Benoît Hamon explique son projet pour la France

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Illustration ©TB

POLITIQUE. Benoît Hamon est de passage à Montpellier pour un meeting ce soir à 19h30 au Corum. Le candidat à la primaire de la gauche apparaît dans un récent sondage comme le troisième homme de cette élection avec le plus fort taux de progression. Il a accepté de répondre à nos questions pour expliquer certaines des mesures qu’il souhaite mettre en avant à travers sa candidature.

Pourquoi avez-vous décidé d’être candidat à cette primaire ?

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J’ai décidé d’être candidat à l’élection présidentielle avec la volonté de remettre au coeur du débat des questions essentielles. En particulier, j’ai voulu faire de la question sociale, et notamment de la question du travail, un élément central de mon projet. Nous vivons des transitions inédites. Avec la révolution numérique, le travail va se raréfier. Les robots et les algorithmes vont se substituer de plus en plus au travail des hommes. Cela veut dire que nous devons penser le partage du travail et la protection sociale qu’il faut construire dans un monde où le travail n’est plus ni garanti, ni linéaire. Je fais un autre constat : depuis 30 ans, nous sommes prêts à sacrifier la planète, notre droit du travail, la santé et l’avenir de nos enfants pour quelques déciles de croissance qui ne résolvent ni les inégalités, ni la pauvreté dans ce pays. C’est pourquoi je propose de changer notre modèle de développement pour le rendre plus tempérant, plus respectueux de la nature et des hommes, de changer notre rapport au travail pour que chacun retrouve de l’autonomie et de la maîtrise sur sa vie – et le revenu universel sera un outil pour le faire. J’ai pensé à mes filles, et je me suis demandé dans quel pays j’avais envie qu’elles vivent et qu’elles élèvent elles-mêmes leurs enfants : un pays sans pesticides, sans air vicié, sans souffrance permanente au travail. J’ai envie de porter ces sujets pour que les jeunes générations s’en saisissent et que des choix ambitieux puissent être faits.  

Vous avez quitté le gouvernement de François Hollande en 2014. Quel bilan faites vous de ce quinquennat ?

Je ne suis pas de ceux qui rejettent en bloc le bilan du quinquennat de François Hollande. Dire que nous aurions échoué sur tous les plans n’aurait aucun sens et je ne tomberai pas dans cette caricature. Des progrès ont été réalisés : sur les questions éducatives, sur les questions de santé, sur les questions écologiques avec la COP 21 et la loi sur la transition énergétique. Néanmoins, la gauche était plus que jamais attendue sur la question sociale : pauvreté, souffrance au travail, aide aux plus modestes. Sur ce point, nous avons échoué. Pire, ce gouvernement s’est illustré par son impuissance volontaire et a entretenu la confusion entre la gauche et la droite, en utilisant des méthodes libérales qui, de plus, ont prouvé depuis des décennies qu’elles ne marchent pas.

Que représente pour vous ce meeting à Montpellier ?

Depuis mon entrée en campagne à l’été, j’ai sillonné la France pour exposer mon projet et recueillir les expériences, les anecdotes, les idées aussi de mes concitoyens. J’étais avant Montpellier à Nancy, Paris ou Mugron, je serai ensuite à Marseille, Bordeaux ou Clermont-Ferrand. Ce meeting, c’est une nouvelle occasion de présenter mes propositions : le revenu universel d’existence, la reconnaissance du vote blanc et d’un 49.3 citoyen qui redonne une voix aux Français entre deux élections, ou encore le fait que la question écologique est prioritaire, parce que ce sont les plus modestes qui souffrent les premiers des pesticides ou de l’air pollué.

Quelle image avez-vous de la ville ?

