Enjeu : la pénurie d’eau menace l’Hérault

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DOSSIER. Les départements de l’ex-Languedoc-Roussillon (Gard, Hérault, P-O et Aude) sont en tension. 80 millions de m³ d’eau douce sont prélevés en trop chaque année au détriment des équilibres naturels. Soit l’équivalent du Lac du Salagou ! Laurent Roy, directeur général de l’Agence de l’eau Rhône-Méditerranée-Corse, insiste sur l’obligation collective de lutter contre le gaspillage, en ville comme dans les campagnes. Des solutions existent : l’Aude, en précurseur, montre l’exemple.

Chaque année, dans l’ex-LR, 1,1 milliard de m³ d’eau douce sont prélevés dans la ressource naturelle, et notamment les cours d’eau l’usage humain : eau potable (292 millions de m³), irrigation (331 millions), industrie (15 millions) et… les canaux, dont le Canal du Midi et le canal de la Robine qui siphonnent à eux-seuls 475 millions de m³ d’eau douce ! « Au final, on se rend compte que le milieu naturel ne peut plus fournir suffisamment : il manque 80 millions de m³ pour an (soit la consommation annuelle en eau potable d’une ville de 1 million d’habitants) pour à la fois satisfaire la population et respecter les équilibres naturels et les milieux aquatiques, premières victimes des prélèvements forcés ».

Climat, sécheresse : tenir compte des projections alarmistes

Laurent Roy précise que la tension atteint son paroxysme en été, quand culminent demande touristique et besoins de l’agriculture. Plusieurs facteurs expliquent également ce « trou dans l’eau » de 80 millions de m³ : le mauvais état des réseaux urbains, le réchauffement climatique, les sécheresses. Or, la ressource naturelle n’est pas inépuisable. « Il faut obligatoirement économiser ces 80 millions de m3 car la situation ne va pas s’améliorer », insiste le directeur : « Météo France confirme une hausse des températures de 0,3°C en moyenne et une prévision à +4° d’ici 2100 avec une baisse des précipitations. Aujourd’hui, 57 % des territoires du sud sont en déficit d’eau chronique ». Si rien ne change, des phénomènes de pénurie d’eau vont se manifester très vite : « Le niveau du Rhône pourrait baisser de moitié d’ici 20 ans », affirme Laurent Roy.

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Gaspillage : 1 litre sur 4 n’arrive pas au robinet
Le directeur affirme qu’il faut commencer par faire des économies en entretenant les réseaux urbains hydrauliques, des « passoires » souvent délaissés par leurs gestionnaires (régies ou entreprises) : « 1 litre d’eau sur 4 n’arrive pas au robinet ! Les collectivités doivent prendre en main ce problème, et nous les y aidons ». Idem pour l’agriculture : « Il faut abandonner l’irrigation gravitaire (par ruissellement ou submersion) au profit de l’arrosage par aspersion ou le goutte-à-goutte qui consomment 4 fois moins d’eau ».

Des solutions existent pour « trouver » ces 80 millions de m3

Mais le directeur de l’agence de l’eau dispose d’une arme efficace : le PGRE, ou Plan de Gestion de la Ressource en Eau, qui permet aux acteurs politiques et économique d’un bassin de s’associer pour mettre en œuvre diverses actions (rénovation des réseaux, développement de nouveaux moyen de captation, etc)… A ce jour, dans le grand sud, 70 bassins se sont engagés dans des PGRE mais l’ex-Languedoc-Roussillon ne s’illustre pas dans ce domaine. Seul l’ouest Audois a signé un PGRE à ce jour, alors que Laurent Roy souhaite la création de 14 autres PGRE sur le territoire.

Dans l’ouest audois, le 1er PGRE du territoire en modèle

L’Aude affiche ses ambitions avec un PGRE « Fresquel » prévoyant une économie de plus de 30 millions de m3. Sur 87 actions identifiées, certaines ont déjà porté leurs fruits : « Nous allons économisé 10 millions de m3 sur le canal de la Robine en fermant certaines prises qui saignaient le fleuve Aude », indique Jacques Chabaud, président du syndicat mixte qui gère le PGRE : « De plus, nous constatons que sur les 100 millions de m³ annuels que consomme ce canal, 75 se perdent dans la nature pour finir dans les étangs et les salins qui n’ont pas besoin d’eau douce ». Une meilleure gestion de l’ouvrage pourrait encore améliorer les chiffres. L’élu audois explique qu’agriculteurs et viticulteurs, qui effectuent 75% des prélèvements, ont également été mis à contribution : « Des rivières ont été asséchées, or il faut maintenir un débit biologique minimum pour chaque cours d’eau. On y parvient en instaurant les nouveaux modèles d’irrigation ». L’opération a un coût pour le producteur, 1000 €/m2 pour installer pompes et canalisations, « mais c’est inévitable : nos producteurs l’ont compris et ont joué le jeu. Il faut agir collectivement avant qu’il ne soit trop tard», renchérit Jacques Chabaud en expliquant que le projet a reçu le soutien financier de l’agence de l’eau, du Département et de la Région et du Feader : « Nous sommes à la disposition des collectivités pour leur montrer ce que nous avons fait ».

Utiliser l’eau des barrages, une ressource inexploitée

Enfin, l’agence de l’eau pointe une autre solution : utiliser l’eau des barrages régionaux. « Prenons un exemple : le lac du Salagou et ses 100 000 0000 de m3 inexploités », détaille Laurent Roy : « Nous avons la possibilité d’utiliser cette réserve pour compenser les prélèvements en été. Avec cela, on arrive à l’équilibre des 80 millions de m3 qui manquent. Il faut travailler à mettre en place et à grande échelle un système de gestion collective de l’eau ». Jacques Chabaud confirme cette vision : « Il faut parvenir à installer ces14 PGRE qui serviront à maîtriser la consommation, à préserver l’environnement et à assurer l’avenir de l’agriculture et de la viticulture. Le PGRE ne vise pas seulement l’équilibre : il permet aussi de voir au-delà pour préparer l’avenir de nos enfants ».

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Une réaction

  1. Pendant des dizaines d’années, la solution aux problèmes de gestion de l’eau a consisté à pomper de plus en plus dans les réserves, et à aller chercher cette eau toujours plus loin, avec des coûts d’exploitation de plus en plus importants.
    Autrement dit, des solutions court terme, qui agissent sur les conséquences plutôt que sur les causes. Ces raisonnements court terme sont toujours les plus couteux pour la collectivité et les moins efficaces à long terme. Quand je lis que la solution pour certains sera de pomper dans le Salagou, que fera t-on quand ce lac sera à sec ?

    Les meilleures solution sont toujours celles qui s’attaquent aux causes plutôt qu’aux conséquences. Ce sont toujours les plus économiques, les plus écologiques, et les plus durables dans le temps.

    De l’eau dans le Languedoc Roussillon, il y en a. Le problème, c’est en particulier son intermittence. Quand il pleut, il pleut beaucoup. L’artificialisation des terres, la déforestation et la canalisation des cours d’eau font que cette eau n’a plus le temps de pénétrer dans la terre.

    Mais il y a aussi le problème de l’entretien des réseaux d’eau potable et des canaux, ou les techniques d’irrigation utilisées (par les agriculteurs, les particuliers et les collectivités locales : tout le monde est responsable).

    Il existe une solution simple à la fois pour les viticulteurs, les oléiculteurs, les collectivités locales et les particuliers. Cette solution s’appelle Polyter. Pour comprendre de quoi il s’agit, vous pouvez aller sur le blog soluter.fr

    Polyter permet à la fois de :
    + réduire les besoins en arrosage de 80%,
    + augmenter la production des oliviers et des vignes,
    + réduire sensiblement le stress hydrique des végétaux,
    + favoriser la vie du sol

    Plusieurs domaines s’intéressent à Polyter, en particulier pour supprimer totalement la mortalité des jeunes plants. 2000 € investis à l’ha permettent de gagner 4000 € à 7000 €/an dès la première année.

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