Jérémy Ferrari à Palavas-les-Flots : son interview à Métropolitain

Il sera jeudi prochain sur la scène au théâtre de la Salle bleue, à Palavas-les-Flots pour jouer son spectacle « Vends 2 pièces à Beyrouth ». L’humoriste Jérémy Ferrari répond aux questions de Métropolitain.

>> Vous êtes de retour dans la région avec ce spectacle qui tourne depuis bientôt trois ans. Pourquoi revenir jouer ce show ?

J’ai, en effet, déjà joué deux fois en trois ans au Zénith de Montpellier.  Mais vous savez, quand on tourne dans toute la France, surtout dans le cadre du lancement d’un nouveau spectacle, on se retrouve le plus souvent sur des grandes scènes, dans des grandes villes, sans avoir toujours l’opportunité de jouer dans des salles plus intimes, au milieu du public… Cette troisième session de tournée, on a hésité un petit peu au moment de la lancer. Et puis, finalement, on s’est dit « c’est parti! ». Ce sera l’occasion de refaire un tour de France et de découvrir des nouvelles salles, comme à Palavas. Et puis, l’accueil du public sudiste est toujours très chaleureux. Alors, pourquoi se priver ?

>> Thématique de ce spectacle: la guerre. On a connu plus drôle pour briser la glace…

C’est au contraire un très bon sujet pour les adeptes de l’humour noir, comme moi.

>> Ce qui signifie qu’on peut rire de tout.

Cette question revient souvent. Et vous savez pourquoi ? Parce qu’elle n’a pas de réponse. Le sens de l’humour, le degré d’humour, le type d’humour, c’est propre à chacun. Faut-il s’interdire certains sujet à partir du moment où une personne dans la salle ne rit pas ? Je ne crois pas. Moi, je ne me pose même pas la question.

>> Mais, pourquoi le thème de la guerre ?

C’est un thème que j’ai choisi de façon très instinctive. Mon précédent spectacle se moquait des religions. A l’époque, on pouvait ressentir une crise identitaire profonde, sans parvenir toutefois à identifier s’il s’agissait d’un problème effectif ou si tout ça avait été monté en épingle par les médias. Dans le même temps, on a assisté au Printemps arabe et à un certain éveil des consciences. Les gens se sont aperçus qu’à un certain niveau et sur pas mal de sujets, on nous mentait, on nous dissimulait l’information… Moi, je me suis demandé si, en matière de religion comme de géopolitique, on ne nous faisait pas croire que tout était « très compliqué » pour nous empêcher de creuser plus loin. Et puis, progressivement, ma réflexion s’est élargie à la guerre. Je me suis aperçu que la guerre, ça rend heureux pas mal de gens.

>>… Pardon ?

Ben oui. Ca libère des espaces, des femmes mariées, ça permet aux soldats de tuer des gens pour nous protéger des monstres qui tuent des gens. Ca enrichit les gouvernements, permet aux associations humanitaires de partir en vacances, réduit le taux de chômage, la délinquance… Ha oui, la guerre, c’est chouette aussi pour des mecs comme BHL. Ca leur donne une excuse pour éviter les concerts de leur femme !

>> C’est un peu de la provocation gratuite de dire ça.

De la provocation, oui, totalement. Gratuite, absolument pas. En choisissant de faire un spectacle sur un seul et même thème – la guerre – j’ai beaucoup bossé le sujet. Justement pour éviter la facilité, les vannes gratuites, l’humour trop facile. Moi, je ne suis pas là pour animer un débat. Je suis là pour faire rire les gens et, pourvu que j’y parvienne, les faire réfléchir en profondeur sur des sujets graves pour lesquels on a souvent l’impression de ne pas être concerné. Alors, pour dénoncer tout ça, j’y vais à fond. Pour que l’humour noir soit efficace, il faut miser sur la surprise. Une blague qu’on voit venir, c’est une blague tout à coup moins drôle. Le public, au début, ne me connaissait pas. Ils ont vu arriver un mec méchant. La surprise était là. Mais trois ans plus tard, on revient me voir et on s’attend d’office à ce que je sois méchant. Il fallait trouver une solution.

>> Laquelle ?

Etre encore plus méchant. Odieux même. Encore plus politiquement incorrect. Encore plus dur, plus moqueur, plus provoc’. Si je mettais de la censure dans me propos, si j’y allais de façon plus modérée, le public ne comprendrait pas que derrière cet humour très sombre, il y a en fait de vrais messages de tolérance, des vérités qu’on dénonce.

Je commence mon spectacle par un sketch sur les attentats du Bataclan. J’explique au public comment mourir avec classe et dignité en cas d’attaque terrotriste.

>> Vous évoquez le terrorisme.

Oui, je commence même mon spectacle par un sketch sur les attentats du Bataclan. J’explique au public comment mourir avec classe et dignité en cas d’attaque terrotriste.

>> C’est choquant.

C’est mon but. D’ailleurs, au tout début, personne ne rit. C’est après que ça se gâte…

>> Un message à ceux qui hésitent à venir vous voir jeudi ?

Considérez mon humour comme un tour de montagnes russes. Essayez au moins une fois pour savoir si l’humour noir, ça vous touche ou pas. On pense souvent qu’on n’aime pas. Mais quand on y goutte…

>> Y a -t-il des sujets que vous censurez ?

J’entends beaucoup de gens dire qu’aujourd’hui, « c’est plus comme avant », qu’on n’a plus l’opportunité de rire de rien. Je suis totalement en désaccord avec ce point de vue. Il ne faut pas confondre censure et autocensure. On ne peut pas dire, à mon niveau, que je sois très politiquement correct. Pourtant, j’enchaine les tournées. On a trop tendance à oublier que Coluche s’était fait virer de RMC ou Europe 1. La liberté d’expression de l’époque n’était pas plus grande parce qu’on pouvait fumer face caméra ou dire merde au public.

>> Pratique : Jérémy Ferrari jeudi 18 janvier à 20h30, théâtre de la Salle bleue, avenue Abbé Brocardi, à Palavas-les-Flots. Il reste des places. Billetterie ouverte.


À découvrir aussi

Pour poursuivre le spectacle à la maison, découvrez le délirant et sans limites « Happy Hour à Mossoul », un ouvrage illustré par Patrick Borkowski, entièrement basé sur des faits réels. On y apprend pourquoi les généraux allemands surnommaient Charles De Gaulle : « Notre grand collègue » alors que Churchill le comparait à « un lama femelle surpris dans son bain. ». Vous y découvrirez les miracles de la colonisation, qui donnèrent aux français la chance d’approcher dans les zoos des girafes et des africains. Vous lirez aussi l’histoire d’Onoda, ce soldat japonais qui continua la seconde guerre mondiale tout seul pendant 30 ans.  « Et quand vous saurez qu’un pigeon a été mieux décoré que les tirailleurs sénégalais, cela achèvera de vous convaincre qu’à Paris comme à Pyongyang, la guerre, c’est décidément trop chouette ! » Aux éditions Michel Lafon (19,95€)

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