Pyrénées : l’ours brun doit montrer patte blanche

ENVIRONNEMENT. La problématique de l’ours reste omniprésente en région Occitanie -Pyrénées-Méditerranée- et plus particulièrement dans l’Ariège. Ainsi, le président du conseil départemental, Henri Nayrou, a annoncé vendredi la tenue d’états généraux du pastoralisme à Foix, le 9 décembre prochain. Les travaux porteront sur les ravages que causeraient les ours en liberté. Dans l’été, l’un d’eux a été aperçue du côté de Prades, dans les Pyrénées-Orientales. Le plantigrade n’est pas le bienvenu et soulève les passions. L’ours brun doit montrer patte blanche. Notre dossier.

La prédation sur les troupeaux est une des questions auxquelles un éleveur doit faire face, sur l’exploitation, comme en estive. Dans le cadre du retour de l’ours en Pyrénées centrales, l’Etat a mis en place un programme d’aides spécifiques destiné à favoriser la cohabitation ours-pastoralisme avec l’embauche de bergers, l’utilisation de clôtures, le regroupement nocturne des troupeaux, ou l’utilisation de chiens de protection.

Le financement par le programme “Ours” de ces mesures peut induire des confusions, quant à la fonction de chacune d’elle. Certains s’étonnent par exemple que des estives “gardées” subissent des prédations. Il apparaît dès lors important de clarifier le rôle de chacun, du point de vue de la protection des troupeaux (estive).

Une attaque de l’ours avérée en juillet sur l’estive du Mont-Rouch, au sud-ouest de l’Ariège s’est soldée par le dérochage -chute dans un ravin- d’un troupeau de 208 brebis : prises de panique, les bêtes se sont jetées au bas d’une barre rocheuse. Les brebis sont toutes mortes.

Un arrêté municipal inédit

À 15 km de là à vol d’oiseau, sur l’estive d’Ustou, « une trentaine de brebis » d’un autre troupeau ont également déroché pendant la même période, selon Bruno Besche-Commenge, porte-parole de l’association pour le développement durable de l’identité des pyrénées, l’ADDIP. Après ces deux drames, le maire -DVG- d’Ustou, Alain Servat, a pris un arrêt interdisant à l’ours toute « divagation » sur sa commune. Un arrêté inédit dans les annales des Pyrénées qui a beaucoup fait couler de l’encre et de salive. Une mesure à la fois « symbolique » et juridique, qui lui évite d’être tenu pour responsable, si une attaque survenait sur sa commune.

Au total, le bilan des victimes du plantigrade serait donc de 208, selon l’association de protection de l’ours, la Férus, de près de 240, selon l’association de défense du pastoralisme -ADDIP- qui lui attribue d’autres attaques avant l’été dernier.

Indemnisations

Comme la loi le prévoit, le propriétaire de la brebis dévorée à Mont-Rouch, ainsi que ceux des animaux qui se sont précipités ont été indemnisés « pour cause de dérochement imputable à l’ours », a décidé rapidement la préfète de l’Ariège, Marie Lajus. En effet, en général les propriétaires sont « indemnisés au bénéfice du doute ».

Le troupeau de brebis n’était pas protégé par un chien berger -un patou- et les bêtes n’étaient pas regroupées le soir dans un parc. « Une situation particulièrement regrettable, quand on sait que l’État prend en charge 85 % du salaire du berger, le coût du chien de protection et une partie de la nourriture de ce dernier », observe pour sa part, Sabine Matraire, vice-présidente de l’association Férus, ajoutant que, « dans toutes les Pyrénées, depuis quelques années, le triptyque < homme + chien + regroupement nocturne > aboutit à une baisse drastique de la prédation ursine, ainsi qu’à une amélioration de l’état sanitaire des troupeaux ».

Agents menacés

L’été a été chaud et agité autour de la polémique liée à l’ours, au point de « faire perdre la tête » à des éleveurs : quatre agents de l’Office national de la chasse et de la faune sauvage (ONCFS) venus expertiser des dommages liés à un plantigrade ont ainsi été pris à partie par des individus «proférant des menaces de mort et tirant plusieurs dizaines de coups de fusil», a indiqué la préfecture de l’Ariège.

