Risques de coupures d’électricité en cas de grand froid

La sécurité d’alimentation électrique de l’hiver prochain en France s’annonce « plus délicate » à assurer que lors des hivers précédents en raison de l’indisponibilité de plusieurs centrales nucléaires, selon des prévisions présentées mardi par RTE (Réseau de transport d’électricité).

La société RTE, filiale à 100% d’EDF, gestionnaire des lignes à haute tension françaises, a précisé qu’elle prévoyait en cas de vagues de froid importantes et durables des « solutions exceptionnelles » incluant en dernier recours des délestages, c’est-à-dire des arrêts volontaires d’approvisionnement de certains consommateurs.

Les mesures envisagées doivent permettre d’éviter des pannes de courant, notamment aux moments les plus tendus de la journée (le matin entre 8h et 13h et le soir entre 18h et 20h en jours ouvrés), l’importance du chauffage électrique en France rendant sa consommation très sensible aux vagues de froid.

La disponibilité du parc nucléaire historiquement basse

Avant d’éventuels délestages, RTE prévoit dans un premier temps l’interruption de la consommation de 21 sites électro-intensifs volontaires et des baisses de tension, potentiellement décidées dès lors que les températures seraient inférieures de 3°C aux normales saisonnières.

RTE a souligné que la disponibilité du parc nucléaire français était « historiquement basse » et atteignait son niveau le plus faible depuis dix ans, avec l’équivalent de 9 réacteurs à l’arrêt en moyenne pendant l’hiver, dont 13 en décembre et 9 début janvier 2017.

« L’analyse que mène RTE conduit à placer cet hiver sous forte vigilance », a déclaré lors d’une conférence de presse Jean-Paul Roubin, directeur de l’exploitation.

Pour le seul mois de décembre, le parc nucléaire accuse un recul de 10.000 mégawatts (MW) par rapport à décembre 2015. Cette situation résulte de maintenances prolongées de façon exceptionnelle par EDF et des contrôles sur certains réacteurs exigés par l’Autorité de sûreté nucléaire (ASN).

Les énergies renouvelables compensent

Les périodes de tensions potentielles identifiées par RTE se situent mi-décembre, début et fin janvier, et début février.

Le développement des énergies renouvelables, des capacités d’importation et des économies d’énergie, va toutefois permettre de compenser en partie la baisse globale de production des sites nucléaires.

RTE estime ainsi que les capacités du parc éolien et photovoltaïque ont progressé de 12% en un an et que les lignes transfrontalières permettront d’importer jusqu’à 12.200 MW d’électricité produite à l’étranger, le niveau prévu étant plutôt de l’ordre de 7.000 à 9.000 MW en cas de vague de froid.

L’entreprise souligne également qu’elle a la possibilité de baisser le tension du réseau de 5%, ce qui réduirait la consommation de 4.000 MW, soit l’équivalent de la consommation du Grand Paris, sans interrompre l’alimentation électrique des Français.

Les prix sur les marchés européens de l’électricité ont atteint ces dernières semaines des niveaux inégalés en raison des incertitudes sur le niveau de production du parc nucléaire français pendant l’hiver.

18 réacteurs à l’arrêt

Les contrôles exigés par l’ASN, liés à la teneur en carbone de certaines parties des générateurs de vapeur de douze réacteurs, ont contraint EDF à annoncer jeudi le report du redémarrage de cinq d’entre eux et à revoir à la baisse ses prévisions annuelles pour la deuxième fois en quelques semaines.

Selon les données fournies par EDF et RTE, 18.400 MW, soit 29,09% de la capacité de production d’électricité nucléaire de la France, étaient indisponibles mardi matin contre 11.100 MW un an plus tôt.

Sur les 58 réacteurs exploités par EDF en France, 18 sont arrêtés (dont 8 pour des contrôles sur les générateurs de vapeur demandés par l’ASN), contre 11 il y a un an.

« La disponibilité du parc de production est structurante et donc la capacité d’EDF à remettre sur le réseau des groupes qui sont actuellement en maintenance (…) et à avoir l’autorisation de l’ASN est vraiment très importante », a souligné Clotilde Levillain, directrice générale adjointe de RTE.

Laisser un commentaire

Votre adresse de messagerie ne sera pas publiée. Les champs obligatoires sont indiqués avec *