Montpellier, c’est pour moi une ville pleine de vie et de créativité. Le meeting aura lieu au Corum, en plein centre ville, au milieu justement de cette énergie. Cette ville m’évoque la jeunesse, avec ses universités, ses cafés, ses lieux culturels et innovants. La jeunesse, c’est une population à laquelle je m’adresse quand je parle de la protection sociale du XXIème siècle, qui permettra aux jeunes actifs de faire face demain à des carrières qui seront moins linéaires, ou quand je parle des choix que nous devons faire aujourd’hui pour sauver notre planète et notre cadre de vie, et celui de nos enfants. Nous avons besoin de l’implication de la jeunesse, et de l’intelligence collective de toutes les générations pour inventer notre réponse au monde qui vient. Montpellier est un lieu particulièrement agréable pour réfléchir à cela.

Votre proposition de mettre en place le revenu universel fait beaucoup parler. Pouvez-vous la détailler ?

Le revenu universel, c’est la protection sociale du XXIème siècle. La question n’est pas de savoir si elle est envisageable : elle aura lieu. Reste à savoir comment nous le concevons et avec quel projet de société derrière. Cette proposition part d’une analyse simple : avec le progrès technologique (robots, intelligence artificielle), le travail est en train de se raréfier. Ce progrès est une chance, parce qu’il nous permet de produire autant avec moins de travail et de libérer du temps pour d’autres aspirations : se cultiver, s’occuper d’un nouveau né, lancer un projet associatif, prendre soin d’un parent dépendant. Cela est une bonne nouvelle, à condition que le partage du travail ne se fasse pas de façon sauvage mais organisée, et que nous nous dotions d’une protection sociale qui accompagne cette transition.

Comment comptez-vous le mettre en place ?

Le revenu universel d’existence est une solution. Il ne se fera pas en un jour mais en plusieurs étapes. La première consistera dès 2018 à revaloriser le RSA à 600 € et à le distribuer automatiquement à toutes les personnes éligibles, puisqu’un tiers des ayant-droits du RSA ne le demandent pas. Un revenu d’existence de 600 € sera versé à tous les jeunes Français de 18 à 25 ans, sans condition. Nous sommes le seul pays qui pense que les jeunes devraient en baver sous prétexte d’éviter « l’assistanat » . Je propose au contraire cet acte de confiance envers la jeunesse, pour l’aider à vivre sereinement son insertion sociale et professionnelle, en lui donnant un filet de sécurité pendant qu’elle se forme ou cherche un emploi. Cette première étape servira d’expérimentation en grandeur nature et nous permettra d’envisager d’ici la fin du quinquennat une généralisation du revenu universel, d’abord sous conditions de ressources (revenus inférieurs à 2000 euros nets par mois), puis à tous les Français.

Pourquoi prenez-vous parti en faveur de la légalisation du cannabis ? Est-ce une décision économique ou sociétale ?

Sur cette question nous devons là encore prendre acte d’un échec : celui de la politique de prohibition. Alors qu’elle devait nous protéger, le nombre de consommateurs ne cesse d’augmenter et les quartiers se livrent à une guerre violente. Rien qu’à Marseille on compte plus de 25 morts depuis janvier. Cette politique de répression a un coût très élevé pour la société, plus de 560 millions d’euros. Cet argent ne serait-il pas mieux dépensé dans la prévention ? C’est donc une question de santé publique. La pénalisation du cannabis a créé un tabou sur ce produit et sa consommation. A cause de ce déni, nos jeunes s’intoxiquent dans l’indifférence générale avec des substances dangereuses pendant que nous regardons ailleurs.
La légalisation nous permettrait de réallouer le budget dédié à la répression à des actions de prévention dans les collèges, 
les lycées ou les universités. Elle permettrait surtout de contrôler la qualité et la toxicité du produit, et notamment sa concentration en THC. Légaliser, c’est aussi un moyen de rétablir la paix civile dans des quartiers ravagés par les règlements de compte entre trafiquants. C’est d’ailleurs le sens de l’appel lancé par 150 personnalités marseillaises, élus, médecins, artistes, magistrats, qui appellent à la légalisation pour rendre la tranquillité aux habitants, et notamment aux plus modestes qui vivent dans la peur.

