L’élégant retrait de Numa Hambursin, directeur artistique du Carré Sainte-Anne

ART. Discret et passionné, Numa Hambursin, directeur artistique du Carré Sainte-Anne depuis 7 ans, a annoncé hier avec beaucoup d’émotion son départ à la fin de l’année. Une décision difficile, cohérente et intègre menée avec élégance sans vouloir faire de polémique. Contrairement à certains choix politiques.

« La liberté… Elle est au cœur de mon métier de directeur artistique, elle est sa compagne la plus précieuse, celle qu’il doit chérir plus que sa carrière. Liberté de programmer les expositions que l’ont croit justes pour son lieu et pour le public, liberté aussi d’écrire ce que l’on pense. Quand cette liberté est entravée se pose la question de confiance, et quand celle-ci n’obtient aucune réponse, c’est qu’il est temps de la retrouver, sa liberté » ces quelques mots prononcés par Numa Hambursin alors qu’il présente à la presse l’exposition de Jonathan Meese ont l’effet d’un coup de tonnerre au cœur de l’église désacralisée. Ou quand un acteur majeur de l’art à Montpellier ne veut pas devenir l’instrument artistique de la communication politique.

Jonathan Meese représente le Graal de Numa Hambursin. C’était un rêve de l’inviter à occuper le Carré Sainte-Anne de sa douce folie. Et c’est au milieu de ce joyeux bordel, à côté de son idole, que le directeur artistique a choisi d’annoncer son départ : « Si mon chagrin est inaltérable, parce que Sainte-Anne a épousé pendant toutes ces années les contours de ma vie et de mes convictions en matière d’art contemporain, j’éprouve une certaine fierté à vous confier ce départ au cœur de cette exposition qui est peut-être, de toutes, celle qui me ressemble le plus ».

Numa Hambursin entouré de Sonia Kerangueven (adjointe à la culture) et Jonathan Meese, quelques minutes après son annonce.

On doit à Numa Hambursin entre autres expositions au Carré Sainte-Anne : Garouste en 2011, Di Rosa en 2012, Shiota et Ocampos en 2013, Combas en 2014, JoneOne (fait citoyen d’honneur de la ville) en 2015, Benzaken et Toguo en 2016… Une palette variée qui témoigne de la volonté de faire découvrir l’art contemporain au plus grand nombre.

Très apprécié du milieu culturel montpelliérain, Numa Hambursin n’a pas souhaité en dire plus. Par élégance mais aussi parce que l’annonce acte ce que beaucoup pressentaient. L’arrivée de Nicolas Bourriaud, choisi par Philippe Saurel pour être le grand ordonnateur de l’art contemporain à Montpellier avec le MoCo, laissait malheureusement peu de place à Numa Hambursin. Et résonnent alors les mots de Jonathan Meese prononcés quelques minutes plus tard « L’art est plus fort que n’importe quelle politique. L’art est plus fort que n’importe quelle idéologie. L’art est plus fort que n’importe quelle religion. L’art survit à tout car il est le futur et que le futur est à venir. L’art c’est le jeu, le futur et la liberté » .

Après Jonathan Meese, Numa Hambursin a programmé Jean-Michel Othoniel et Al Sticking, personnalité bien connu des Montpelliérains enfin dignement mit à l’honneur. Compte tenu des engagements pris avec ces artistes, il quittera ses fonctions fin 2017. Sans doute pour renouer avec la liberté artistique qui caractérisait ses programmations.

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