Montpellier 3M : la politique fait son retour au conseil de métropole

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NOUVEAU GROUPE. Philippe Saurel avait annoncé il y a quelques semaines vouloir renouveler l’exécutif à la tête de la métropole. Les vice-présidents étaient invités à rejoindre le nouveau groupe République En Marche et apparentés, faute de devoir quitter leur délégation. Sept ont refusé et ont été remplacés. Ou comment réintroduire la politique au sein d’une assemblée qui fonctionnait jusqu’alors en dehors des clivages.

Le conseil extraordinaire de ce mercredi après-midi pour désigner les nouveaux vice-présidents a mis à jour les tensions. Avant de nommer les nouveaux vice-présidents, l’assemblée a revu un point de son règlement intérieur avec le passage de 2 à 3 conseillers pour la constitution d’un groupe. Jacques Domergue annonce au passage la dissolution du groupe Les Républicains, constitué également par Gérard Lannelongue, Perla Danan et Alex Larue. Le maire de Beaulieu, Arnaud Moynier présente la création d’un groupe transpartisan, nommé Action et cohésion du territoire métropolitain, que rejoindra d’ailleurs Jacques Domergue. Les trois membres de Libres et Humanistes ont eux fêté la première année d’existence de leur groupe en offrant un gâteau à Philippe Saurel. Sans doute le seul moment sucré de ce conseil pimenté.

L’incompréhension des anciens vice-présidents

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Sept vice-présidents ont refusé de rejoindre le nouveau groupe majoritaire. Jean-François Audrin, maire de Saint-Georges-d’Orques, a choisi de démissionner. René Revol (FI), maire de Grabels, Pierre Bonnal (PS), maire du Crès, Isabelle Touzard (DVG), maire de Murviel-les-Montpellier, Michelle Cassar (DVG), maire de Pignan, Cyril Meunier (sans étiquette), maire de Lattes, et Catherine Dardé (LR), adjointe à Castelnau-le-Lez, attendait la sentence de l’assemblée.

René Revol et Cyril Meunier ont bien tenté de ralentir le processus en demandant la présence d’un isoloir pour le vote. Premier signe du retour des petites combines politiques disparues depuis bien longtemps au sein de l’assemblée. « Trop c’est trop. Maintenant, j’ai besoin d’appuyer l’exécutif par la confiance », affirme Philippe Saurel, furieux que le maire de Grabels poursuive par un appel son procès contre la métropole au sujet de la gare TGV de la Mogère. René Revol rappellera qu’il n’attaque pas la métropole, mais le partenariat public privé.

Michelle Cassar, particulièrement en colère suite à la décision de Philippe Saurel, l’accuse d’opportunisme : « Si Macron n’avait pas gagné vous ne l’auriez sans doute pas fait ». Pour la maire de Pignan, la proposition faite aux vice-présidents, c’est « Prends tes indemnités et tais toi ». Elle regrette que le président de la métropole « brise le consensus qui régnait au sein de l’assemblée et au passage le pacte des maires ». Particulièrement offensive, portant haut ses engagements pris auprès des Pignanais, Michelle Cassar juge que « la démarche est celle d’un président qui se sent affaibli et en danger ».

Même ton chez Catherine Dardé, émue aux larmes, qui s’est présentée comme une représentante de la société civile ayant subi les coups bas : « Vous tournez le dos à tous les principes que vous avez porté, vous blessez la politique locale et trahissez la population ».

Attristée, Isabelle Touzard adresse à Philippe Saurel : « Je ne suis pas un pion, je ne suis pas le bon pion. Murviel ne compte pas dans la métropole. Je ne participerai pas à ce miroir aux alouettes, à cette démocratie de façade. Aujourd’hui, le miroir est cassé ».

Cyril Meunier a regretté que l’entente intercommunale explose par la décision de Philippe Saurel : « C’est dangereux et inédit », rappelant au passage qu’il avait depuis 16 ans remis Lattes dans ce processus. Comme beaucoup, il relève que, « rien n’oblige à remettre en cause aujourd’hui le fonctionnement de cette assemblée qui est jugé exemplaire ».

René Revol appuie les reproches faits au président de la métropole : « Dans la façon dont vous vous comportez aujourd’hui, il y a une sorte de positionnement de politique politicienne ». Le maire de Grabels a également attaqué Philippe Saurel sur ses différentes accointances en fonction des personnalités politiques : « Valls un jour, puis Juppé ou Mélenchon et enfin Macron ». Et de conclure : « Je préfère garder mes valeurs que me soumettre ».

Pierre Bonnal, maire du Crès, résume l’incompréhension des vice-présidents écartés par la force des choses : « Comment cette assemblée est-elle devenue un tribunal ? Quelle erreur j’ai pu commettre ? Je n’avais pas compris que pour vous suivre il fallait faire allégeances à quelqu’un ».