Quand et comment voulez-vous la mettre en place ?

Je pense qu’une large consultation est nécessaire en amont pour définir les règles qui encadreront la production de cannabis, sa distribution et sa consommation. Des exigences fortes seront fixées sur la qualité des produits. Je proposerai que la consommation soit interdite aux mineurs, comme  c’est le cas pour l’alcool et le tabac, mais aussi qu’elle le soit dans les lieux publics.
A l’issue de cette consultation, la légalisation sera votée, et les autorisations pourront être attribuées à des commerçants dans des conditions strictes et sous réserve de contrôles
 réguliers des corps compétents (répression des fraudes, contrôles sanitaires). En prenant le temps du débat et de la préparation, un dispositif opérationnel peut être envisagé à horizon 2019.

Quelles mesures souhaitez vous prendre en faveur des TPE et PME notamment en terme de fiscalité ?

Vis-à-vis des PME et des TPE, nous avons le devoir de rétablir la justice et la confiance.
La justice d’abord. 
Aujourd’hui, qui peut comprendre que le taux réel moyen d’imposition des grands groupes soit de 8%, grâce aux conseils en optimisation fiscale achetés à prix d’or auprès de fiscalistes, alors que les PME et TPE qui créent plus d’emplois avec moins de moyens paient un taux proche de 33% ? La justice, ce serait non seulement que la progressivité soit rétablie, mais aussi que le taux tienne compte de la part de ces bénéfices qui sont réinvestis ou distribués sous forme d’augmentation de salaire. Une entreprise qui s’engage pour ses salariés, qui organise la baisse du temps de travail, ou qui réalise des efforts considérables pour réduire son impact écologique doit être encouragée. C’est le sens de ma proposition de réaffecter les 20 milliards d’euros du CICE pour les cibler sur les entreprises qui réduisent le temps de travail et créent des emplois.
La confiance, c’est la condition de la réussite. Un exemple : en matière de lutte contre les discriminations, je propose un corps de contrôle pour sanctionner les abus, et cela a du sens pour les grands groupes qui ont les moyens de 
mener une grande politique RH. Mais si nous voulons entraîner un changement de fond, il faut accompagner les TPE et PME qui veulent faire cette transformation. C’est pourquoi je souhaite que les entreprises qui cherchent à lutter contre les discriminations en leur sein, puissent être accompagnées dans cette démarche par des structures compétentes dont les frais seront en partie remboursés par l’État.
La confiance, elle doit venir des deux côtés. Lorsqu’ils parlent de leurs problèmes, beaucoup de chefs d’entreprise évoquent l’angoisse de la fameuse lettre de l’URSSAF qui arrive toujours au pire moment, lorsque, débordée, l’équipe a raté une échéance de paiement. Ils se retrouvent à devoir se justifier comme s’il y avait là une intention malhonnête. Si nous voulons que les Français osent entreprendre, il faut que s’agissant des retards de paiement de cotisations sociales, le principe soit l’accompagnement vers la régularisation de leur situation, et non pas la menace, voire la sanction immédiate de la part de l’URSSAF. C’est une mesure concrète mais essentielle que je soutiendrai.

Comptez-vous revenir sur la loi El Khomri ? Et si oui que souhaitez-vous changer ?

