TRIBUNAL. “Mon codétenu m’étranglait, alors je l’ai mordu”

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Juges.

CHRONIQUE JUDICIAIRE. Affaire peu banale qui a occupé vendredi après-midi les magistrats du tribunal correctionnel de Montpellier : des violences au sein de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, l’été dernier. Le prévenu a été interné à l’issue de son procès.

Le box est vide. Avant l’arrivée d’un prévenu dans le box -un détenu de la prison d’ici- que les gendarmes de l’escorte sont allés chercher dans la souricière, il y a du bruit et de l’agitation dans la salle bondée. Le jeune président, Sébastien Colombet ramène le calme, fermement : “Ici, ce n’est ni un cirque, ni un théâtre. Silence, sinon tout le monde dehors”…On se croyait revenu au temps de l’ex-présidente Claudine Laporte, partie à la retraite.

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Voilà Kais, 42 ans, sous curatelle renforcée jugé pour deux dossiers : des violences volontaires sur un surveillant de la pénitentiaire, le 27 août dernier et sur un codétenu quelques jours plus tôt, le 14 août. Ce jour-là, des gardiens entendent des hurlements et des bruits de lutte dans une geôle du quartier disciplinaire. Ils découvrent le prévenu sur le dos du codétenu. “Les gardiens vous ont vu en train de mordre l’oreille gauche du codétenu, qui saignait déjà du bras et de la cuisse gauche, bien entaillés aussi par vos morsures. On lui a quand même posé 10 points de suture au CHU. Il ne s’est pas mordu tout seul, hein” relève le président. Kais : “Il m’étranglait, alors je l’ai mordu”. Le président : “Vous n’avez pas apprécié qu’il vous fasse le reproche de vous moucher directement sur le sol de la cellule”.

Tentative de suicide

L’avocat du prévenu intervient pour lui demander qu’il raconte la suite : “Les surveillants m’ont menotté et m’ont enfermé au mitard. Je me suis pendu. C’est un gardien qui m’a sauvé”…Une tentative de suicide qui n’était pas la première dans la vie chaotique de Kais, placé dans des foyers pour mineurs de 12 ans à 18 ans, avant d’aimer une femme avec qui il aura 4 enfants, “à qui j’écris régulièrement”. À 18 ans, Kais, originaire de Grenoble où vit sa famille, a réussi son CAP de maçon. Il a toujours travaillé dans la maçonnerie, jusqu’à ce qu’il se mette à boire, à se droguer et à ingurgiter des médicaments.

Le président du tribunal lit un rapport d’un expert médical : “Le mélange alcool-stupéfiants-médicaments a entraîné des troubles de la personnalité et mentaux. C’est un schizophrène dangereux pour lui et pour autrui”. Kais a rompu avec les siens et s’est retrouvé SDF à Montpellier. Il a dérapé à plusieurs reprises, comme l’atteste son casier judiciaire qui porte 19 condamnations, des conduites sans permis en état d’ivresse, des refus d’obtempérer, des violences volontaires sur des policiers et des gendarmes, des rébellions. “Vous avez réellement un problème avec l’autorité” note le juge Colombet.

“Le surveillant s’est emballé tout seul”

Justement, le 24 août dernier, le détenu Kais n’a pas supporté qu’un des surveillants de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone l’attrape par un bras pour le forcer à suivre les codétenus alignés pour se rendre dans la cour de promenade, alors qu’il était en retard. “Vous lui avez asséné un violent coup de poing au visage qui l’a mis ko” assure le président. Kais conteste : “C’est pas vrai, c’est des mensonges. Je ne l’ai pas touché, je ne lui ai même pas parlé, je ne lui parlais plus à lui. Il s’est emballé tout seul”. Deux autres gardiens présents ont témoigné du contraire et le surveillant est toujours en arrêt-maladie depuis les faits. Sept mois après, il a toujours des douleurs à la tête.

Le président du tribunal informe le prévenu que l’expert psychiatrique a conclu qu’il n’était pas pénalement responsable de ses actes après ces deux faits de l’été dernier. “Vous suivez des soins actuellement en prison ?” veut t-il savoir.  Kais : “Non, je n’ai aucun traitement”…

Libérable le 8 juin

Le procureur, Stéphane Beres ne s’oppose pas à ce que le tribunal prononce l’irresponsabilité pénale du prévenu, “sur la foi du rapport d’expertise, qui, cependant n’est pas très clair : le psychiatre ne dit pas s’il souffre d’une altération ou d’une abolition mentale”. Le procureur requiert toutefois une hospitalisation d’office.

Kais est libérable de la prison de Villeneuve le 8 juin prochain. Le juge Colombet demande à celle qui gère la curatelle renforcée, présente à l’audience, si cet élargissement après de nombreux mois passés en détention est préparée : “On y travaille depuis plusieurs semaines pour lui offrir une réinsertion. Nous avons trouvé un foyer d’accueil à Grenoble pour qu’il se rapproche de sa famille et de ses enfants, nous lui cherchons un travail dans la maçonnerie. Avec moi, il n’a jamais été violent”.

Après avoir délibéré, le président et ses assesseurs ont rendu une ordonnance d’hospitalisation d’office. Kais a été interné dans la foulée à l’hôpital spécialisé de la Colombière, à Montpellier.

 

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Sa passion, c’est son métier depuis déjà 36 ans. Spécialisé dans le traitement des faits-divers et dans les chroniques judiciaires, ce « roi du scoop » natif du Luberon ne compte jamais ses heures. Ses atouts : une plume aiguisée et un réseau d’informateurs à faire pâlir.

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