Prison : l’incroyable passé de l’évadé du CHU de Montpellier

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La maison d'arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone (Hérault) - AM/Métropolitain.

JUSTICE. Un détenu de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone, Georges Antero da Silva Queiros, 55 ans qui était parvenu à s’évader des urgences du CHU Lapeyronie à Montpellier avec la complicité de sa femme, le 11 janvier dernier en soirée avait été rapidement repris par les policiers de la Sécurité publique dans une cité mitoyenne du quartier des hôpitaux-facultés.

Sa femme et un complice qui avaient participé à cette rocambolesque évasion avaient pris la fuite. Ils avaient été localisés et arrêtés deux jours après. Après avoir gazé un des trois agents de la maison d’arrêt -un gradé, un surveillant et une surveillante- qui avaient transporté son mari au CHU pour des examens après une soi-disant chute de son lit, dans sa cellule, l’épouse avait sorti un pistolet pour que son mari soit libéré de ses menottes, avant de lui lancer l’arme à feu, qui s’avèrera chargée.

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Alors que le couple était poursuivi par les gardiens de prison et des agents de sécurité du CHU dans l’enceinte de Lapeyronie, le détenu avait braqué un des surveillants pour pouvoir s’échapper et traverser la route de Ganges, avant de se réfugier dans une cité étudiante, où il a été repris, sans incident. Le détenu qui est sous le coup d’une procédure d’extradition n’a pas hésité à tirer un coup de feu en direction de ceux qui étaient à ses trousses, sans les atteindre, fort heureusement.

Au lendemain de cette spectaculaire évasion, le syndicat FO-Pénitentiaire de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone avait dénoncé l’état permanent de surpopulation carcérale, avec des détenus prêts à tout pour s’évader, mettant ainsi en danger un personnel en net sous-effectif. Mais, qui est ce détenu, qui a réintégré sa cellule et qui fera du rab pour avoir joué « la fille de l’air » ?

Un escroc présumé ayant sévi au Portugal et arrêté en France.

Jorge Antero da Silva Queiros avait été arrêté en France sur la foi d’un mandat d’arrêt européen lancé par le Portugal, où il a défrayé la chronique judiciaire. Ce quinquagénaire à l’allure de play boy, beau parleur, à qui ont donnerait aveuglément le bon Dieu sans confession a fondé en 2010 la société BETEXP-Corp, basée dans la zone industrielle de Porto. Son activité, en apparence, était de proposer des paris sportifs à des investisseurs fortunés, puisque le minimum à verser était de 10’000 €. Des bookmakers séduits, véritablement « endormis » par le charisme et par l’offre alléchante du chef d’entreprise entreprenant.

Ce système de paris sportifs dit de « pyramide » a étendu sa toile à l’Espagne, en Suisse, en Italie et en France, notamment dans la région de Montpellier. Tout semblait être parfaitement huilé et rentable…

Paradis fiscal

Bizarrement, Jorge Antero da Silva Queiros a mis la clé sous la porte en 2012, après avoir amassé une fortune pour créer une autre société, Goodsense Emporio Capital, mais éloignée du Portugal, puisqu’il a installé le siège en Nouvelle-Zélande. Dans un paradis fiscal. Cette société avait essentiellement une activité sur Internet, mais, quand la nasse s’est refermée sur ce gérant de société, les policiers portugais ont découvert qu’il avait poursuivi sous le couvert de cette société enregistrée en Nouvelle-Zélande les activités de paris sportifs, avec des enjeux très élevés.

La société de cet homme d’affaires portugais a participé à des rallyes automobiles Goodsense, une course très suivie au Portugal. Mais, à l’été 2012, la réputation de l’homme d’affaires se fragilise : ceux qui lui ont fait confiance en investissant dans Goodsense Emporio Capital ne reçoivent plus leurs versements promis en retour. Ils découvrent, mais, trop tard, que derrière la façade du beau parleur se cache en réalité un escroc. Le masque tombe, quand Jorge Antero da Silva Queiros disparaît. Il se cache dans un coin isolé du pays, loin de ceux qui vont laisser des plumes.

300 M€ de fonds détournés

Une des victimes parvient à retrouver sa trace, via un pseudonyme sur un compte Facebook. Il promet alors de refaire surface et de le rembourser, ainsi que les autres victimes. Elles attendent toujours. Le détournement des fonds est estimé à 300 M€.

Les victimes tombent des nues, à la fin de l’année 2014, alors que Jorge Antero da Silva Queiros est en cavale, probablement loin du Portugal : lors de l’instruction de plaintes par la justice portugaise, ils découvrent que le fondateur de Goodsense a un passé d’escroc de haut vol. Il a en effet été condamné par la cour d’appel de Torres en 2009 à 12 années de prison pour des dizaines d’escroqueries, de faux et usage de faux au préjudice de grands concessionnaires automobiles portugais. Une condamnation par défaut, car l’escroc présumé, laissé en liberté après sa première interpellation ne s’est pas déplacé au procès.

Blessure volontaire

Un mandat d’arrêt européen a été lancé en 2009. Six ans après, c’est lors d’un banal contrôle de police à la frontière franco-espagnole du Perthus, dans les Pyrénées-Orientales qu’il était arrêté. Depuis juin 2015, il est en attente de son transfert au Portugal.

Visiblement, Jorge Antero da Silva Queiros a peur d’affronter les juges de son pays, qui vont l’envoyer à l’ombre pendant de nombreuses années. Avec la complicité de sa femme, autorisée à venir lui rendre visite au parloir de la maison d’arrêt de Villeneuve-lès-Maguelone et d’un ami commun, il est soupçonné d’avoir organisé son évasion, en janvier dernier via un simulacre : une fausse chute pour se blesser volontairement dans sa cellule, où il était en compagnie d’un codétenu, pour se faire transporter aux urgences du CHU de Montpellier. Une évasion de courte durée.

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Sa passion, c’est son métier depuis déjà 36 ans. Spécialisé dans le traitement des faits-divers et dans les chroniques judiciaires, ce « roi du scoop » natif du Luberon ne compte jamais ses heures. Ses atouts : une plume aiguisée et un réseau d’informateurs à faire pâlir.

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