MRC. Caroline Boujard : « Le rugby m’a construite »

RUGBY FÉMININ. À 23 ans, Caroline Boujard fait partie de cette génération de joueuses ambitieuses prêtes à prendre le relai de leurs illustres aînées. La passion du rugby chevillée au corps, elle est venue à Montpellier pour porter haut ses ambitions à la fois en club et en équipe de France avec qui elle a déjà joué trois tournois des Six Nations et une Coupe du monde. Aussi déterminée que rapide sur une terrain, Caroline Boujard, comme tant d’autres joueuses, concilie les exigences d’une pratique professionnelle d’un sport qui n’en a pas le statut avec sa vie de tous les jours. Avec une détermination à toute épreuve…

Décrivez nous votre parcours ?

J’ai commencé le rugby au collège dans le 91 à Massy. J’ai fait cadette de l’Essonne qui était une section 100 % féminine de 15 ans à 18 ans. Puis j’ai joué deux ans à Chilly-Mazarin. Après j’ai voulu jouer dans le haut niveau donc je suis partie un an à l’USAP sauf que l’USAP s’est écroulé. J’ai du trouver un club et je me suis rabattue sur le meilleur club de France, Montpellier.

Pourquoi aviez-vous choisi le rugby ?

C’est un total hasard. Dans un couloir en arrivant en 6e on m’a demandé si je voulais faire du rugby. J’ai dit oui et tout est parti comme ça. Cela aurait pu être un tout autre sport.

Qu’est-ce que vous a apporté Montpellier ?

La rigueur. L’avantage à Montpellier, c’est que les entraînements sont très structurés. On a créé des créneaux de physique, de muscu… Actuellement le rugby féminin en France n’est pas professionnel. Montpellier est l’un des seuls clubs en France qui est assez structuré et cela m’a apporté d’évoluer au haut niveau et je pense de gagner ma place en équipe de France. Même s’il faut tous les jours travailler pour y être.

Avec une vingtaine de sélections en équipe de France, vous considérez-vous comme une cadre ?

Non on va dire encore une petite jeune (rire).

Lors du dernier rassemblement des Bleues, vous avez participé au match contre l’Espagne soldé par une victoire 97 à 0 ?

Ce sont des petites jeunes qui n’ont pas le tournoi des Six Nations. L’Espagne est encore moins professionnalisée que la France. Donc c’est vrai que, les pauvres, pour elles c’était une grosse nation qu’elles jouaient. Ce n’est pas que ce score est normal, il montre l’écart entre les deux équipes. Elles ont fait leur maximum, elles n’ont rien lâché jusqu’à la dernière minute. C’est juste que l’on a plus de rugby qu’elles, tout simplement.

J’imagine que vous comptez vous inscrire dans la durée avec cette équipe ?

C’est ça. Après chaque Coupe du monde, il y a un renouvellement qui est fait dans le staff et dans les joueuses. Le staff cherche des joueuses jeunes qu’ils vont pouvoir faire travailler pendant quatre ans et amener un projet de jeu qui fait que l’on ira chercher cette Coupe du monde.

Un mot sur votre coéquipière en club et en équipe de France, Safi N’Diaye, qui a été nommée pour le titre de meilleure joueuse du monde ?

C’est génial ! Elle le mérite. Je ne dis pas ça parce que c’est une très bonne amie. Elle est monstrueuse sur un terrain de rugby. Elle fait ce qu’il y a à faire et elle est au dessus. J’espère qu’elle sera élue car elle le mérite. Elle a fait une très très belle saison sans parler que de la Coupe du monde. En championnat, c’est une joueuse cadre sur qui on peut compter et qui nous fait toujours avancer. C’est une joueuse extraordinaire et j’espère qu’elle restera encore de nombreuses années dans le rugby féminin.

Votre surnom c’est Babyliss. Pourquoi ?

Parce que je me lisse tout le temps les cheveux. Tout simplement (rire). Je déteste ne pas avoir les cheveux lisses et je les lisse toutes les 5 minutes. Voilà pourquoi on m’a appelé comme ça.

Comment arriver à concilier une activité sportive en apparence professionnelle et votre vie en dehors ?

On essaye de trouver un employeur qui est très cool déjà. Parce qu’aujourd’hui aller voir un employeur et lui dire qu’il faudra nous dégager du temps parce que l’on ne sera pas là les week-ends et, si on est internationale, entre 8 et 10 semaines par an, il ne vous prendra pas. Même si c’est joli de dire que dans son entreprise on a une internationale dans un sport, cela ne marche pas. C’est hyper compliqué de trouver un employeur qui accepte que l’on soit sportive de haut niveau. Dans mon cas, je travaille à Décathlon en contrat de 15 h. Au final, il me reste beaucoup de temps à côté pour me consacrer au rugby donc j’arrive à concilier les deux. Financièrement parlant je m’en sors avec un SMIC donc pour l’instant ça va. Mais c’est vrai que c’est compliqué pour certaines filles. J’ai plein d’amies qui étaient espoirs, qui auraient pu être clairement parmi les meilleures joueuses du monde. Mais à un moment donné il faut vivre, créer son avenir et le rugby, cela ne paye pas. Elles ont dû arrêter tout simplement parce qu’elles ne pouvaient pas allier les deux. Ce sont des concessions énormes dans une vie pour peut-être ne jamais porter le maillot de l’équipe de France. Après c’est un choix de vie, c’est notre passion donc on la vit à fond. On fait ces concessions parce que l’on a envie d’aller chercher quelque chose de beau.

Un mot pour donner envie aux jeunes filles de se mettre au rugby ?

C’est la meilleure école de la vie. Les partenaires avec qui l’on joue deviennent nos amies. Pour moi, c’est le sport qui m’a construit dans la vie de tous les jours. J’ai des millions de souvenirs qui font que je ne regretterai jamais d’avoir fait ce sport. Même si ça fait peur parce que c’est un peu de combat mais ce n’est rien en fait.

Vos objectifs pour la saison avec Montpellier ?

Championne de France ! C’est simple.

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