Saint-Martin-de-Londres-Adissan : la tornade était prévisible

L’observatoire français des tornades et orages violents, Keraunos, analyse dans un long rapport d’enquête la tornade qui a balayé Saint-Martin-de-Londres, au nord de Montpellier, jeudi soir. On retiendra que cette tornade était prévisible, tout comme celle qui a provoqué des dégâts à Adissan. Voici l’intégralité du rapport d’enquête.
Mercredi 23 novembre 2016 à 00h25 locale (soit le 23 novembre à 23h25 TU), une tornade d’intensité modérée (EF2) traverse plusieurs quartiers de Saint-Martin-de-Londres, dans l’Hérault. Le phénomène est associé à un front froid orageux et très venteux à l’origine de nombreux dégâts en Occitanie, notamment à Saint-Sulpice-la-Pointe (Tarn) et à Adissan, à l’est de Pézenas, également dans l’Hérault, où 30 maisons ont été endommagées.

Principales caractéristiques de la tornade

* intensité maximale : EF2, soit des vents estimés entre 175 km/h et 220 km/h
* distance parcourue : 2,0 kilomètres
* largeur moyenne : 60 mètres (jusqu’à 150 mètres localement en raison d’aspirations périphériques)

* commune traversée : SAINT-MARTIN-DE-LONDRES

* département : HÉRAULT (34)

* altitude moyenne du terrain : 200 mètres
* type de terrain : tissu urbain discontinu ; zones industrielles et commerciales ; vignobles

* principaux dégâts : arbres adultes (feuillus et résineux) ébranchés, déracinés ou brisés et débris transportés à plusieurs dizaines de mètres ; habitations endommagées (tuiles et portions de toitures arrachées, cloisons intérieures déplacées ou soufflées, plafond aspiré) ; plusieurs entreprises d’une zone artisanale atteintes ; plusieurs véhicules déplacés, retournés ou transportés par la tornade ; mobilier urbain endommagé ; multiples projections à distance, dont des tôles retrouvées à 400 mètres.

Une enquête de terrain a été effectuée par Vincent Deligny pour Keraunos suite à cet événement. L’analyse des dommages répertoriés durant cette enquête a permis d’établir qu’une tornade a bien frappé ce secteur. La tornade de Saint-Martin-de-Londres du 23 novembre 2016 présente toutes les caractéristiques d’une tornade à circulation rapide, marquée par un contact bref mais intense au niveau du sol.

C’est dans ce contexte chaotique qu’un axe de dégâts convergents a pu être clairement identifié sur un parcours de 2 kilomètres, et sur une largeur moyenne de 60 mètres. Rarement, des aspirations périphériques sont observées dans un rayon de 75 mètres. Au cœur de l’axe parcouru par le tourbillon, un couloir de vents très resserré (quelques dizaines de mètres tout au plus) et très intense est confirmé par la nature des dégâts qui présentent localement un caractère remarquable : plusieurs véhicules ont effectivement été retournés, traînés voire transportés par le tourbillon à faible distance. Ce type de dommages relève d’une intensité maximale EF2. La tornade prend naissance à 00h25 locales le 23 novembre à 23h25, au sud de la zone artisanale de Saint-Martin-de-Londres, le long de la route du Littoral. Les premiers dégâts sont identifiés sur de la végétation et la bande sinistrée n’atteint que quelques mètres de largeur.

Le tourbillon balaie ensuite la zone artisanale qui est fortement endommagée. Plusieurs grillages et panneaux publicitaires sont couchéspar le vent et un axe de convergence est identifié dans leur sens de chute. Les bâtiments, dont l’ossature est en bardage métallique, sont fortement touchés : vitres « explosées », faux-plafonds voire toitures emportées, structure entière déformée voire soulevée par le vent. Plus spectaculaire, plusieurs véhicules ont été déplacés, voire retournés par la tornade. Une camionnette a même été transportée sur une distance de 60 mètres, après avoir effectué un vol plané en passant par dessus une clôture.

Lotissements touchés : entre la zone artisanale et les premières habitations de Saint-Martin-de-Londres, le terrain est jonché de débris de tôles, de laine de verre et d’objets divers. Certaines tôles sont retrouvées à 400 mètres de distance. Les principaux arbres couchés par le vent convergent vers le cœur de l’axe parcouru par la tornade.

Dans l’agglomération de Saint-Martin-de-Londres, plusieurs lotissements, dont celui du Domaine du Moulin, sont touchés. Des lampadaires sont en partie arrachés ou tordus. Les habitations ont souffert mais aucune toiture n’est arrachée en totalité. Dans certaines maisons toutefois, des cloisons intérieures sont déplacées ou soufflées par la tornade. Dans les jardins, les arbres sont déracinés ou brisés et certains débris sont emportés à plusieurs dizaines de mètres. Là encore, un axe de convergence est parfaitement identifié dans leur sens de chute. Dans le périmètre de la route du Pic Saint-Loup, des dégâts périphériques orientés est -> ouest sur une cave coopérative témoignent de la force d’aspiration de la tornade.

