Philippe Sebbane, architecte : « Je vois Montpellier en ville écologique »

Lors de ses récents voeux de la Ville et de la métropole, Philippe Saurel a évoqué les projets urbains de ces prochaines années, notamment le vaste site de Cambacérès, autour d’Odysseum et de la future gare TGV Sud de France, à la Mogère. Et aussi, Ode et Oz à la mer. Après le Nuage, route de la Mer, dans le rond-point de Richter, surgit l’étonnant Arbre Blanc. Des architectes futuristes tracent l’avenir de Montpellier, 7ème ville de France. Métropolitain a rencontré l’un d’eux. Interview.

Philippe Sebbane, 45 ans, est architecte urbaniste à Montpellier. Son bureau est installé sur le cours Gambetta, pas loin de l’avenue Georges Clémenceau. Nous avons voulu savoir quelle était la vision de la ville actuelle et dans les vingt ans par un archi ayant pignon sur rue, ici.

>> Vous êtes né à Montpellier ?

Non, mais j’y suis arrivé très jeune et je peux donc dire que j’y ai toujours habité, comme mon frère qui fait le même métier que moi, mais, nous ne sommes pas associés.

>> Comment devient-on architecte ? On fait une école ?

D’abord, c’est par conviction, ensuite, ça devient un art de vivre et ça fini par être une manière de penser. Je n’avais pas la passion des voitures de pompiers quand j’étais petit, je voulais devenir architecte dès mon enfance. Mon frère qui a dix ans de plus que moi m’a beaucoup inspiré pour choisir cette voie.

>> Pourquoi avoir choisi de s’installer à Montpellier ?

C’est une ville que j’aime, qui montre qu’avec les siècles, elle a une capacité à se réinventer. Elle a généré de par son histoire une certaine dynamique et de par ses qualités intrinsèques, qui sont l’accueil de gens avec cet exemple d’actualité : l’inauguration d’une faculté de médecine moderne près du CHU. Montpellier a été la première faculté de médecine d’Europe. Et c’est très intéressant, car Montpellier a accueilli au fur et à mesure des siècles énormément d’étudiants qui étaient des lettrés. J’estime que Montpellier est dans la droite lignée de ce qu’elle a vécu pendant des siècles. Certes, il y a eu quelques affres de guerres de religion, puisque la ville était partagée entre catholiques et protestants et je considère que Montpellier est de très loin une ville jeune, plus jeune en tout cas que Nîmes ou Carcassonne, qui sont des villes romaines, Montpellier a un peu plus de mille ans et demeure un pôle dynamique.

>> Un mot sur cette nouvelle fac de médecine ?

Je trouve que le choix de son implantation est excellent : à côté des hôpitaux, il est urbain et esthétique grâce à son design. La fac se devait d’être innovante. La faculté de médecine a toujours fonctionné avec des éléments hospitaliers en dehors des centres urbains et l’idée de la conserver à la périphérie de Montpellier est une idée judicieuse qui permettra à la ville d’évoluer.

>> Parlons des autres projets qui fleurissent : l’Arbre Blanc, le Nuage, La Folie, la Folie divine, ça vous inspire quoi ?

Je pense que la ville se doit d’être jalonnée d’éléments remarquables, comme l’Arbre Blanc, effectivement. Il est remarquable de par son implantation et son architecture. Le Nuage aussi, ce n’est pas n’importe qui, qui l’a conçu, puisque c’est Philippe Starck. On rentre dans une conceptualisation de la ville qui ne peut pas être constitué que d’éléments remarquables, mais ça permet en fait de venir positionner des points stratégiques et j’avoue que c’est un immense plaisir de pénétrer en ville par la route de la Mer avec le bâtiment futuriste du Nuage, qui est illuminé la nuit.

>> Pour vous, ces bâtiments aux formes inattendues ne vous surprennent pas dans des quartiers anciens, au milieu de vieux immeubles ?

Quand on est architecte urbaniste, on n’est pas beaucoup choqué en fait, on n’est pas choqué du tout même, on n’est plus ouvert. L’idée, c’est que ces folies remarquables qui surgissent au milieu d’autres éléments plus anciens constituent des témoignages à un moment donné de ce que l’on peut faire. Ces folies architecturales, on ne les a pas inventées, elles ont existé dans le passé, on est revenu les reprendre dans l’histoire, y a des folies déjà à Montpellier qui permettent à la ville de devenir à un moment donné d’avoir ces éléments d’opposition.

>> Que dire du projet grandiose de Cambacérès à Odysseum ?

Pour moi, il est nécessaire que les autorités aient des ambitions larges, vastes et visionnaires. Le but de tout un chacun est de voir la ville grandir, se développer et occuper la place qui doit être sienne. L’idée du projet Cambacérès est remarquable, incontestablement qui va mettre du temps à se concrétiser, bien entendu, mais, sans projet, on n’aboutit à rien. Donc, il est nécessaire de toujours nourrir la machine de projets pour construire l’avenir.

>> Ces folies ont commencé sous l’ère de feu Georges Frêche avec Antigone, ça se poursuit sous le mandat du maire Philippe Saurel. Quelle est votre analyse ?

