Interview : Julien Doré « définitivement » à Montpellier

CHANTEUR. L’interprète de « Coco Câline » et du « Lac » achèvera dans quelques semaines une tournée triomphale de 72 dates, incluant un concert très attendu au Zénith Sud à Montpellier le 28 novembre prochain. Info exclusive : Julien Doré reviendra ensuite s’installer chez nous, « définitivement ». Pour Métropolitain, il se confie sur ses envies, ses projets et l’aventure de sa tournée à succès.

>> Vous achèverez fin décembre une tournée triomphale de plus de 70 dates qui vous aura emmené jusqu’au Japon, à Singapour, à Montréal…À chaque fois, vous jouez à guichets fermés. Comment expliquez-vous ce succès ?

Sincèrement, je suis le plus mal placé pour analyser -ou ne serait-ce même qu’essayer d’expliquer- le succès de l’album et de la tournée. Je suis bien mieux capable de vous répondre sur l’intention du projet. « & » est le quatrième album studio que j’ai la chance de proposer en dix ans. Pour celui-ci, comme pour les précédents, j’ai testé, j’ai osé, j’ai proposé des choses qui me ressemblent. Je pense que le public ressent ces choses-là. Il réclame aux artistes une authenticité absolue. Vivre de ma musique est un bonheur en soi. Sur la base de mes propres critères, le succès réside dans les choses simples.

>> La réussite ne vous monte pas à la tête ? 

Je n’affectionne pas le terme de réussite.  Mon objectif, c’est juste de faire ce qu’il me  plaît, d’aller au bout de mes idées et de mes envies. J’écris mes albums avec les mêmes potes depuis 10 ans. On partage le même amour de la musique sans se prendre la tête. Avoir le melon, cela suppose de jeter un œil sur sa prétendue carrière. C’est s’arrêter sur les choses qui ont été. Moi, ce qui m’intéresse, c’est créer. Or, on ne peut continuer de créer qu’en prenant conscience de la fragilité des choses. C’est pourquoi je préfère parler de chemin. La réussite ou l’échec, ce n’est pas moi qui décide de ça alors… Je laisse ces questions à d’autres.

« Je suis sur scène comme dans la vie »

>> Ce « chemin » alors, il commence à être long depuis 2007 et votre victoire en finale de la Nouvelle Star…

Dix ans déjà. Le temps est passé très vite. Peut-être parce que ce que j’ai été amené à vivre est juste formidable.

>> Considérez-vous que le Julien Doré qu’on vient applaudir aujourd’hui est le même qu’il y a 10 ans ?

Il est plus mûr, plus sûr de lui. Vous savez, j’ai toujours été sur scène, tel que je suis dans la vie. Mais au tout début, il y avait cette peur qui m’envahissait, au moment de monter sur les plateaux TV. Je me protégeais alors avec un personnage un peu exubérant. J’ai arrêté ça, depuis. Je reste le même Julien. Juste 10 ans plus vieux…et peut-être un peu moins naïf.

>> Vous avez indiqué à plusieurs reprises vouloir retourner vivre dans le sud en 2018 parce que « vous en avez besoin ».

Je suis en train de prendre conscience d’une chose que j’aurais du comprendre il y bien longtemps déjà. Chez moi, c’est ici. C’est ce sud où j’ai grandi. C’est ce sud où mes parents vivent, du côté de Lunel. Mon domicile est à Paris, mais mes racines, mes pensées, mon cœur sont ici. Toutes mes chansons, je les ai écrites et composées dans le sud. Il est temps de revenir et de renouer avec cette vie au soleil, qui me manque tant.

« Il est temps de revenir et de renouer avec cette vie au soleil, qui me manque tant »

>> C’est quoi « votre sud »?

Je suis né à Alès. J’ai grandi à Lunel, où j’ai joué au Gallia Club football et passé mon Bac L au lycée Feuillade avant d’étudier les Beaux Arts à Nîmes. Mon sud, c’est ce territoire qui descend du parc national des Cévennes vers Montpellier et la Camargue. C’est cet endroit où j’ai tous mes souvenirs.

>> Qu’est-ce qui vous manque ?

Des repères. Un rythme. Les balades à Lunel, Montpellier, Nîmes, aux Saintes-Maries-de-la-Mer. Boire un café à la terrasse d’un troquet perdu. Cette nature, aussi, qui me fait défaut à Paris. La ville m’étouffe, j’ai besoin de la mer, de la forêt, de paysages de plaine… Je ne suis pas le genre de mec qui s’envole. J’ai les pieds bien posés sur le sol. Ici, c’est ancré en moi comme une évidence.

« Ici, c’est ancré en moi comme une évidence »

>> Vous revenez à Montpellier assez souvent quand même.

Oui. D’ailleurs cette année il y a eu un moment assez magique. Mon passage aux Arènes de Nîmes, dans le cadre de ma tournée, s’est fait par le plus grand des hasards le jour de mon anniversaire (le 7 juillet, ndlr.). Je crois aux symboles…et celui-ci est tout simplement magique, vous ne trouvez pas ?

>> Il paraît que vous préparez un film.

J’en suis encore au stade où je couche les idées sur le papier. Mais on a en effet pour projet de coécrire, avec mon pote belge Brice VDH, un film dont le point de départ serait un village de Camargue. On n’en est qu’aux prémices !

