Attentat déjoué dans l’Hérault : la chronologie de l’opération

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TATP.
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TERRORISME. Les premières informations sont tombées vendredi matin, brutales, inattendues : un attentat avait été déjoué et des terroristes présumés neutralisés à l’aube, à Montpellier, à Clapiers et à Marseillan. Toute la journée, les informations ont été complétées. Dans l’Hérault, on n’a parlé que de l’affaire, surtout à Clapiers et à Marseillan, deux villages tranquilles.

Retour sur cette spectaculaire opération antiterroriste, qui atteste que nos services du renseignement sont performants.

Semaine du 30 janvier au 3 février

Pavé

Agitation à la Direction générale de la Sécurité intérieure, la DGSI, à Paris : Malik âgé de 33 ans connu pour fréquenter le milieu des jihadistes, notamment une filière syro-irakienne et placé sous surveillance 24h sur 24 -filature, interception téléphonique etc.- s’agite beaucoup, dans l’Hérault, où Il est en contact avec un jeune couple, Thomas, 20 ans et Sarah, 16 ans. Il s’agit de confectionner une bombe pour une attaque terroriste dans la région de Montpellier.

Sarah est rapidement localisée chez sa mère, avenue Saint-Lazare, entre le cimetière et le Corum, à Montpellier. L’immeuble sera investi par les policiers du RAID, vendredi, peu après 6h. Mais, Thomas, indésirable chez les parents de sa compagne est plus difficile à « loger ». SDF, il est hébergé ici et là. Les policiers finissent rapidement à remonter à son adresse. Sarah, discrètement filée va mener les policiers jusqu’à Clapiers. Dans des blocs de logements sociaux du quartier du Fesquet.

Les policiers de la sous-direction antiterroriste (Sdat) et du SRPJ de Montpellier demandent alors le précieux concours de gendarmes de la compagnie de Castelnau-le-Lez. Ceux de la brigade de Clapiers-Jacou ont une parfaite connaissance du terrain et du quartier. Très vite, le locataire de l’appartement où est hébergé Thomas est identifié. Le quadragénaire qui loue l’appartement est absent, Thomas y vit seul. Le locataire des lieux a consenti à héberger gracieusement le jeune homme, à la demande de sa concubine qui est une amie de Sarah.

Un dispositif très discret est mis en place, 24h sur 24. Les enquêteurs se font communiquer la configuration des logements de Clapiers et de l’immeuble de la route de Nîmes, à Montpellier. Les faits et gestes de Thomas et de Sarah qui se retrouvent régulièrement sont épiés en permanence. La villa de Malik à Marseillan est surveillée, jour et nuit.

Lundi 6 février

Sur sa page Facebook, Sarah évoque son amour fou pour Thomas, leur projet de préparer un attentat avec Malik, mais, parle de se marier juste avant. C’est Malik qui leur a promis de s’occuper du mariage, depuis sa maison de Marseillan.

Après avoir dit oui à Sarah, Thomas se ferait sauter, lors d’un attentat suicide. Une première source évoquait sur un site touristique très fréquenté de Paris, avec un gilet rempli d’explosifs. Une autre source indiquait que l’hypothèse d’un attentat imminent, durant ce week-end probablement aurait plutôt visé une discothèque de la région de Montpellier. Le ministère de l’Intérieur n’a ni confirmé, ni informé cette information.

Le procureur de la République de Paris qui est compétent dans cette procédure criminelle devrait tenir une conférence de presse, le jour de la présentation des suspects au parquet antiterroriste, certainement mardi.

Mardi 7

La surveillance des suspects est renforcée. Des policiers des unités spécialisées de la Direction interrégionale de police judiciaire (DIPJ) de Marseille et du SRPJ de Montpellier, notamment la BRI -brigade de recherche et d’intervention, l’ex-anti-gang- sont mis à contribution.

Mercredi 8

Les policiers apprennent qu’une pièce de l’appartement de la résidence Lavalette à Clapiers a été transformée en laboratoire scientifique : Thomas est en train de fabriquer un engin explosif puissant avec de la TATP : acétone, eau oxygénée, acide sulfurique, seringues et gants de protection. Malik est soupçonné de lui avoir communiqué par manuscrits la technique complète pour confectionner cette bombe.

C’est cet explosif qui a ensanglanté les rues de Paris, lors de l’attentat du 13 novembre 2015. 71 grammes de TATP ont été saisis dans l’appartement de Clapiers, prêts à être utilisés. Le parquet antiterroriste de Paris est alerté.

D’où la confirmation par le Premier ministre, Bernard Cazeneuve et par le ministre de l’Intérieur, Bruno Le Roux, après l’opération de vendredi qu’un attentat était imminent dans la région de Montpellier.

Autre élément qui précipite l’enquête sur le couple : une vidéo dans laquelle Sarah fait allégeance à l’État Islamique (EI), Daesh est identifiée sur sa page Facebook.

Les policiers sont sur les dents, des renforts débarquent à Montpellier. L’opération, fixée à vendredi 10 dès 6h, simultanément à Montpellier, Marseillan, Clapiers et Hautes-Rivières dans le département des Ardennes, au domicile des parents de Thomas, se prépare dans le secret absolu. Très peu de hauts responsables de la police nationale et de la gendarmerie de l’Hérault sont mis au parfum.

Jeudi 9

Tout est en place sur le papier et sur le terrain pour frapper le lendemain à l’aube. Toutefois, notamment dans le quartier du Fesquet, à Clapiers, des locataires sont intrigués depuis deux jours par le manège anormal de voitures banalisées avec des hommes et des femmes en civil, à l’intérieur. Et par la présence d’autres véhicules en stationnement, avec des occupants à bord, jour et nuit. Mais, ils n’y prêteront pas plus attention. Ils auront la réponse, vendredi matin, après que les policiers d’élite du RAID aient envahi le quartier.

Vendredi 10

6h10 : les portes des appartements de Clapiers, de Marseillan et de l’immeuble de la route de Nîmes, à Montpellier sont simultanément défoncés à coups de bélier par le RAID. Au domicile de Malik est interpellé un ami, âgé de 26 ans, qu’il hébergeait. Les 4 suspects sont placés en garde à vue. L’enquête s’attache à établir quel est le degré d’implication de l’ami du commanditaire présumé. Il nie être lié à ce projet d’attentat terroriste. Mais, pourquoi a t-il passé la nuit chez Malik, alors que son appartement est située à 200 mètres ? Logement qui a été fouillé par les policiers du RAID et du SRPJ, dès 8h. Le rôle de Malik était également d’apporter un soutien logistique au projet du jeune couple. Cet ami et voisin avait t-il décidé de l’aider ?

Les gardes à vue vont durer 96 heures. On ignore ce samedi matin quelle est leur attitude : s’expliquent t-ils sur les faits présumés reprochés ? Ou gardent t-ils le silence, comme la loi le permet ? Les suspects pourraient être transférés à Paris, ce week-end, pour être interrogés dans les locaux de la Sdat, avant l’ouverture d’une information judiciaire par le parquet antiterroriste de Paris, en vue de leur mise en examen, probablement mardi.

 

 

 

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Sa passion, c’est son métier depuis déjà 36 ans. Spécialisé dans le traitement des faits-divers et dans les chroniques judiciaires, ce « roi du scoop » natif du Luberon ne compte jamais ses heures. Ses atouts : une plume aiguisée et un réseau d’informateurs à faire pâlir.

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