Près de Montpellier : un chef d’entreprise était racketté

palais justice montpellier

ARRESTATIONS. Le directeur d’une société de location de véhicules située dans une commune de l’ouest de Montpellier était racketté depuis ces dernières semaines. Les auteurs présumés de cette extorsion de fonds ont été interpellés dans la semaine par le Service régional de police judiciaire -SRPJ- de Montpellier, saisis de l’enquête par Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier. Récit.

Le chef d’entreprise qui était menacé et contraint de « cracher au bassinet » avait, en effet discrètement informé les services de police, qui ont rapidement lancé des investigations pour identifier les racketteurs. Ces derniers qui ignoraient que la police avait été prévenue ont été identifiés et arrêtés.

La victime craque

Tout a commencé début août, quand ce chef d’une entreprise ayant pignon sur rue aux portes ouest de Montpellier a craqué et s’est présenté au commissariat central sur les conseils de son avocat, pour dénoncer des faits récurrents depuis plusieurs mois de la part d’un Montpelliérain de 34 ans sans travail, qui perçoit une pension mensuelle d’adulte handicapé et dont la famille est connue dans une communauté de la ville. Le chef d’entreprise avait tissé des liens amicaux avec le trentenaire qui lui mettait toutefois la pression : en effet, il l’obligeait à lui prêter gracieusement des véhicules de location et de régler les pleins de carburant.

Puis, le trentenaire est passé à la vitesse : il a contraint la victime à « cracher au bassinet », lui réclamant le versement de 20’000 euros. Dans un premier temps, il a refusé, mais, dans sa déposition faite aux policiers du SRPJ de Montpellier chargés de l’enquête, il a raconté qu’il était harcelé, avec des appels téléphoniques de menaces et des visites dans son garage automobile à la pelle, ce qui est attesté par les investigations menées par les policiers de la PJ.

Trois chèques

Le racketteur est soupçonné d’avoir usé de méthodes lourdes, notamment en menaçant la victime d’incendier son outil de travail, son habitation et ses voitures. Lors d’une de ses visites, le suspect était porteur d’une arme à feu, selon le garagiste, qui, terrorisé, a finalement cédé : il a payé les 20’000 euros via trois chèques, encaissés par trois complices, des professionnels de l’automobile du montpelliérain. Pour masquer ces versements illégaux, ces trois exploitants de concessions autos ont établi de fausses factures.

Les fonds ont ensuite été versés au racketteur qui avait noué des relations proches avec la victime et les trois garagistes ripoux, qui connaissaient également leur « collègue » qui a établi les chèques.

Apeuré, le comptable démissionne

Le trentenaire n’a pas pour autant stoppé son chantage. Il est revenu régulièrement à la charge, au point de réclamer en juillet dernier 10’000 euros supplémentaires. Le chef d’entreprise a catégoriquement refusé cette fois, décidant de se cacher et ne plus venir travailler dans son garage, une situation qui a abouti à la démission de son comptable, qui ne supportait plus ce climat de terreur imposé par le racketteur.

Finalement, le racketté a tout raconté à son avocat qui lui a conseillé de se rendre au commissariat central de Montpellier. Le procureur de la République, Christophe Barret a saisi le SRPJ. Au terme d’une discrète enquête de trois mois, le trentenaire a été interpellé en début de semaine, avec ses trois complices présumés, les trois concessionnaires automobiles.

Remis en liberté

Mis en examen jeudi, les uns et les autres pour extorsion aggravé par l’usage ou la menace d’une arme, tentative d’extorsion, blanchiment et association de malfaiteurs par un juge d’instruction, ils ont été remis en liberté sous contrôle judiciaire par le juge des libertés et de la détention -JLD-, contrairement aux réquisitions du parquet concernant le racketteur obligé de résider dans une commune des Bouches-du-Rhône avec interdiction de venir à Montpellier et obligation de pointer régulièrement dans une gendarmerie. Dans le cadre de la saisie des avoirs criminels, le juge a confisqué au trentenaire ses deux voitures, une BMW X6 et une BMW X4.

Le racketteur présumé nie avoir menacé la victime pour la contraindre à verser cette importante somme d’argent, il explique que le chef d’entreprise lui a rendu des services, notamment en lui ayant prêté amicalement les 20’000 euros, qu’il s’apprêtait à lui rembourser…

« Porter plainte systématiquement »

Ce vendredi matin, en évoquant cette procédure, Christophe Barret conseille vivement aux victimes de racket et d’extorsion de fonds de ne pas garder le silence, de briser l’omerta imposée par le ou les auteurs qui profitent de l’état de terreur pour imposer leur loi. « Il ne faut pas attendre pour prévenir la police ou la gendarmerie, une enquête sera discrètement déclenchée et ira à son terme. Quand les plaintes sont tardives, il y a le risque de voir les victimes se rétracter ou de ne plus se présenter aux convocations du juge d’instruction, notamment pour fuir des confrontations », souligne le procureur de la République de Montpellier, qui va interjeter appel de la décision du JLD d’avoir remis en liberté le racketteur présumé. C’est la chambre de l’instruction près la cour d’appel qui va confirmer ou infirmer cette décision.

Christophe Barret prévient également que, « le fait que l’entourage d’un mis en examen se livre à des pressions et des menaces verbales ou physiques sur la victime pour la dissuader à retirer sa plainte constitue un délit supplémentaire qui est puni de 3 ans de prison ».  Il faut savoir qu’un retrait de plainte ne stoppe pas une instruction, qui continue jusqu’à son terme.

Christophe Barret, à gauche en compagnie du commissaire divisionnaire Jean-Philippe Fougereau, directeur du SRPJ de Montpellier. Photo JMA. Métropolitain.

 

1 Comment

  1. Jeune handicapé… d’une communauté connue de la ville…
    et qui se dit stigmatisée par des racistes… certainement !!

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *