Prison de Béziers : mystère sur la mort d’un Nîmois

JUSTICE. Deux mois après le décès suspect d’un père de famille nîmois à la prison du Gasquinoy à Béziers, la procédure traîne : aucun juge d’instruction n’a encore été saisi. La famille de la victime s’impatiente. Elle veut savoir toute la vérité sur les circonstances de cette mort. Récit.

Samir Zeghli avait 43 ans et était père de quatre jeunes enfants âgés de 2 ans à 9 ans. Sa veuve qui s’occupe d’eux est handicapée à 80%. C’était un gros malade : problèmes cardiaques, diabète, crises d’épilepsie. Et il était en dépression depuis son incarcération provisoire à la prison de Béziers, après sa mise en examen pour coups et blessures volontaires avec arme, quelques mois plus tôt.

« Les faits reprochés à mon frère ont eu lieu dans un bar de Nîmes, où mon frère résidait. Une rixe a éclaté entre des clients et à l’arrivée de la police, tout le monde a été embarqué. On a trouvé un couteau dans une poche de mon frère, mais il ne s’en est jamais servi, d’ailleurs, il n’y a pas eu de blessé par arme blanche », explique Mohamed Zeghli, un commerçant du quartier du Chemin-Bas d’Avignon, à Nîmes. Selon lui, son frère n’avait aucun antécédent judiciaire, son casier judiciaire était vierge : « Pourquoi Samir s’est-il retrouvé en détention préventive, alors qu’il était un délinquant primaire ? », s’interroge t-il.

Accusé de jouer la comédie

Samir Zeghli ne supportait plus le régime carcéral trop contraignant pour un malade lourd. Durant l’été dernier, il avait signalé à sa famille qu’il ne recevait pas les soins adaptés à ses souffrances de la part de l’administration pénitentiaire. Selon Mohamed Zeghli, « lors d’une de nos visites au parloir, Samir se plaignait de l’attitude de certains gardiens de prison, dont un chef, qui l’accusait de jouer la comédie pour se faire transporter à l’infirmerie. D’après ce qu’il nous racontait, il subissait de mauvais traitements ».

Placé au mitard

Le matin du 23 août dernier, la famille a appris que Samir avait été descendu de sa cellule situé dans un des étages de la maison d’arrêt du Gasquinoy pour être placé à l’isolement. « On n’a jamais su pourquoi il avait été puni et mis au mitard », assure son frère.

Cet épisode n’a pas manqué d’inquiéter les Zeghli, qui vont apprendre une mauvaise nouvelle ce jour-là, tombée dans la soirée. « Vers 18h, le frère d’un jeune de la cité du Chemin-Bas d’Avignon qui me connaît bien est arrivé en courant dans mon magasin en me prévenant que Samir était mort. Vous imaginez un peu, je n’avais même pas encore été infirmé par la direction de la prison du décès de mon frère », accuse Mohamed Zeghli.

Il révèle que, le lendemain de la mort de son frère, alors que l’administration pénitentiaire ne s’était pas encore manifestée, de nombreux jeunes des cités de Nîmes qui sont en détention à la prison de Béziers l’ont contacté pour lui confirmer que Samir Zeghli souffrait le martyr. Ils seraient prêts à témoigner pour décrire ce qu’ils ont vu.

Ses effets personnels volés

Trois mois après, alors que l’enquête des policiers de la sûreté urbaine du commissariat de Béziers est bouclée depuis plusieurs semaines et que le dossier a été transmis au parquet de la ville, sans qu’une infirmation judiciaire n’ait été ouverte encore, la veuve de Samir Zeghli et son frère veulent savoir ce qui s’est exactement passé ce 23 août dernier en fin d’après-midi : « On sait que les effets personnels de Samir ont été volés, probablement par un codétenu : sa tasse de café, ses baskets Nike, ses boissons et ses cigarettes. Il était en colère, d’autant que les surveillants de prison auraient refusé de recueillir sa plainte pour déclencher une enquête interne, comme c’est l’usage. Samir aurait fait un malaise ».

Mohamed Zeghli se souvient que, « le frère du détenu venu à 18h me trouver sur mon lieu de travail en courant pour m’annoncer la mort de mon frère, avant même que le personnel pénitentiaire ou le service de police ne me préviennent, m’a été dit que mon frère avait fait une crise d’épilepsie sévère, qu’il était tombé dans le couloir, qu’il était resté inanimé dans ce même couloir  pendant des heures sans que personne n’intervienne ».

Quels résultats de l’autopsie ?

Finalement, quand un infirmier et un médecin, puis les sapeurs-pompiers et le Smur-Samu 34 de Béziers sont intervenus, il était trop tard : Samir Zeghli en arrêt cardio-respiratoire est décédé. « À plusieurs reprises, nous avons prévenu les autorités compétentes des nombreux problèmes de santé de mon frère. Ni les juges, ni le service pénitentiaire n’ont voulu nous entendre, ni aménager sa peine, pourtant mon frère n’était pas un grand délinquant, il a été incarcéré suite une petite bagarre. Maintenant, tout ce que je souhaite est que la vérité  éclate et que chacun prenne ses responsabilités ».

Une autopsie a été ordonnée par le procureur de la République de Béziers, après le décès suspect du détenu. Elle a été réalisée à l’institut médico-légal du CHU Lapeyronie à Montpellier. La famille Zeghli n’a eu aucun retour. Elle ignore toujours deux mois après les résultats de cet examen médico-légal.

« Il est urgent que nous connaissions les circonstances de la mort de Samir. Y aurait-il des choses à cacher du côté de la prison de Béziers ? La question qui nous taraude, c’est : est-ce qu’une prise en charge immédiate de son grave malaise aurait pu lui sauver la vie ? », dénonce le commerçant nîmois. La famille vient de demander à l’avocat pénaliste montpelliérain, Luc Abratkewicz de défendre ses intérêts. Pour faire éclater toute la vérité.

 

5 Comments

  1. Bsr je suis directrice d une asso pour détenus, je m occupe aussi de famille qui ont perdu un proche en prison contacter moi

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