>> Ce n’est quand même pas une totale nouveauté. On vous a vu il y a quelques mois dans la série « Dix pour cent ». Vous participez aussi activement à la réalisation de vos clips depuis des années…

À la différence près que jouer un scénario pour quelqu’un, c’est consentir à un abandon total de soi au texte, au réalisateur. J’ai accepté de jouer dans cette série surtout pour l’ambiance d’équipe. C’était généreux, simple, joyeux, passionné. Et on m’offrait l’opportunité (il incarnait son propre rôle, ndlr.) de rire de moi-même. Comment résister ?

>> La notion de lâcher prise est devenue très à la mode. Vous y arrivez, vous ?

Le lâcher prise est une urgence à une époque où tout le monde veut être maître de son image, de sa carrière, de sa vie en général. Je ne fais pas complètement exception à la règle, mais j’ai mes moments, mes endroits. Dans le sud, à pieds nus, chez mes parents. Ou sur scène. Ca paraît assez dingue dit comme ça, mais sur scène je suis en contact avec l’instant, entièrement en proie à mes émotions. Ça me fait un bien fou.

« J’ai besoin de vivre pour écrire »

>> On vous dit acharné de travail.

Écrire des mélodies et des textes, participer à la préparation des livrets, des pochettes d’album, au choix des photos, ça fait partie du job. Et surtout, j’adore ça ! C’est aussi une façon de ne pas trahir mon public. J’investis donc une part de moi dans chaque projet. Je bosse, oui, mais je bosse grâce à lui, pour lui.

>> Un mot sur le prochain album ?

Je n’ai encore absolument rien à l’esprit concernant le prochain album. Je me concentre sur ce que je vis là, en ce moment, avant de passer au projet suivant. Chaque album est pour moi une histoire à raconter. J’ai besoin de vivre pour écrire.

>> C’était déjà le cas à l’époque, quand vous étiez Julian Goldy ?

(Il explose de rire). Vous vous souvenez de ça !? C’était mon pseudo Myspace, quand j’essayais de faire partager mes premiers morceaux. Pas besoin de vous faire la traduction… On avait déjà pas mal d’humour avec les potes. On s’était inventé une histoire. On faisait croire qu’on était Belges sur notre bio artiste. On s’était baptisés les Dig Up Elvis (Déterrez Elvis !). Plus tard, avec mon pote Guillaume, on a aussi créé un groupe. Pour se moquer des groupes US dont les noms commençaient tous à l’époque par « the », on a choisi de s’appeler les « The Jean D’Ormesson Disco Suicide »… C’était 1 an avant La nouvelle Star…

« Je suis très sensibilisé à la protection des animaux »

>>  Les clips de vos chansons sont aussi très originaux. On a en tête l’apparition de la voluptueuse Pamela Anderson dans Le lac. C’est par amour des blondes à forte poitrine ou par volonté de faire le buzz à chaque fois ?

(Sourire). Ni l’un, ni l’autre. C’est Pamela Anderson défenseuse de la cause animale que j’ai invité sur le tournage de ce clip. Je suis très sensibilisé à la protection des animaux. Comme elle, je suis devenu végétarien. Je considère que ces êtres beaux et fragiles sont le miroir de notre espèce. Leur extinction me peine profondément. C’est notamment pour cette raison qu’on retrouve beaucoup d’animaux dans mes clips : oies, canards, poneys, chevaux, loup…Pour qu’ils frappent de la force de leur vivant, les esprits.

 

>> Vous vous déguisez même en panda dans Coco Câline !

Je ne me suis pas déguisé. J’ai incarné ce panda. J’ai été, le temps du tournage, ce panda-peluche tellement attendrissant, que tout le monde aime, pour alerter. Les vrais pandas ont presque totalement disparu à l’état sauvage. Par l’humour, j’ai voulu rappeler à chacun cette réalité. Si un seul enfant, devant mon clip, demande à ses parents où voir un panda en vrai et que ceux-ci leur expliquent la gravité de la situation, alors ce clip volontairement un peu ridicule, n’aura pas été vain.

>> Les enfants sont, eux aussi, très présents dans vos clips.

C’est parce qu’ils incarnent l’espoir dont on a besoin aujourd’hui.

 >> Je vous propose de conclure cette interview en chanson.

Oui?

>> Répondez le plus spontanément possible, sans réfléchir à ces 3 questions inspirées des titres de vos chansons.

D’accord…

>> Qu’est-ce qui vous rend le cœur Tropique au spleen ?

La fin d’un été. La mort, lente, d’un cycle lascif et sensuel. La chance d’être le témoin impuissant d’un moment suspendu. Comme admirer un coucher de soleil dans une crique isolée, à Sète. Ca nous échappe, mais on se dit alors « je l’ai vécu ce moment ».

>> Qui dépasse, vraiment, Les limites ?

Mes semblables et l’indifférence de nombre d’entre eux devant les vraies urgences de la vie, de la planète. Et les hommes politiques qui ne prennent pas leurs responsabilités.

>> Qui mérite, malgré tout, un Kiss Forever ?

La génération future. Source d’espoir. Attention, je n’abandonne pas ma génération, mais je regarde simplement l’horizon lointain.


Julien Doré / Album: & /Photos: Goledzinowski /

À Montpellier le 28.11.2017

Interview a retrouver dans Métropolitain, le Mag

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