À l’est immédiat du vieux village (qui a été frôlé par la tornade) des véhicules sont de nouveau retournés, dont l’un à contreflux. Des arbres sont couchés par le vent et des vitres de véhicules soufflées. Les dernières traces de la tornade sont identifiées au nord de la commune, dans un lotissement boisé.

Photographies des principaux dégâts observés :

La tornade de Saint-Martin-de-Londres s’est formée au sein d’une limite frontale très active et fortement orageuse, organisée sous la forme d’un très vaste système convectif quasi-linéaire (QLCS), long de plusieurs centaines de kilomètres. Ce QLCS s’est constitué en fin d’après-midi du 23 novembre entre Baléares et Catalogne, avant de remonter en soirée et cours de nuit suivante en direction du Roussillon et du Languedoc. L’activité électrique associée s’est avérée remarquable au sein de cette ligne orageuse, tandis que des rafales convectives parfois supérieures à 100 km/h étaient observées localement.

La portion active de ce QLCS a abordé l’ouest de l’Hérault aux environs de 22h30 locales, avant de migrer lentement vers le nord et l’est du département. Saint-Martin-de-Londres est balayé entre 00h20 et 00h30 par cette ligne orageuse, heure de survenue de la tornade. L’analyse des images radar permet d’identifier alors une structure de QLCS très dynamique, avec de nombreuses discontinuités sur son bord d’attaque, probablement associées à une série de mesovortex et de misocyclones. Ces derniers sont connus pour concentrer des phénomènes venteux de toutes natures (microrafales, tornades), et c’est en lien avec l’une de ces structures que la tornade de Saint-Martin-de-Londres s’est formée.

L’analyse croisée des différents moyens de détection et d’observation permet d’établir que la tornade s’est déplacée avec une vitesse de translation horizontale comprise entre 75 et 80 km/h, avec une durée du contact au sol estimée inférieure à 2 minutes. Elle entre donc dans la catégorie des tornades à déplacement rapide et à durée de vie courte.

Analyse des conditions météorologiques : la tornade de Saint-Martin-de-Londres s’est formée dans un contexte synoptique très dynamique, dominé par la remontée d’une anomalie basse de tropopause depuis la Catalogne et le Golfe du Lion. Cette anomalie, identifiable ci-dessous à gauche dans des teintes bleu foncé, a positionné le Languedoc dans une configuration de sortie gauche de courant-jet, qui est devenue particulièrement diffluente en milieu de nuit du 23 au 24 novembre

Le très fort soulèvement dynamique induit par cette situation synoptique a été accompagné, en basses couches, par des advections massives d’air doux et humide. Celles-ci, identifiables sur la carte ci-dessous à gauche sous la forme d’une langue de thêta’w 850 hPa de 14 à 15°C, sont remontées de Méditerranée dans un très rapide flux de secteur sud-est. De fait, ce flux de basses couches s’est organisé sous la forme d’un jet qui a assuré une très forte convergence humide en direction du Languedoc (voir ci-dessous à droite), à l’avant d’une limite frontale à caractère de front froid qui remontait alors de Catalogne.
Dans ce type de configuration dite de couplage de jets, les cisaillements sont généralement sévères, autant en basses couches qu’en profondeur. De fait, le modèle WRF 7 km France, dans son initialisation de 12h TU du 23.11.2016, simulait des valeurs de SRH 0-3 km supérieures à 300 m²/s² sur le nord de l’Hérault notamment, soit des valeurs en mesure de supporter des développements tourbillonnaires, sous réserve d’une instabilité convective suffisante. Or l’instabilité latente s’est avérée forte sur ce secteur pour une fin novembre;
Cette conjonction d’une très forte hélicité et d’une atmosphère fortement instable sont propices au développement de tornades, notamment lorsque les niveaux de condensation sont bas (confirmé par le champ de LCL ci-dessous à gauche). Ce risque est ici bien identifié par le Significant Tornado Parameter, qui présente une valeur proche de 2 sur le nord de l’Hérault.

Tornade prévisible

Ces différentes caractéristiques sont confirmées par le radiosondage effectué à Nîmes le 24 novembre à 01h00 locale, soit quelques dizaines de minutes à peine après la tornade, et dans un environnement très proche de celui de Saint-Martin-de-Londres (voir ci-dessous à gauche). Il ressort notamment de ce profil la présence d’une instabilité marquéed’une inhibition marginale, d’une hélicité sévère et de niveaux d’équilibre particulièrement élevés pour une situation de fin novembre (près de 11 km d’altitude).
Ces éléments expliquent l’activité orageuse particulièrement intense observée dans cet environnement et confirment un potentiel de tornade marqué.

Ceci avait d’ailleurs valu l’émission d’un avis de risque de tornade dans la prévision publiée le matin du 23 novembre à 08h, avec une probabilité d’occurrence estimée supérieure à 15% entre autres sur cette portion de l’Hérault. La tornade était donc prévisible.

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