J’ai dit que l’une des premières mesures que je prendrai, si je suis élu, c’est d’abroger la loi El Khomri. Cette loi était non seulement antidémocratique, parce qu’imposée par le 49.3 dès le début de la discussion au mépris du débat parlementaire et de la grande mobilisation des Français qui a eu lieu dans la rue, et en ligne. C’était aussi, il faut le dire, une loi antisociale, qui autorise la baisse du tarif des heures supplémentaires, qui remet en cause la hiérarchie des normes, obtenue de haute lutte par les travailleurs, et surtout une loi dont l’inspiration profonde est que, pour financer quelques points de croissance, nous sommes prêts à demander encore plus de sacrifices aux salariés, sans jamais remettre en cause ce modèle économique.
Bien sûr, il y avait aussi quelques 
avancées à reprendre, ajoutées là comme pour faire passer la pilule. Je pense au droit à la déconnexion, que je rendrai pour ma part obligatoire. Je pense aussi aux nouvelles garanties accordées aux travailleurs handicapés (accompagnement et maintien dans l’emploi, médecine du travail, droits aux congés pour les familles).
Ces mesures seront reprises dans une nouvelle loi qui fera l’objet d’une large concertation citoyenne, et qui portera véritablement sur le travail, au sens de l’expérience qu’en font les Français au quotidien. Nous aborderons des sujets de fond, ignorés jusque là : la reconnaissance du 
burn out, la reconnaissance du statut de salarié aux personnes exploitées par les sociétés ubérisées, la santé au travail, la question de la responsabilité des entreprises lorsque leurs pratiques managériales font souffrir leurs salariés. Toutes ces questions doivent être traitées sous l’angle social, des personnes, et non plus avec pour seul objectif aveugle d’obtenir peut-être un décile de croissance.

Quel message voulez-vous faire passer aux jeunes français ?

Je veux les inviter à se saisir de cette opportunité de peser sur les choix qui définiront leur avenir, et le monde dans lequel eux, et leurs enfants, grandiront et vivront pour les décennies à venir. « Dans une démocratie, chaque génération est un peuple nouveau«  disait Tocqueville. La primaire, comme l’élection présidentielle, sont des moments rares dans notre démocratie intermittente où nous pouvons encore faire entendre notre voix et défendre nos idées, nos idéaux. Mon idéal, c’est que demain, après des réformes essentielles comme la reconnaissance du vote blanc ou l’instauration de la 6e République, ces moments soient devenus la norme. Mais pour cela, nous avons besoin que la jeunesse se mobilise pour son avenir.

Si vous êtes élu à l’élection présidentielle, quel est selon vous le chantier le plus urgent pour la France ?

L’urgence, c’est la planète. J’ai longtemps pensé que la question écologique passait après la question sociale, mais je me suis trompé. En réalité, si la planète venait à se dégrader tant que l’air serait irrespirable et le sol et les mers contaminés, il n’y aurait plus de riches ou de pauvres : l’humanité aurait provoqué sa propre perte. Je ne m’y résous pas et c’est pourquoi je le dis, je ne serai plus jamais socialiste sans être écologiste. Je porte des propositions qui vivent à protéger les gens, et notamment les plus modestes, des dégâts que notre modèle actuel de développement, qui devra évoluer, causent sur notre environnement. Je pense notamment à la pollution atmosphérique ou aux perturbateurs endocriniens qui ont des conséquences réelles sur notre santé et celle de nos enfants.

Avec les différentes orientations des candidats, est-ce qu’avec la primaire c’est aussi l’avenir idéologique du PS qui se joue ?

Je me présente pour une élection présidentielle. Mon objectif c’est de gagner pour pouvoir porter au sommet de l’État le projet auquel je crois pour mon pays. Cela étant dit, je me réjouis d’avoir réussi à imposer des thèmes dans la campagne. Je pense au revenu universel, sur lequel tout le monde se positionne, la santé environnementale qui apparaît dans tous les projets, ou encore la mise en place d’un service public de la petite enfance. Tous ces sujets doivent être moteurs pour la gauche et j’espère qu’ils le seront et le resteront jusqu’à ce que nous ayons réussi, collectivement, à faire de ces espoirs une réalité pour tous.

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Journaliste depuis plus de 10 ans et amoureux de Montpellier. Observateur discret de la vie locale. Ses centres d’intérêt ? « Aussi variés que les facettes de la ville ».

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