Campagne générique

Sept albums à ce jour et déjà une solide communauté de fans pour les 7 acolytes du groove band ELECTRO DELUXE, qui sortaient fin septembre leur dernier opus “Circle“, qu’ils soumettent désormais à l’épreuve de la scène, emmenés par un leader charismatique : James Copley.

Avec ses airs de dandy-gourou, moitié garçon de bonne famille, moitié chamane, James Copley n’aura pas mis bien longtemps à incarner aux yeux du public l’énergie d’une bande de musiciens accro à la scène, aux cuivres et aux notes soul & funk. Bad boy de la “feel good music“, cet amoureux de musique noire américaine installé à Montpellier depuis 4 ans, a grandi en Amérique à Cincinnati-Ohio. Son père, inconditionnel du King, de Johnny Cash et de musique Gospel lui transmet le virus dès ses plus jeunes années : “Mes influences musicales, c’est un peu son héritage“, raconte Copley, qui se souvient avec une pointe de nostalgie que le petit James de l’époque écumait, week-end après week-end, rassemblements protestants et manifestations religieuses pour participer avec ses quatre soeurs, son frère et ses parents, à des concerts au sud du pays.

Sur la route

De ces longues heures passées sur les routes américaines à l’arrière du tour bus familial Greyhound réaménagé, il se souvient des répétitions improvisées tous ensemble : “Mes soeurs faisaient les choeurs, mon frère jouait de la basse, ma mère et mon père chantaient…Nous avions même la chance d’avoir avec nous au piano le neveu de Jerry Lee Lewis. Il y avait une énergie folle à bord du bus. Moi, à l’époque, je ne jouais d’aucun instrument et je ne chantais pas. J’aidais juste“.

La révélation

En écoutant son père reprendre en version gospel The green green grass of home du chanteur Tom Jones, il se laisse envahir par l’émotion. “À chaque fois, les larmes m’envahissaient“, confie-t-il. C’est la révélation. Ou plutôt le début d’un lent processus qui l’amènera à devenir chanteur 30 ans plus tard. Mais le petit James ne le sait pas encore. Jeune adulte, après une scolarité classique, il rentre rapidement sur le marché du travail après des études en psychologie-sociologie. Il devient éducateur spécialisé dans un centre pour enfants maltraités, puis principal adjoint dans un centre culturel pour jeunes en difficultés. Mais un drame se produit. Deux ados se suicident au sein de l’établissement. Il est marqué à jamais et décide de rompre son contrat pour “faire le vide“. Il prend une année sabbatique, se réfugie au coeur de la campagne californienne, trouve un petit job de jardinier dans un village perdu et lit, écrit, pense. Par hasard, dans cette campagne isolée, il rencontre une touriste française. Amoureux et intrigué, il la suit en France, lui fait un enfant, se trouve un premier job chez Arte, suit des cours de français et se construit une vie, loin des routes américaines et des tours de chants. Il devient même père pour la seconde fois, change de job et replonge à corps perdu dans sa vie de père de famille, devenu entre temps chargé de relations publiques chez Columbia… Jusqu’au jour où la musique réapparait dans sa vie.

Un destin tout tracé

“Un soir en vacances, on m’a repéré dans un bar. J’y grattais la guitare en chantant avec des copains du côté de Gruissan. De fil en aiguille, je rencontrerai rapidement le groupe. La suite, vous la connaissez…“, sourit-il. Le voilà alors, à l’aube de ses 40 ans ,en pleine reconversion. “J’avais un bon job, je gagnais bien ma vie et j’ai tout lâché. J’ai suivi mon instinct qui me disait : tu as ça dans le sang !“. Il se souvient, en discutant, d’un jour de lycée en apparence anodin qui, il s’en aperçoit aujourd’hui, changerait progressivement le cours de sa vie. A peine âgé de 15 ans, il participe alors sans conviction à un cours de cuisine. Soudain, un prof de musique du nom de Michael Hanning interrompt le cours, lui fait quitter la classe et lui dit : “Copley. Ne perdez pas votre temps à bécoter au cours de cuisine, je vous attends en salle de chant. Je connais votre famille. Vous êtes des artistes. Vous allez chanter. Vous avez ça dans le sang“. L’homme, disparu il y a peu, ne s’était pas trompé.