La préfète de l’Ariège a fait part de son «indignation devant le comportement irresponsable» des auteurs de cette «agression» sur une estive de la commune pyrénéenne d’Auzat, frontalière de l’Espagne et d’Andorre. Une plainte a été déposée et une enquête de gendarmerie est toujours en cours.

Quelques jours plus tard, quelques dizaines d’éleveurs anti-ours ont bloqué des accès de Saint-Girons, dans l’Ariège et distribué des tracts à la sortie du péage de Lestelle, sur l’A64 au sud de Toulouse, en Haute-Garonne provoquant des ralentissements. Ces actions se sont déroulées sans incident.

Fortes divisions

Vingt ans après la réintroduction de l’ours, plantigrade pouvant peser jusqu’à 250 kilos et mesurant jusqu’à deux mètres dressés sur ses pattes arrière, sa présence dans les Pyrénées et surtout la question sensible de nouveaux lâchers sur les versants français continuent de diviser. Avec de fortes divisions. Trente-neuf ours ont été détectés dans les Pyrénées l’année dernière et les dommages qui leur sont imputés sont stables, selon une étude publiée en avril de la préfecture de la région Occitanie, Pyrénées-Méditarranée.

Pour l’association Férus qui milite en faveur de la protection des ours, «hormis le cas du dérochement exceptionnel de la mi-juillet dernière, les dégâts imputables à l’ours au 16 août dernier sont de 89 ovins, soit un chiffre habituel, la majorité des troupeaux concernés par ces dégâts n’étant pas protégés».

Hécatombe

«Sur les 570’000 ovins présents dans les Pyrénées, 18’000 à 30’000 brebis meurent chaque été de chutes, de la foudre, de maladies, du manque de soin, de prédation par les chiens, des asticots etc…», souligne t-on à l’association. Une véritable hécatombe.

Selon Férus, «le dérochement exceptionnel de juillet fera tout au plus passer la part de l’ours dans la mortalité globale de 1 à 2% en 2017». Toujours selon cette association, sur les 570’000 brebis présentes dans les Pyrénées, de 1 à 2 % mourraient chaque année sous les coups de l’ours. Mais, chaque nouvelle attaque est très mal vécue. Aussi le projet de lâcher de nouveaux plantigrades sur le versant français reste très sensible et continue de diviser.

39 ours dont dix oursons

Vingt ans après la réintroduction par l’homme de l’ours en France – à la différence du loup, spontanément revenu depuis l’Italie –, on dénombre 39 animaux dans les Pyrénées françaises, dont dix oursons nés l’année dernière, selon le dernier suivi des techniciens de l’Office National de la Chasse et de la Faune Sauvage, l’ONCFS. Et d’ici la fin de l’année, six femelles pourraient donner naissance à des petits.

En 2013, les experts du Muséum national avaient suggéré de réintroduire quatre femelles slovènes pleines dans les Pyrénées occidentales et deux dans les Pyrénées centrales, pour assurer la survie de l’espèce. Une proposition à laquelle les deux derniers ministres de l’écologie, Ségolène Royal et Barbara Pompili, n’avaient pas donné suite.

Nicolas Hulot à l’écoute

Le nouveau ministre de l’écologie, Nicolas Hulot a du pain sur la planche. Il a été alerté du problème entre les pro et les anti ours et pour l’heure il est à l’écoute. Il ne devrait pas tarder à prendre position. Pour les opposants à de nouvelles réintroductions, « relâcher de nouveaux ours, c’est remettre en cause tout le pastoralisme de la région », estime Bruno Besche-Commenge, porte-parole de l’association pour le développement durable de l’identité des Pyrénées, l’ADDIP.

« À Sentein, au sud-ouest de Saint-Girons, les éleveurs sont déjà redescendus des estives, car il y a quatre ours », affirme ce spécialiste de l’agro-pastoralisme. Pour lui, ces descentes contraintes et prématurées vont mettre en péril les réserves de foin pour l’hiver.

En face, les défenseurs de l’ours font valoir le trésor naturel et culturel que représente le plantigrade, l’un des très rares animaux capables, avec certains singes, de se dresser et de marcher sur deux pattes.

La population des ours dans les Pyrénées.
Une ourse et un ourson en Occitanie.

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