Les 50 ans du Samu-Smur de Montpellier : du 72 00 00 au Centre 15

SANTÉ. C’était le 1er mai 1967, un jour de la fête du travail : après un appel reçu sur le 72 00 00, des urgentistes du CHU de Montpellier se rendaient sur un accident de voie publique, à bord de l’ambulance du Service mobile d’urgence et de réanimation -Smur 34-, dont c’était la première intervention. 50 ans plus tard, on fêtait ce mercredi la création du Samu-Smur 34, avec une pensée toute particulière à son fondateur, le professeur Louis Serre.

Pierre Pouëssel, le préfet de l’Hérault honorait de sa présence cet anniversaire, où Chantal Lévy-Rameau représentait Philippe Saurel, maire de Montpellier, président de la métropole et du conseil de surveillance du CHU. Le directeur général du CHU, Thomas Le Ludec a retracé l’historique et a donné deux chiffres : « Dans les années 60 et 70, il y avait 15’000 morts et 300’000 blessés par an sur les routes françaises, en 2017, le nombre est descendu à 3000, bien sûr, c’est encore beaucoup trop ». Il a dit combien le professeur Louis Serre avait eu une idée de génie en créant le Smur 34 : faire sortir les médecins des urgences pour qu’ils se rendent au chevet des blessés de la route. « Il faut savoir que tous ses confrères l’ont pris pour un fou, avant d’adhérer au projet. Finalement, on s’est aperçu qu’il avait raison de médicaliser les victimes avant leurs admissions aux urgences. Les années et les progrès ont fait le reste, du 72 00 00, on est passé au Centre 15, mais un peu tardivement quand même, en 1986 » a relevé Thomas Le Ludec.

Premier greffé du coeur

L’actuel coordinateur du département de médecine des urgences au CHU, le docteur Richard Dumont -en poste ici depuis 1978- a bien connu le professeur Louis Serre et a rappelé combien il avait dû taper à toutes les portes pour faire accélérer la création, puis la gestion du Smur, ainsi que pour obtenir l’envoi d’un hélicoptère pour secourir les blessés les plus graves, évoquant cette fameuse date de 1967 : « Cette année là, aux États-Unis, le professeur Christian Barnard réussissait la première greffe du coeur au monde et nous, en France, on n’était pas capable d’aller secourir des blessés sur les routes ».

Louis Serre, pionnier du Smur restera dans l’ombre, il n’aura jamais la réputation internationale du professeur Barnard. Il  est vrai qu’il ne courait pas après les honneurs publics.  Un an après avoir mis en route le Smur de Montpellier, un ami de Louis Serre, le professeur Louis Lareng s’en inspirait. Ainsi naissait en 1968, le Smur 31 à Toulouse.

« Deux Louis d’or »

Jean-Jacques Morfoisse, directeur général adjoint de l’Agence régionale de Santé -ARS- d’Occitanie a rendu hommage à Louis Serre et Louis Lareng, « deux Louis d’or qui ont révolutionné les urgences. Louis Serre fut un visionnaire ». Il a tenu à féliciter tous les acteurs du Samu et du Smur de l’Hérault, des chauffeurs au chef des urgences, en passant par les ambulanciers, les réanimateurs, les anesthésistes, les infirmiers et les médecins, évoquant ces chiffres : Plus de 300 passages aux urgences par jour au CHU de Montpellier, une grosse activité à celles de l’hôpital de Béziers doté d’un Smur également, 700 dossiers de régulation par jour pour le Centre 15.

Il s’est félicité de la mise en place au Samu 34 d’une ambulance équipée d’une couveuse et de l’ensemble du matériel nécessaire, « premier Smur néonatal largement cité en exemple à l’époque au congrès international de Los Angeles ». Depuis, on ne compte plus les nourrissons sauvés de la mort.

« Parfaite coordination »

Jean-Jacques Morfoisse a insisté sur « l’absolue nécessité d’une parfaire coordination entre le Centre 15 et les autres partenaires de l’urgence, les pompiers, infirmiers et médecins du Sdis 34, les transporteurs sanitaires, la Croix Rouge, la Sécurité civile, la police et la gendarmerie », des secouristes indispensables dans la chaîne de l’urgence engagés dans la course contre la montre et contre la mort pour sauver une victime d’un accident vasculaire cérébral -AVC- ou d’un infarctus sévère. Le colonel Christophe Durand, directeur adjoint du Sdis 34 a apprécié le discours.

