Montpellier : des viticulteurs jugés pour association de malfaiteurs

Des viticulteurs de l’Hérault et du Gard qui étaient en garde à vue depuis lundi matin au Service régional de police judiciaire -SRPJ- à Montpellier dans le cadre d’informations judiciaires ouvertes pour des actions commandos assorties d’actes de vandalisme, notamment dans le Biterrois et à Sète -des cuves de sociétés de vin avaient été vidées en pleine nuit-, ont été déférés ce mercredi matin au parquet de Montpellier.

Une procédure concerne également une action du CRAV -Comité régional d’action viticole-  et du CAV -Comité d’action viticole-du côté de Bordeaux. Des viticulteurs libérés ce matin seront poursuivis devant le tribunal correctionnel, notamment pour association de malfaiteurs, lors de l’audience du 1er mars prochain. Ils sont astreints à respecter un contrôle judiciaire.

Par ailleurs, des vignerons en colère qui avaient manifesté leur soutien à leurs collègues hier, sur le parvis de l’hôtel de police et à proximité -le trafic du tramway avait été interrompu sur les quatre lignes avec de violents heurts avec des CRS ont été placés en garde à vue et devraient être présentés au parquet, également. Quatre d’entre-eux ont été légèrement brûlés.

Des vignerons sont rassemblés ce matin devant le palais de justice de Montpellier, où des CRS ont pris discrètement position. Le procureur de la République, Christophe Barret a tenu une conférence de presse, en présence de Jean-Philippe Fougereau, directeur du SRPJ de Montpellier.

32 faits depuis début avril 2016

Le procureur Barret a confirmé que les procédures en cours visent 32 faits présumés recensés entre le 4 avril 2016 et le 7 août dernier, en Gironde, dans l’Hérault -Saint-Félix-de-Lodez, Teyran, Sète, Béziers etc.-, le Gard et l’Aude, qui ont conduit à l’interpellation par la brigade de recherche et d’intervention -BRI- de la PJ de sept vignerons gardois et héraultais, à 6h, lundi. Chez l’un d’eux, il a été découvert un fusil à pompe et des munitions détenus illégalement.

Lors de l’expédition nocturne sur le site d’une société viticole de Saint-Félix-de-Lodez, au sud de Lodève, l’été dernier le commando a utilisé des explosifs et ont agi encagoulés. « Nous étions à cette époque en pleine période d’attentats terroristes, notamment avec l’assassinat d’un curé près de Rouen, les policiers, gendarmes et militaires de l’Opération Sentinelle qui ont croisé, en pleine nuit le convoi de plusieurs 4×4 puissants lancés à vive allure avec à bord des inconnus encagoulés ont fait preuve d’un professionnalisme exemplaire », a relevé ce matin Jean-Philippe Fougereau.

Contrôles en Gironde

C’est à bord d’un convoi identique que les gendarmes de l’escadron départemental de sécurité routière -EDSR 33- de Gironde avaient intercepté et contrôlé quelque 32 viticulteurs de l’Hérault et du Gard au péage de l’autoroute A62 à Saint-Selve, en pleine nuit, le 3 mai 2017. Les gendarmes ont saisi un impressionnant arsenal dans de nombreux véhicules : trente grosses masses, 60 litres de carburant, de grandes bombes lacrymogènes utilisées par les forces de l’ordre, un chalumeau, une disqueuse, des cagoules, sept cocktails molotov préparés et prêts à être enflammés et lancés, une lampe à souder, ainsi que des téléphones mobiles dédiés, c’est à dire qu’ils avaient été acquis par les membres du commando exclusivement pour cette opération, évitant ainsi toute géolocalisation.

Tous avaient laissé leurs portables à leur domicile, comme les trafiquants évoluant dans les milieux du grand banditisme. Après le contrôle et la confiscation de tout ce matériel, les suspects avaient été autorisés à quitter les lieux. Mais, une procédure judiciaire avait été ouverte. « Elle a été confiée au parquet de Montpellier et au SRPJ d’ici. D’ailleurs, les procédures des 32 faits présumés imputables aux personnes gardées à vue et à d’autres ouvertes contre X ont été centralisées ici pour une gestion cohérente, a indiqué Christophe Barret ce matin, estimant que, en cette nuit de mai 2017, ces 32 viticulteurs allaient passer à l’acte en Gironde. Le fait d’être tombés sur une présence de patrouilles de la gendarmerie en surveillance à ce péage a empêché la commission d’une action commando avec un incendie, au vu des objets qu’ils transportaient dans les véhicules ».

Biron à Sète : 950’000 € de préjudice

Sur les 32 vignerons présents lors de cette virée en Gironde, seuls 5 sont poursuivis et seront jugés pour association de malfaiteurs le 1er mars prochain : il s’agit des conducteurs des véhicules, considérés comme les responsables, voire les meneurs de cette expédition nocturne. Détail curieux, toutefois : aucune bombe de peinture n’était à bord. C’est avec de la peinture tracée sur les murs des sociétés de courtage de vin que le CRAV et le CAV revendiquent leurs actions.

Les suspects ont assuré qu’ils n’avaient pas l’intention de faire un attentat, sans trop convaincre ni les enquêteurs, ni le procureur de la République, car avec tout cet arsenal, ils n’allaient visiblement pas faire du tourisme dans les terres bordelaises…

La société de courtage Biron installée dans le secteur du port de Sète a déposé plainte contre X avec constitution de partie civile suite au vandalisme de la nuit du 15 au 16 juillet 2016, où 44 cuves avaient été volontairement cassées et ouvertes, libérant ainsi 11’000 hectolitres de vin espagnol dans l’entrepôt et jusque dans deux rues. Le préjudice est estimé à 950’000 euros. Il est évalué à 3M € sur l’ensemble des dommages volontaires listés dans les 32 dossiers judiciaires.

Pour l’attentat contre la société Biron à Sète, une information judiciaire est donc en cours, confiée au SRPJ pour tenter d’identifier les membres du commando.

Tromperie et escroquerie aux vins importés

En garde à vue, les sept vignerons, dont un responsable d’un syndicat ayant pignon sur rue dans le Gard, ont expliqué leurs actions nocturnes en 2016 et en 2017 pour dénoncer aux autorités judiciaires, aux élus et aux citoyens l’importation massive et, selon eux scandaleuse de bouteilles de vins étrangers, notamment d’Espagne, vendues à des prix bradés dans des grandes surfaces de la région Occitanie -Pyrénées-Méditerranée-, ce qui a, par ailleurs donné lieu à des destructions spectaculaires en plein jour.

Des viticulteurs qui mettent e cause les agissements d’une poignée de gérants de sociétés de vin « ripoux » dans le Languedoc et le Roussillon. Et qui sont entendus : Christophe Barret a révélé ce mercredi qu’une procédure contre X était actuellement ouverte au parquet de Narbonne pour tromperie et escroquerie dans l’importation frauduleuse de vins étrangers. En clair, les policiers de la division économique et financière du SRPJ de Montpellier s’attachent à établir le mécanisme visant à transformé du vin importé d’Espagne, via un processus bien huilé qui trompe les acheteurs des grandes surfaces et les consommateurs.

En lieu et place d’un vin présenté sur les étiquettes comme un bon AOC Corbières, les bouteilles recèlent en fait du vin espagnol de mauvaise qualité, déjà trafiqué.

Des produits inflammables lancés sur des CRS

Le procureur de la République de Montpellier a évoqué l’attitude dangereuse et regrettable de vignerons rassemblés hier sur le parvis de l’hôtel de police en soutien aux collègues en rétention au SRPJ : des produits inflammables ont été volontairement lancés sur des CRS qui chargeaient pour venir éteindre des containers incendiés sur les rails du tramway. L’un des CRS a été brûlé. Deux manifestants ont également été légèrement brûlés pendant de violents heurts.

D’autres policiers ont été destinataires de gros pétards agricoles. « Ce sont des gestes inacceptables, mettant la vie d’autrui en danger et plus grave encore visant directement des fonctionnaires de police chargés de faire respecter la loi et de réprimer les troubles à l’ordre public. Il est intolérable que des personnes aient pu s’attaquer ainsi à l’intégrité physique de policiers. J’ai fait saisir les bandes des caméras de vidéosurveillance pour identifier les suspects, les investigations sont en cours », a fermement prévenu Christophe Barret.

Les vignerons héraultais et gardois réunis dans le calme devant le palais de justice de Montpellier ont quitté les lieux, sans incident, à la mi-journée. Ils seront sans nul doute au rendez-vous le 1er mars pour le procès de leurs collègues.

Des CRS avaient pris position ce mercredi matin aux abords du palais de justice de Montpellier. Photo JMA. Métropolitain.
Le procureur Barret avec le directeur du SRPJ de Montpellier. Photo JMA. Métropolitain.

 

 

5 Comments

  1. Vins ripoux, viticulteurs aux abois sons du cors , halali ,adieux aux vignerons sympas que vivent les bisulfites et pesticides. Tant pis pour nous ….

    1. Encore un connaisseur … nombres de vignerons présent devant le SRPJ, cultivent en bio, nous ne faisons que défendre notre métier face aux grandes surfaces et aux négociants tout puissant …

  2. Défendre son métier est une chose, se comporter comme des truands en est une autre. Je ne suis pas content ? ok je vais aller cramer un CRS ! c’est minimum 2 ans de prison dsl

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