Pour moi, Frêche était l’entrepreneur infatigable qui avait à ses côtés pour l’aider un bâtisseur, un urbaniste de génie qui s’appelait Raymond Dugrand, dont la route de la Mer porte son nom. Ils n’ont eu de cesse de porter ce projet d’Antigone dès 1981 contre des tas de gens qui ne voulaient rien faire. Cette situation existe encore d’ailleurs ici, il y a des Montpelliérains qui sont contre tout. Antigone, ce fut la possibilité pour la ville de s’étendre dans un lieu extraordinaire qui lui était interdit jusqu’à la fin des années 70, car c’était des terrains militaires avec un immense champ de manœuvre pour les bidasses. Antigone est venu absorber la différence de hauteur qui existait entre ces terrains militaires et la dalle du Triangle et du Polygone par un immeuble qui est plutôt réussi, qui constitue le point essentiel, c’est à dire cette liaison entre les deux parties dalle du Triangle-Polygone et Antigone qui ne sont pas au même niveau, via les Échelles de la ville.

C’est vrai qu’Antigone a été beaucoup décrié, car le quartier a une esthétique particulière, néo-classique. Mais, l’urbanisme d’Antigone par Ricardo Bofill est remarquable puisqu’il a offert cette liaison et son extension. Depuis, ce quartier ancien a été adopté à priori par tous. Il ne constitue pas de barrières infranchissables, il est absolument intégré dans tout ce qui a autour et c’est à ça que l’on voit les réussites.

Alors, Philippe Saurel qui prend la suite d’Hélène Mandroux, après l’ère Frêche n’est pas un inconnu, loin de là. C’est quelqu’un qui a été adjoint en charge de l’urbanisme pendant des années, qui a une passion pour l’Histoire et qui a une parfaite connaissance des architectes et de leur fonctionnement, ce sont autant de points positifs favorables à sa vision d’extension de la ville. Si j’avais une réflexion à faire, c’est que peut-être aujourd’hui, il est plus difficile de construire qu’avant. Disons que je pense que les projets sont plus difficiles à mener.

>> Des grands architectes qui font le buzz, on va dire comme ça, comme Emmanuel Nebout, Jean Nouvel, Philippe Starck, Charles Fontès, quel est celui qui vous branche le plus ?

Je n’ai pas d’idole. Je trouve que chaque démarche est intéressante et originale, que chaque concept vaut d’être développé. On est dans la création et pas dans la répétition. On doit inventer sans cesse et pas reconstituer ce qu’on sait déjà faire. C’est pour ça que le nom des architectes m’importe peu, c’est leur réalisation inédite qui retient mon attention.

>> Comment voyez-vous Montpellier disons en 2050, allez, soyons fous ?

J’espère encore être là en 2050 ! Ensuite, je la verrais sûrement avec des lunettes de vue. Je pense que l’avenir de Montpellier est une ville écologique, où il y aura beaucoup moins de pollution, moins de bruit, plus de verdure, une meilleure harmonie entre les citoyens et la nature conservée, et celle qu’on va créer, bref, de ce dont on peut souffrir aujourd’hui du fait de la densité des véhicules. Georges Frêche avait fait la révolution, quand il avait annoncé son projet de faire de Montpellier une ville piétonne. C’était une innovation par rapport aux autres grandes villes du territoire. Aujourd’hui, on ne se pose même pas la question de savoir si Montpellier est piétonne, puisque c’est tellement confortable actuellement qu’on ne revient même pas sur la question.

Un constat à l’approche de l’hiver : il y a souvent d violents épisodes cévenols synonymes inondations. Mon vœu pour 2050, c’est que l’on puisse à un moment donné pouvoir intégrer la notion que construire en zone inondable avec des précautions puissent être possibles. On le fait bien aux Etats-Unis, je ne vois pas pourquoi on n’y arriverait pas en France. Et à Montpellier-sur-Lez.

>> LA GRIFFE PHILIPPE SEBBANE

Dans son bureau de Gambetta, à deux pas de la place Saint-Denis, Philippe Sebbane ne reste pas inactif : il conçoit quelque 300 appartements par an. Les résidences des Terrasses des 4 Vents et des 4 Seigneurs à Montpellier, c’est lui. Le bâtiment de la société high tech Earsonics dans la ZAC Via Domitia entre Vendargues et Castries, c’est lui également.

De magnifiques logements accessibles à Aimargues, en Petite-Camargue gardoise, c’est encore lui. On lui doit aussi le Forum, au hameau de Maurin à Lattes et les Terrasses de l’hôtel de ville au cœur de Lunel. Philippe Sebbane a planché sur le projet de construction de la halle des sports de Lattes.

Preuve qu’il a du talent, Philippe Sebbane a été récompensé l’année dernière : il a reçu le Prix de la mixité urbaine.

Philippe Sebbane distingué par le Prix 2017 de la mixité urbaine. Photo JMA. Métropolitain.

4 Comments

  1. Moi je pense plutôt que Montpellier, comme beaucoup d’autres villes, sera encore plus salle qu’elle ne l’est aujourdh’ui

  2. Construire en zone inondable quel gabegie ! Qui va payer?
    Combien nous coûte la mise aux normes anti inondation du parc Charpak ?
    Construire à tout prix en bordure d.autoroutes futur quartier Cambaceres ou ZAC République 1600 logements sans tenir compte des nuisances sonores et pollutions !
    Stop

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