’établissement de recourir à l’emprunt. Qui remboursera demain cet emprunt, si cette dernière tranche de travaux se réalise ? Comme d’habitude les résidents seront en première ligne avec l’augmentation de leur prix de journée. Le personnel lui verra encore ses conditions de travail se dégrader.

Comment avec tout cela être efficient dans son travail tout en assurant la sécurité des actes et la qualité de la prise en soin des personnes.  La direction voudrait que certains fassent des journées de travail en 7h36 et d’autres en 12 h. Comment peut ton accepter ce retour en arrière, de la d dégradation qualité des soins inévitable dans les deux cas de figures. C’est pourquoi la grande majorité du personnel refuse ce changement et désir rester à 8h30 de travail quotidien.

On nous parle de redistribution des tâches quotidiennes, alors même qu’elles ne sont pas totalement accomplies aujourd’hui, car la dépendance qui s’est accentué engendre une organisation qui n’est plus adaptée dans certains services. À cela s’ajoute la difficulté de travailler de plus en plus souvent en sous-effectif.

Peut-on encore parler de qualité et de sécurité des soins ? ou se trouve le concept d’ »humanitude » dans ce genre de projection future ? Le personnel hospitalier est en grande souffrance, il fait face chaque jour à des situations de détresse humaine, des décès, de l’agressivité omniprésente. Mais, qui pense donc à lui, à sa souffrance, son désarroi ?

Le directeur déclare en conseil de surveillance qu’un travail s’effectue dans le cadre d’une concertation avec les agents, échanges avec les représentants du personnel avant la présentation des nouvelles organisations en instance. À ce jour, aucun groupe de travail ne s’est réuni, les services ont été sollicités une fois afin d’établir de nouvelles fiches de postes sur la base de 7h36 de temps de travail quotidien au lieu des 8h30 de rigueur actuellement. Les agents subissent de la part de certains personnels d’encadrement un harcèlement, « le passage à la réduction du temps de travail est une obligation », « tout est déjà fait », « vous n’avez pas le choix » … et pour d’autres agents, c’est le travail en 12 h qui est mis en avant, alors même que cela n’est pas légal. Comment assurer aux patients et résidents des soins de qualités digne de ce nom ?

Comment ce personnel déjà si fragilisé pourra t il demain assurer son travail, alors qu’il devra courir de plus en plus, ne pourra pas souffler et prendre du recul devant les multiples difficultés aux qu’elles il fait fasse chaque jour ?  Comment va-t-il concilier sa vie de famille en étant épuisé physiquement et psychologiquement ?

Cette nouvelle organisation voulue par le directeur et débattu par les membres du conseil de surveillance conduira également à une réduction des effectifs, alors que le territoire du Lodévois est déjà en grande difficulté avec un taux de chômage des plus haut.  On va ainsi créer des chômeurs en plus par ces licenciements programmés.

C’est pourquoi nous sommes réunis pour dire non et encore non a cette nouvelle organisation. Faire entendre nos revendications pour le bien être des personnes accueillis et du personnel ».

Permanence devant l’hôpital

Cette grève illimitée se traduit par une permanence de l’intersyndicale devant l’hôpital de Lodève, où une pétition peut être signée par les familles des malades et les citoyens du Lodévois et de la vallée de l’Hérault, ainsi qu’un piquet de grève nocturne pour une occupation 24h sur 24. D’autres actions sont en préparation, comme une présence sur le marché de Lodève.

Hier matin, il y a eu un lâcher de ballons, qui, pour éviter une pollution, étaient en fait accrochés un peu partout autour de l’établissement hospitalier. Ce mercredi matin, l’action se poursuivait devant un hôpital de Lodève en crise.

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