“Copley. Ne perdez pas votre temps à bécoter au cours de cuisine, je vous attends en salle de chant. Je connais votre famille. Vous êtes des artistes. Vous allez chanter. Vous avez ça dans le sang“

Et c’est sur scène, plusieurs décennies plus tard, que l’histoire se matérialise et donne raison au vieux professeur de chant. Devant son public, Copley se révèle. Là, sur les planches, s’établit la communion, s’opère la transformation, cette “transe“ presque mystique qui transporte la foule, comme en 2014, lors du passage (autoproduit !) d’ELECTRO DELUXE à l’Olympia. Là, vibrant au groove d’une basse pour dancefloor, marchant au son des orgues hérités  des grandes maisons soul, se consumant sous les cuivres descendants directs de ces groupes de funk flamboyants, envahi par les choeurs gospelisant, et entouré de “ses mercenaires“ Jérémie Coke (Basse), Gaël Cadoux (Claviers), Arnaud Renaville (Batterie), Thomas Faure (Saxophone), Vincent Payen (Trompette) et Bertrand Luzignant (Trombone), il alterne, incendiaire, la claque et la caresse avec le micro.

Histoire de partager le plaisir, les sept pensionnaires d’ELECTRO DELUXE invitent même pour des scènes exceptionnelles, ceux qu’ils appellent “le big band“ : treize cuivres. Groove funky puissance 1000 garanti !

À la recherche de l’authenticité

Aujourd’hui, ELECTRO DELUXE n’a plus rien à voir avec le groupe des débuts. Samplers, machines et platines ont été soigneusement rangés. Un rapide coup d’oeil dans le rétroviseur suffit pour voir – ou plutôt pour entendre- que les sonorités ne sont plus les mêmes. Le groupe fondé en 2001 a progressivement abandonné le style électro-jazz de ses débuts pour revenir aux sources de la funk et de la soul music noire américaine. En cela, l’arrivée de l’Américain Copley en 2010 aura marqué une rupture dans l’histoire du groupe. Pas dans son unité : “Nous formons comme une famille au sein de laquelle on m’a donné une place à part entière“, explique le chanteur.

Si la fougue originelle demeure (les inconditionnels se souviennent qu’à ses balbutiements, ELECTRO DELUXE était un quatuor formé par Gaël Cadoux, Jérémie Coke, Arnaud Renaville et Thomas Faure), la bande de copains s’est simplement élargie avec les arrivées successives de Vincent Payen, Bertrand Luzignant et James Copley. Depuis, ils font le tour des plus grands festivals en France et à l’étranger. En ce moment, ils présentent “ALL ALONE“, le premier single de leur dernier bébé “CIRCLE“, enregistré dans les historiques studios Sidney Bechet (anciens studios des disques Vogue devenus depuis studio MidiLive). En studio, entourés de matériel vintage, caressant leurs instruments vintages, les 7 copains exultent et décident “afin d’éviter toute déperdition de chaleur“, d’enregistrer tous les titres en live. “On a mis deux jours à dépoussiérer et à accorder les instruments. Puis, on s’est mis à jouer et on s’est laissés complètement aller. Jouer ensemble face à face en parfaite osmose, c’était un pur bonheur“, se souvient Copley, qui a signé l’intégralité des 14 titres.

Coup de coeur pour les tracks 6 “oh no“ (groovy à souhait), le dansant “Keep my baby dancing“ (track 2), les enthousiasmants “Liar“ et “Cut all ties“ (pistes 4 et 9) et l’élégant “Circle of life“ (track 7), qui semble vouloir rappeler que les artistes passent mais que les légendes demeurent. En ce point, les ELECTRO DELUXE semblent vouloir marcher dans les pas de leurs idoles. Esprits de Marvin Gaye, Otis Redding, James Brown, êtes-vous là ? A vous d’en juger !

Interview à retrouver aussi dans Métropolitain, le Mag

 

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