Xavier Poix : « Le succès et l’histoire d’Ubisoft, c’est l’indépendance »

INTERVIEW. Xavier Poix, directeur des studios France d’Ubisoft, était à Castelnau-le-Lez à l’occasion de la présentation virtuelle du Monolithe, dont les équipes montpelliéraines prendront possession en 2019. Parmi les cinq studios français, Montpellier est le deuxième plus important derrière Paris, avec près de 250 personnes.

Tout va bien pour ce géant du jeu vidéo qui devrait voir ses effectifs, 1 200 personnes actuellement, « croître dans les cinq à dix ans de 500 à 1 000 personnes. Donc cela laisse de beaux jours pour Montpellier », prédit Xavier Poix.

>> Pourquoi ce nouveau bâtiment ?

On est ravi de poser la première pierre virtuelle d’un nouveau bâtiment que l’on crée à Montpellier, ville pionnière du jeu vidéo puisqu’on y est présent depuis 1994. On a développé ici des grandes marques hyper connus mondialement comme Beyond Good and Evil, Rayman, Les Lapins Crétins… Aujourd’hui cela marque une étape importante pour nous puisque l’on pérennise notre présence sur place avec un bâtiment qui nous ressemble dans lequel on va pouvoir se développer pendant pas mal d’années encore.

>> Qu’aura de particulier le Monolithe ?

C’est le premier bâtiment que l’on construit de A à Z. Donc on a enfin pu prendre en compte tout ce que l’on voulait faire : beaucoup d’espaces de coworking pour les équipes, la communication étant très importante dans le jeu vidéo, mais également des espaces très ludiques avec une terrasse, un patio intérieur… On espère que les gens se sentiront très inspirés pour toujours créer des jeux encore meilleurs.

Le Monolithe de 4 500 m2 a été conçu par l’architecte Philippe Rubio.

>> Est ce qu’il va vous permettre de développer des jeux encore plus importants ?

Tout à fait. Déjà il va nous permettre d’avoir de très grosses équipes. On a créé un espace de Recherche et Développement, ce que l’on ne fait pas d’habitude, simplement parce que l’on a pu le décider depuis le début. Cela nous permettra faire de la motion capture, de la réalité virtuelle… Ce sera un espace dans lequel on peut favoriser la créativité. Pour le reste, c’est vraiment les flux d’échanges qui nous intéressent. Il y aura également une salle de sport. Ce sont des détails mais on a envie que les gens s’y sentent bien et s’y épanouissent véritablement.

>> Par le statut d’Ubisoft, de quelle manière assurez-vous le rôle de locomotive de l’écosystème vidéoludique de Montpellier ?

On n’assure pas de rôle, en tout cas on ne veut pas le faire nécessairement. On le fait indirectement puisque pas mal de gens ont envie de vivre une aventure de créateur de studio, et certains ont été formés dans nos studios d’ailleurs. En tout cas ce qui est bien c’est que cela permet de mixer différents styles de jeu. Les petits studios ne faisant pas forcément les mêmes jeux que nous. Et ce sont des gens que l’on connaît donc il y a beaucoup de partage. C’est très bienveillant à tous les niveaux. Après, la taille aujourd’hui des productions de très gros jeux fait que l’on est à peu près le seul studio à pouvoir les assumer.

>> Quelle relation a Ubisoft avec les écoles de jeu vidéo de Montpellier ?

À peu près 50 % des recrutements que l’on peut faire aujourd’hui viennent des écoles locales. On en est extrêmement contents et fiers. On pense que l’on a encore beaucoup de choses à faire à la fois pour orienter les formations qui s’y font pour qu’elles correspondent davantage à nos besoins. En tout cas on trouve les talents que l’on veut très localement avec beaucoup de passionnés car c’est ce que l’on recherche chez Ubisoft.

>> Il y avait des inquiétudes quant à la montée de Vincent Bolloré dans le capital d’Ubisoft. Qu’en est il aujourd’hui ?

Je ne commenterai pas sur Vivendi. Mais en tout cas, aujourd’hui le succès et l’histoire d’Ubisoft c’est l’indépendance. Seule l’indépendance peut engendrer à notre niveau beaucoup de créativité car il faut prendre des risques en permanence dans cette industrie. Il faut être concentré sur elle pour en voir les développements futurs. Un studio comme Montpellier et la façon dont on le conçoit va nous aider à être encore plus créatif.

Visite virtuelle du Monolithe © CN

>> En tant que gros studio, comment vous positionnez-vous par rapport aux studios indépendants qui ont une production propre plébiscitée par les joueurs ?

Le choix d’Ubisoft est d’embrasser les blockbusters de l’industrie. Par contre on aime faire un peu tout. Le studio de Montpellier est assez intéressant à ce niveau là. On a développé Soldats Inconnus : Mémoires de la Grande Guerre, qui était un peu jeu sur la guerre 14-18 vraiment tourné sur l’émotion auprès des joueurs. Je dis un petit jeu dans le sens où c’était une plus petite équipe que d’habitude. On participe en parallèle à des Ghost Recon ou des Beyond Good and Evil. BGAV c’est déjà une petite start-up en soit dans nos méthodes de production, dans la qualité des gens. Mais l’ambition du jeu est telle que l’on sera une très grosse équipe donc cela ne peut pas se faire dans un petit studio.

>> En quoi Michel Ancel est important dans l’avenir d’Ubisoft Monpellier ?

Michel est la star. Il a créé le personnage de Rayman, après on a travaillé sur King Kong avec Peter Jackson, ensemble d’ailleurs, puis Beyond Good and Evil et aujourd’hui il est aux manettes du deux avec une équipe extrêmement talentueuse. On a essayé de rassembler la meilleure équipe possible pour faire cet énorme jeu.

>> Sur quel type de jeu et quelle plateforme travaille Ubisoft aujourd’hui ?

À l’échelle d’Ubisoft on travaille sur tous les styles de jeu et toutes les plateformes. Sur le studio de Montpellier, on se concentre essentiellement sur les gros jeux console et PC. On a également une petite équipe qui travaille sur la réalité virtuelle. C’est un sujet qui nous passionne beaucoup puisqu’il réinvente toute l’interactivité entre le joueur et le monde. Mais avant tout notre spécialité à Montpellier c’est d’être très créatif dans la production de nouveaux environnements et de nouveaux univers. Beyond Good and Evil est un super exemple d’un univers créé à partir de rien. Il représente bien tout ce que l’on sait faire chez Ubisoft Montpellier à savoir beaucoup d’innovation, de créativité et un mélange des deux qui en général fait des jeux exceptionnels.

>> Quelles sont les grosses productions développées à Montpellier qui arrivent bientôt ?

Beyond Good and Evil 2 est vraiment notre focus. D’ailleurs on recherche beaucoup de personnes. Donc je lance un appel à candidature sur des expertises senior dans tous les domaines artistiques ou d’ingénierie. À plus court terme, Space Junkies, un jeu de réalité virtuelle qui sortira l’année prochaine et qui est en phase de finition. Je pense que ce sera la plus grosse surprise qui va arriver.

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