Mowukis, un talent rare à découvrir sur la scène du JAM

Après avoir travaillé à Paris sur différents projets, Louis-Louise Kay s’est installé à Montpellier il y a trois ans. Le temps pour ce musicien multi-instrumentiste et protéiforme de donner naissance à l’artiste Mowukis. Il se produira au JAM, mercredi 30 novembre à 20h en première partie de N3rdistan. Une première scène dans la continuité de son superbe premier album No Answers No sorti il y a quelques semaines.

« J’avais besoin de changer d’air. C’était un écosystème qui ne me convenait plus« . Quitter Paris pour rejoindre Montpellier a permis Louis-Louise Kay de se consacrer à son premier projet solo : « Avec l’idée de vraiment prendre mon temps et d’essayer de trouver quelque chose. Je sortais de beaucoup de collaboration et là j’ai décidé de ne faire que ça« . Louis-Louise Kay met donc de côté ses activités passées dans le domaine du spectacle vivant, du jeu vidéo ou de ses différentes participations à des groupes et autres projets musicaux. « J’ai voulu trouver mon chemin à travers tout ce que j’ai fait avant » explique t’il.

Après la folk ou le rock-électro, Louis-Louise Kay décide d’aller dans une veine plus électro : « J’ai voulu également récupérer des éléments plus orchestraux que je me permettais moins en groupe parce qu’il y avait cette problématique de comment le jouer en live. Quand j’ai démarré Mowukis j’ai décidé de ne pas me poser cette question« . D’où sur No Answers No une multitude de facettes : « Il y a ce côté un peu absurde » dit-il amusé « Des fois il y a de la harpe, des fois de la flute traversière« . Difficile donc de classer cet album et c’est sans doute cela qui le rend si agréable : « J’ai vraiment essayé de trouver une zone très très fine sur laquelle marcher entre tout ce que je faisais avant. Il y a du rock, de l’électro, de la pop car je viens de la mélodie que ce soit instrumentale ou vocale« .

Un album marqué émotionnellement

Ne cherchez pas dans un quelconque dictionnaire une signification au terme Mowukis. Le mot appartient à Louis-Louise Kay : « Comme je voulais trouver quelque chose de nouveau et une nouvelle définition à mon travail, j’aimais l’idée de prendre un mot qui n’appartient qu’à moi. Aujourd’hui je peux le remplir de ce que je veux« . À l’écoute de l’album, on a envie de définir Mowukis par bulle ou cocon. Ce sentiment de protection au coeur de la tempête que représente tout notre environnement.

Après avoir écouté énormément de musique, c’est en décembre 2014 que Louis-Louise Kay a démarré son album et qu’en janvier 2015 il trouve sa ligne directrice : « Ce qui veut dire que c’est un album qui a beaucoup subi l’année 2015 au sens strict comme moi j’ai beaucoup subi 2015 émotionnellement, idéologiquement et physiquement. C’est un album que j’ai fait dans un état un peu bizarre car il y avait cet espèce de paix que je retrouvais en m’isolant dans ma musique et, à côté, cette hystérie, cette violence et cette cacophonie inouïe que l’on a vécu toute l’année dernière et qui semble vouer à continuer encore longtemps. Et finalement l’album s’est retrouvé à parler de l’un et de l’autre« . Si aux États-Unis on évoque un cinéma post-11 septembre, pour No Answers No on pourrait parler d’un disque post-Charlie.

Louis-Louise Kay, on l’aura compris est un artiste à part, sensible, et c’est ce qui fait la force de la musique. « Je me sens violemment incompatible avec le monde tel qu’il se construit en 2015-2016. L’album a pour vocation d’essayer de trouver une cohérence dans une équation impossible et de se donner les outils d’aller au delà« . Loin d’être pessimiste, Louis-Louise Kay espère transmettre ces outils aux autres « afin de s’armer de manière plus saine et plus ancré dans le partage, dans une vision pour aller de l’avant contre ce monde qui a l’air d’être fait en factions destinées à s’opposer les unes aux autres« .

The Knife, Apparat ou Colleen comme influences

Cette dualité se retrouve parfaitement dans No Answers No à laquelle on peut également ajouter une forme de sérénité scandinave. Une comparaison qui n’est pas innocente quant aux influences de Louis-Louise Kay : The Knife « l’une des choses les plus sidérantes des dix dernières années que j’ai entendu pour leur manière de mélanger idéologie, musique, mélodie au niveau de ce conflit d’influences pour en sortir quelque chose d’éminemment cohérent et fort émotionnellement« , l’artiste berlinois Apparat « c’est une musique qui mélange électro et mélodie ouvertement pop, ouvertement romantique avec ce besoin de ne pas contraindre la recherche sonore et l’ambition instrumentale forcément à un public de niche et essayer de l’adresser à tout le monde via le prisme de la voix qui va aller chercher quelque chose de plus simple et frappant » ou encore de manière plus évidente le Suédois Jay Jay Johanson « pour les mélodies« , Andrew Bird « pour le chant » et Jose Gonzales « qui s’est fait connaître avec une reprise de The Knife d’ailleurs« .

Au rayon des influences, il cite également des groupes électros ou instrumentaux comme Caribou, Flying Lotus, Four Tet et Colleen qui ne se sentent pas forcément car comme il l’explique avec humour : « Mon travail est un échec à reproduire mes influences« . Néanmoins, Louis-Louise Kay s’inspire énormément du travail de Colleen : « Elle a toujours été une immense influence dans la manière dont j’appréhende toute la partie acoustique de mon travail. Elle a cette force dans sa musique de prendre des instruments mais de ne pas les rendre identifiables individuellement pour que l’on entende juste de la musique. C’est quelque chose que j’ai toujours gardé en tête pour mon album« .

Archétype d’une génération d’artistes musicaux qui s’est construit tout seul en multipliant les découvertes et les échanges grâce à internet, Mowukis n’est pas à cataloguer dans une sphère particulière : « Je suis dans une scène satellitaire de plein de gens émaillés aux quatre coins du globe. C’est comme ça que s’est construit mon univers musical. Ma musique n’a pas à appartenir à un lieu ou un espace« .

N3rdistan + Mowukis, mercredi 30 novembre à 20h au JAM, rue Ferdinand de Lesseps.
Tarifs : 15 € – 10 €.

Mowukis, No Answers No

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