Chantal Lévy-Rameau, au nom de la métropole de Montpellier a rappelé que Philippe Saurel accordait une importance vitale à la santé, révélant que 6 grands projets, dont deux au CHU ont été lancés et vont se concrétiser dans les mois qui viennent.

Le préfet Pouëssel a constaté que, « à travers les 50 ans du Samu et du Smur 34, nous célébrons deux valeurs essentielles du service public, la continuité et l’adaptation ». Évoquant le récent attentat sanglant de Barcelone, il n’a pas caché que les personnels des services d’urgence devaient se préparer aux attaques terroristes : « Il faut être réactif ».

Nouveau bâtiment et héliport

Deux bonnes nouvelles ont été annoncées officiellement lors de cette cérémonie : une troisième ligne du Samu-Smur 34 sera opérationnelle sur le montpelliérain au premier trimestre prochain et un nouveau bâtiment verra le jour sur le site de l’hôpital Lapeyronie, fin 2018 : cet édifice intégrera un héliport avec une capacité de trois hélicoptères et un garage fermé et protégé pour les véhicules d’intervention, avec de la place pour l’entretien et le stockage de tout le matériel.

Avec 8000 interventions par an dans l’Hérault, ces professionnels de l’urgence méritent bien d’être hébergés dans des locaux spacieux, confortables et fonctionnels.

Chaque année, l’ARS Occitanie accorde 15 M€ d’aide financière au CHU de Montpellier pour la gestion du Samu-Smur 34. Une enveloppe qui permet de poursuivre la modernisation des services de l’urgence. Et d’avoir une pensée au professeur Louis Serre, dont le souvenir perdurait ce mercredi à travers une exposition de photos.

Une exposition de photos de 1967, année de la création du Smur 34 à 2017. Photo JMA. Métropolitain.
Le docteur Richard Dumont, urgentiste depuis 1978 au CHU de Montpellier évoquant Louis Serre. Photo JMA. Métropolitain.
Thomas Le Ludec, DG du CHU de Montpellier retraçant l’historique de la naissance du Smur 34. On reconnait le préfet, Chantal Lévy-rameau, le colonel Christophe Durand du Sdis 34. Photo JMA. Métropolitain.
On reconnait au centre, Jean-Jacques Morfoisse, DG adjoint de l’ARS Occitanie. Photo JMA. Métropolitain.
 

1 Comment

  1. En créant le SMUR de Montpellier, le Professeur Louis SERRE inventera le premier SAMU, un « système » appelé « service » à l’échelon d’une agglomération et au final d’un département. Le premier SMUR, pour secourir les blessés de la route, la priorité de l’époque à cause du carnage routier, fut créé par son ami, le Professeur Paul BOURRET, en septembre 1957, à Salon de Provence. Ainsi, nous devons retenir que le 1er SMUR a été imaginé par Paul BOURRET et le 1er SAMU par Louis SERRE.
    Mais le Professeur SERRE fera plus que l’organisation des secours médicaux aux blessés de la route puis étendue ensuite à toutes les détresses. Il s’intéressera activement au secourisme, secondant ainsi l’action essentielle du Professeur Marcel ARNAUD, qui créa en France le secourisme routier (Ses livres « Les Blessés de la route » (1961) puis « Précis de secourisme routier » (1971) rappellent son oeuvre). Le Professeur ARNAUD fut le précurseur de ces secours médicaux d’urgence dont ses amis Paul BOURRET et Louis SERRE seront les créateurs sur le terrain. Il manquait alors le rôle du public, les témoins de ces accidents de la route (environ 20 000 tués en 1972 et actuellement 3500). Ce fut, en 1967, il y a également 50 ans cette année, le projet et concept de formation de masse des « 5 gestes qui sauvent » face à un accident de la route (formation pratique de 4 heures à rendre obligatoire pour obtenir un permis de conduire non encore appliquée en France). La brochure gratuite (1ère édition 1972) fut agréée par le Professeur Marcel ARNAUD. Le Professeur Louis SERRE (membre d’honneur du CAPSU) apportera son appui permanent et sans faille. Merci à des pionniers.
    Didier BURGGRAEVE, président du CAPSU.

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