Saurel défend sa décision

« Le groupe formé est très permissif. C’est La République En Marche et Apparentés. Dans les apparentés, il y a des hommes et des femmes de gauche et de droite, ils sont même majoritaires. Il n’est pas nécessaire de faire partie d’En Marche. Moi le premier je n’y suis pas » explique Philippe Saurel.

Joël Raymond, remplaçant de la députée Coralie Dubost, référente départementale du mouvement En Marche, a tenu à préciser : « Le leadership du mouvement En Marche n’appartient pas à Philippe Saurel ». Ce dernier a réitéré : « Je ne cherche pas le leadership d’En Marche, je n’en fais pas partie ». Le maire de Montaud avait déjà annoncé qu’il ne rejoindrait pas le groupe majoritaire à la métropole.

Le président de Montpellier Méditerranée Métropole -3M- explique sa démarche : « Il est important de donner un deuxième souffle à la Métropole. Il va y avoir une réforme des collectivités avec le transfert des compétences département – métropole ». La probabilité d’une désignation du président de la métropole au suffrage universel est une échéance qui peut également justifier ce choix. Néanmoins si l’on peut comprendre qu’à la Ville et au Département Philippe Saurel ait souhaité mettre une couleur En Marche à ses groupes, l’appliquer à la Métropole est plus étonnant.

Face aux déclarations des anciens vice-présidents, Philippe Saurel s’est montré presque étonné : « À vous écouter, j’ai l’impression que vous n’allez plus siéger ici, que je supprime votre présence à la métropole. Ce n’est pas du tout le sujet ».

La confiance brisée

La teneur de ce conseil extraordinaire montre que la confiance s’est brisée entre l’exécutif et un certain nombre de conseillers. Pour ceux qui pensent que cela nuira aux communes et à leur bonne entente dans la métropole, Philippe Saurel se veut rassurant : « Modifier l’exécutif ce n’est pas remettre en cause le rôle des maires au sein de l’assemblée. Cela ne remet pas en cause le pacte de confiance des maires. Un maire garde une voix quelque soit la taille de sa commune ».

Jean-François Audrin, le maire de Saint-Georges-d’Orques, vice-président démissionnaire, résume le sentiment de beaucoup : « Durant de nombreuses années, nous avons travaillé en bonne intelligence. Nous avons fait des choses fantastiques. Quelques soient les raisons qui vous ont pousser à faire ce choix, quel gâchis ». L’avenir le dira.

Détail des votes :

  • 1ère vice-présidente : Catherine Dardé (91 présents, 30 pour le maintien, 57 contre, 3 blancs, 1 nul) remplacée par Jackie Galabrun-Boulbes, maire de Saint-Drézery (76 présents, 3 nuls, 15 blancs, 53 pour Jackie Galabrun-Boulbes, 5 pour Anne Brissaud).
  • 4e vice-président : Cyril Meunier (91 présents, 33 pour le maintien, 55 contre, blancs, nul) remplacée par Gilbert Pastor (En Marche), maire de Castries (76 présents, 10 blancs, 1 nul, 58 pour Gilbert Pastor, 5 pour Éric Petit).
  • 11e vice-présidente : Isabelle Touzard (91 présents, 35 pour le maintien, 53 contre, 3 blancs) remplacée par Annie Yague, conseillère municipale de Montpellier (76 présents, 6 nuls, 16 blancs, 51 pour Gilbert Pastor, 3 pour Sabria Bouallaga).
  • 12e vice-président : Pierre Bonnal (91 présents, 33 pour le maintien, 55 contre, 3 blancs) remplacée par Jean-Marc Lussert, maire de Prades-le-Lez (76 présents, 4 nuls, 13 blancs, 59 pour Gilbert Pastor).
  • 13e vice-président : René Revol (91 présents, 31 pour le maintien, 57 contre, 1 blanc, 1 nul) remplacée par Mylène Fourcade, adjointe au maire de Fabrègues (76 présents, 4 nuls, 12 blancs, 56 pour Mylène Fourcade, 4 pour Anne Brissaud).
  • 17e vice-président : Michelle Cassar (91 présents, 32 pour le maintien, 55 contre, 4 blancs) remplacée par Thierry Breysse (PS), maire de Cournonterral (76 présents, 3 nuls, blancs, 56 pour Thierry Breysse, 3 pour Sabria Bouallaga).
  • 18e vice-président : Jean-François Audrin, démissionnaire, remplacée par Valérie Barthas-Orsal, conseillère municipale de Montpellier (76 présents, 4 nuls, 14 blancs, 53 pour Valérie Barthas-Orsal, 5 pour Éric Petit).
  • 19e vice-président : Pierre Dudieuzère, maire de Vendargues (76 présents, 2 nuls, 13 blanc, 61 pour).
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Journaliste depuis plus de 10 ans et amoureux de Montpellier. Observateur discret de la vie locale. Ses centres d’intérêt ? « Aussi variés que les facettes de la ville ».

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