Chômage en Occitanie : le Languedoc dans le rouge

RAPPORT. Pas une région de France métropole n’a été épargnée par la hausse du taux de chômage depuis la crise de 2008, selon un rapport de l’Observatoire des territoires. État des lieux dans la région Occitanie.

Entre 2007 et 2016, une toute petite partie des « zones d’emploi » – cet espace géographique dans lequel les actifs résident et travaillent, comme le définit l’Insee– a vu ce taux stagner. En 2015, selon l’Observatoire des territoires, l’écart entre la région avec le plus fort taux d’emploi et celle avec le plus faible s’élève à 12,9 points de pourcentage.

Les régions – et les zones d’emploi – où le chômage est élevé « sont les mêmes depuis plusieurs décennies », explique l’Observatoire des territoires. Il s’agit du Nord-Est et du littoral languedocien, où l’on trouve notamment la zone d’emploi de Céret, dans les Pyrénées-Orientales – à la frontière espagnole –, dont la hausse du chômage a atteint + 5 points en dix ans (de 10,9 % à 15,9 %) : c’est le record national.

Malgré une forme de stabilité dans les zones les plus fortement touchées par un taux de chômage élevé, certaines régions qui étaient déjà en en difficulté ont plus mal résisté que les autres à la crise de 2008. Ainsi, sur les 32 zones -qui en compte 304- avec le plus fort taux de chômage en 2007, 26 occupaient « toujours la tête du classement en 2014 », selon l’Observatoire des territoires.

Disparités

Les dynamiques actuelles des territoires prolongent les tendances passées : les disparités spatiales sont donc très stables. En 2014, les taux de chômage en France métropolitaine varient de 4,8 % -zone d’emploi de Houdan, dans les Yvelines- à 17,9 % : la zone d’emploi d’Agde-Pézenas, dans l’Hérault.

Les zones où le chômage est élevé -Dom, Nord-Est et littoral languedocien principalement- sont les mêmes depuis plusieurs décennies. Cette hiérarchie tend même à se figer de plus en plus : parmi les 32 zones d’emploi -10 %- qui avaient les plus forts taux de chômage de France métropolitaine en 2007, 26 occupent toujours la tête du classement en 2014. Ce sont donc les zones qui étaient déjà les plus en difficulté qui ont été les plus affectées par la crise de 2008- 2009.

Dans les zones d’emploi de Montpellier, Narbonne, Perpignan, Avignon et jusqu’à Montélimar, la croissance de l’emploi – en particulier présentiel – est parmi les plus dynamiques depuis 1975, sous l’effet d’une croissance démographique soutenue. Toutefois, celle-ci ne parvient pas à faire baisser le taux de chômage, en raison d’un afflux quasi permanent de nouveaux actifs.

La métropolisation

Cette évolution semble, à première vue, conforter la thèse de la métropolisation. Toutefois, les villes qui ont globalement connu la croissance la plus dynamique présentent des situations très hétérogènes : la croissance économique a été entraînée par quelques agglomérations de l’Ouest et du Sud : Rennes, Nantes, Bordeaux, Toulouse et Montpellier.

Conséquence de l’éloignement géographique entre les emplois et les lieux d’habitation des actifs qui les occupent, les trajets domicile-travail se sont allongés au cours des dernières décennies, en distance parcourue plus qu’en temps de trajet : +6 kilomètres en moyenne entre 1982 et 2008, mais seulement +2 minutes 9. Le temps de trajet a augmenté pour toutes les catégories d’actifs, mais pas dans la même mesure : si les cadres et les professions intellectuelles supérieures sont, de loin, ceux qui effectuent les plus longs trajets pour rejoindre leur lieu de travail -temps médian de 22 minutes en 2012-, ce sont les ouvriers qui voient leur temps de trajet le plus augmenter : +2 minutes depuis 2006, contre +1 minute pour l’ensemble des actifs, soit un temps de trajet médian de 15 minutes en 2012. Dans un contexte où le chômage touche massivement les ouvriers, l’éloignement croissant à des emplois de plus en plus concentrés dans les pôles urbains constitue un enjeu majeur.

Actifs en hausse

Selon ce rapport de l’Observatoire des territoires, entre 1975 et 2012, le nombre d’actifs de 15 à 64 ans est passé de 22,1 à 28,3 millions en France. Cette augmentation de 6,2 millions d’actifs se décompose en 1,3 million d’actifs à temps plein, 2,9 millions d’actifs à temps partiel et 2 millions de chômeurs : le chômage et le temps partiel ont ainsi beaucoup plus progressé que l’emploi à temps complet.

Les disparités territoriales ne peuvent alors être uniquement lues selon la distinction actif en emploi/ chômeur : il existe un ensemble de formes d’emploi intermédiaires qui se développent, brouillent la frontière entre l’emploi et le chômage, et donnent à voir d’autres contrastes spatiaux. La part de salariés à temps partiel est, par exemple, particulièrement élevée dans le Sud-Est et sur les littoraux touristiques, comme da,s le Languedoc et le Roussillon, en Occitanie.

Trop de CDD

Ce phénomène est dû à la forte présence d’activités touristiques et de services à la personne, mais aussi, dans le cas du littoral languedocien, à un contexte régional de chômage élevé. L’observation de la qualité des emplois créés permet ainsi de nuancer un dynamisme économique apparemment favorable. D’ailleurs, c’est également dans ces espaces que les embauches sur des contrats dits durables -CDD de plus de 6 mois- sont en proportion les moins nombreuses.

L’observation purement quantitative de l’emploi -stock d’emplois, nombre de créations- doit donc être mise en perspective avec la qualité de l’emploi, afin donner des éléments d’analyse permettant de bâtir une croissance économique pérenne et de qualité dans les territoires.

La carte de France du chômage.

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