CHU de Montpellier : incursion dans l’unité des morts et des vivants

MÉDECINE LÉGALE. Avant, on disait l’institut médico-légal du CHU Lapeyronie à Montpellier, désormais, c’est l’Unité médico-judiciaire et l’institut médico-légal. Ce service qui ne traite pas uniquement des morts, comme on pourrait le croire, mais qui gère chaque année près de 3000 examens de victimes vivantes a fait l’objet d’une rénovation des locaux d’accueil et d’équipements neufs, modernes et fonctionnels. Visite guidée.

Le combat, bien légitime, du professeur Eric Baccino, à la tête du département de médecine légale du CHU de Montpellier a enfin payé : depuis vingt ans, il n’a eu de cesse de se battre pour obtenir des locaux rénovés et repensés en terme de visibilité, d’accessibilité, d’accueil, de qualité de prise en charge et également d’équipements technologiques et d’amélioration des conditions de travail. C’est chose faite, alors même qu’il y a quelques mois, un directeur général adjoint du CHU, visiblement très mal informé avait assuré à Métropolitain, qu’il n’y avait aucun travaux en cours dans cette unité.

Douleur des familles

La visite des lieux, avant l’inauguration officielle de mercredi a montré que le personnel -dix légistes pour les autopsies, les médecins psychologues, les infirmières, le secrétariat- travaillent désormais dans un service digne de ce nom. « Après les urgences, la morgue est l’endroit le plus visité du CHU, avec près de 20’000 personnes accueillies par an, ce sont les familles des victimes. Un parking spécial est mis à leur disposition, ainsi que des endroits pour les recevoir, afin de respecter leur deuil », souligne Eric Baccino.

Ainsi, la chambre mortuaire a été transformée en un endroit paisible, avec des couleurs et du mobilier plus accueillant et une meilleure intimité pour le recueillement des familles endeuillées et souvent inconsolables lorsqu’il s’agit de la perte d’un enfant chéri. « Pour des situations particulières très douloureuses, comme le décès d’un nourrisson, une pièce spéciale est dédiée aux parents avec canapé et fauteuil », révèle la direction du CHU.

700 autopsies, 3000 consultations

Le département de médecine légale, c’est près de 700 autopsies par an -670 à la date d’hier, 355 en 2011- et près de 3000 consultations -1066 en 2011- de victimes vivantes, ces enfants, femmes et hommes blessés dans leur chair : violences volontaires par arme à feu et par arme blanche, braquages violents, agressions sexuelles, viols, enlèvement, séquestration, homicide involontaire par délit routier etc.

Les résultats des examens effectués sur ces victimes vivantes sont systématiquement transmis aux procureurs de la République de Montpellier, de Béziers et aux juges d’instruction par les officiers de police judiciaire -Sécurité publique, SRPJ, gendarmerie, Police aux frontières, douanes etc.- qui supervisent les procédures judiciaires. Les victimes écoutées et reçues sont également les personnes en garde à vue, c’est à dire d’auteurs présumés de délits et de crimes.

Servir la justice

C’est justement pour servir la justice que le département de médecine légale du CHU de Montpellier s’est modélisé depuis 2011, « avec un véritable pont entre la médecine, les instances judiciaires, le droit et les usagers. À cette volonté de servir la justice s’est ajouté la volonté d’apporter aux victimes une prise en charge personnalisée à travers un dispositif pluridisciplinaire pertinent et efficient, assurant une prise en charge adaptée et individualisée de toute personne de violences dès 1 jour », indique la direction du CHU.

Unique en Europe : la visio-conférence

Cette volonté de servir la justice se manifeste concrètement par une innovation unique en France et même en Europe : le tout nouveau système de visio-conférence que va tester prochainement le Procureur général de la cour d’appel de Montpellier, Pierre Valleix et les magistrats du Parquet général. Installé dans les deux salles d’autopsie, ce matériel pointu permet des avancées non négligeables : les directeurs d’enquêtes de la police nationale et de la gendarmerie du ressort de la cour d’appel -tribunaux de l’Hérault, de l’Aude, de l’Aveyron et des Pyrénées-Orientales- ne se déplaceront plus pour assister aux autopsies, ils la vivront en direct sur grand écran.

« Le coût des transports pour les officiers de police judiciaire sera réduit, tout comme les délais de prise en charge des experts éloignés. Ce procédé offrira par ailleurs un enregistrement et le revisionnage des autopsies », s’est félicité mercredi Christophe Barret, le procureur de la République de Montpellier. Le professeur Eric Baccino a démontré que, grâce à des bras de caméras vidéos sophistiqués, « les officiers de police judiciaire et les magistrats des parquets voyaient parfaitement tous les détails des examens d’un cadavre sur une table d’autopsie ».

Ils font parler les morts

Au département de médecin légale du CHU de Montpellier, des vivants font parler les morts et permettent aux investigations judiciaires de progresser spectaculairement, comme récemment dans l’enquête sur l’assassinat dans l’Aude d’une SDF tarnaise, exécutée d’une balle en pleine tête et dont le corps a été en partie calciné. Une indication très précieuse a été livrée par les deux légistes, qui ne chôment pas.

« Grâce aux deux salles, nous pouvons réaliser quatre autopsies chaque jour », constate Eric Baccino. Mercredi, pendant la visite guidée des nouveaux locaux et des nouvelles infrastructures du département de médecine légale, deux médecins légistes étaient absents et pour cause : ils étaient occupés à effectuer l’autopsie de la sexagénaire aveyronnaise tuée accidentellement dans son jardin le week-end dernier par un chasseur de Taussac, qui pensait tirer sur sur un cerf. Il est poursuivi pour homicide involontaire par imprudence et négligence.

Ils ont reçu le concours d’Alain Artuso, expert en balistique près la cour d’appel de Montpellier, qui va établir à quelle distance la cartouche a été tirée et si l’angle de tir est compatible avec la position du chasseur pour confirmer la thèse accidentelle. Cet expert en balistique fait partie des incontournables acteurs judiciaires.

Le Pr Eric Baccino, patron du département de médecine légale au CHU de Montpellier. Photo JMA. Métropolitain.
Du matériel pointu pour la médecine légale au CHU de Montpellier. Photo JMA. Métropolitain.

 

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *