La réunion publique vire à l’affrontement politique

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La réunion publique vire à l'affrontement politique

Après Saint-Jean-de-Védas et Juvignac, hier s’est tenue à Montpellier la dernière réunion publique de concertation autour du contournement ouest. Si les citoyens « ordinaires » étaient invités à venir s’y informer et partager leurs avis, le peu à y avoir assisté a pu contempler un bien triste spectacle donné par les politiques présents.

A la tribune Isabelle Guiraud, maire de Saint-Jean-de Védas, Marie-Thérèse Mercier, conseillère régionale, et Philippe Saurel, président de la Métropole, ainsi que Patrick Burté, directeur adjoint des transports à la DREAL Occitanie, présentent le projet dans les grandes lignes. Chacun affiche l’unité des différentes institutions impliquées financièrement comme le souligne Marie-Thérèse Mercier : « C’est important pour tout le monde d’entendre que nous parlons d’une seule voix » . De son côté Isabelle Guiraud défend l’intérêt de ses administrés : « Saint-Jean-de-Védas est victime d’un trafic de transit en l’absence de cette rocade. Le contournement ouest est pour nous une nécessité » . Et Philippe Saurel d’aller plus loin : « C’est un chantier utile dans les 30 ans à venir pour le développement démographique et économique du territoire » . Avant même l’exposé synthétique et bien construit de Patrick Burté, le président de la Métropole allume la première mèche d’une soirée explosive : « Je vois beaucoup de députés faire du lobbying à Paris auprès du ministre des transports pour faire péter le projet. Je donnerai les noms devant les caméras pour qu’ils assument » .

Premier à prendre le micro dans la salle, Jean-Louis Roumégas

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Dans une salle clairsemée, environ 150 personnes assistent à la réunion. Conseillers municipaux de la majorité montpelliéraine, élus des communes de la métropole et représentants de diverses associations environnementales constituent une très grande part de l’assistance. Contrairement aux deux réunions précédentes, très peu de citoyens « ordinaires » ont fait le déplacement. Après les prises de paroles succinctes et l’exposé du projet à la tribune, place aux questions de la salle.

Premier à prendre le micro, Jean-Louis Roumégas. Le député EELV de la 1ère circonscription de l’Hérault commence d’emblée par s’exclure de l’accusation portée par Philippe Saurel. S’il a souhaité assister à la réunion de concertation c’est pour présenter son projet alternatif. Grand mal lui aura pris d’évoquer la ligne 5 du tramway. Le président de la Métropole saisit la balle au bond : « De la politique j’en fais. Je ne suis pas en campagne pour les législatives mais je défends les projets » . En l’espace de 5 secondes, les applaudissements de l’état major et des traditionnels supporters de Philippe Saurel qui s’en suivirent transformèrent la réunion de concertation en un débat politique. Aux rares citoyens présents de comprendre à quoi ils allaient ensuite assister.

« Faire une 2×2 voies, ce n’est pas faire une autoroute »

Sous prétexte que Jean-Louis Roumégas est député, Philippe Saurel et son clan l’invective. Selon eux, cette réunion de concertation n’est pas l’endroit où il peut prendre la parole pour s’exprimer sur le sujet. L’écologiste s’en défend : « Je voudrais un débat de fond Monsieur Saurel. J’espère que ce n’est pas la polémique qui va l’emporter, ce n’est pas mon propos » . Un voeu qui restera pieu… Dans un premier temps, Isabelle Guiraud fait preuve de pédagogie en répondant concrètement, point par point, à Jean-Louis Roumégas. Et Marie-Thérèse Mercier de se montrer pragmatique envers lui : « Je voudrais vous rappeler le temps qui a été mis pour arriver à ce projet et rappeler que l’on est sur une troisième version. Quand je vous dis ça, c’est pour vous dire qu’aujourd’hui les collectivités et l’Etat ont réussi à se mettre d’accord. je pense qu’il faut en tenir compte » . Patrick Burté en profite pour faire un point de syntaxe : « Faire une 2×2 voies, ce n’est pas faire une autoroute. La RD65 ou la pénétrantes de Montpellier ce sont des 2×2 voies mais ce ne sont pas des autoroutes. On fait peur en disant cela va être une autoroute » .

« Mais nous aussi on est écolos ! »

Après un bon quart d’heure, dont 5 minutes à rester debout à attendre que les politiques aient fini leurs échanges, une représentante de l’association Mosson Coulée Verte pouvait présenter ses recommandations environnementales. Une courte parenthèse avant que les hostilités ne reprennent suite à l’intervention de Michel Lentheric, ancien premier adjoint à Saint-Jean-de-Védas et proche de Jean-Louis Roumégas : « La parole que je porte a été discutée et partagée par le collectif des Verts de Montpellier« . Il n’en fallut pas plus pour provoquer l’ire de Philippe Saurel : « Mais nous aussi on est écolos !« .

« C’est une concertation ou pas ? »

Au bout de 25 minutes quelqu’un tente de prendre la parole : « Un simple citoyen voudrait intervenir. Laissez un peu la parole aux simples citoyens ordinaires. Nous aussi on a peut être des choses à dire. Je crois que c’est « La parole est à vous«  (ndlr : intitulé de la réunion du soir) » . Il devra patienter 5 minutes de plus le temps laissé à Isabelle Guiraud de répondre à Michel Lentheric. Si la personne pu enfin s’exprimer ce fut pour apporter son témoignage sur le rond-point de Baillargues qui selon lui à améliorer la circulation dans le secteur. L’occasion alors pour Jean-Luc Meissonnier d’intervenir ce qui donna lieu à une passe d’armes avec Jean Louis Roumégas : « Ne me coupe pas la parole. Cela fait quatre ans que je ne savais pas que tu existais. Cela fait quatre ans que je ne t’ai pas entendu. Si je suis là aujourd’hui en temps que maire d’une commune de l’Est c’est pour soutenir mes collègues de l’Ouest (…) Vous êtes là pour empêcher les choses. Je ne pense pas que Monsieur Burté et les services de l’État soient là… » . Le député l’interrompt : « C’est une concertation ou pas ? » . « Oui c’est une concertation mais amenez quelque chose de positif » lui rétorque le maire de Baillargues.

Jean-Louis Roumégas engagera une procédure auprès de la CNDP

Jean-Louis Roumégas prit alors la parole une dernière fois : « Soit c’est une réunion de concertation soit il n’y a rien à concerter et il faut juste valider le projet. J’aimerais que l’on ne caricature pas nos positions. On a fait des contre propositions sur un projet moins important. On n’est pas dans le refus. On est au stade de la concertation même pas de l’enquête publique donc ces réunions sont bien faites pour ça, pour que les gens puissent faire des contre propositions« . Et d’annoncer sous les huées qu’il allait engager une procédure auprès de la Commission nationale du débat public. A Patrick Burté de lui répondre avec neutralité : « Aujourd’hui on entend votre proposition. On l’intègre à la concertation. On fera le bilan global qui sera validé par le Préfet avec les collectivités. Pour l’instant on note toutes les propositions. La vôtre est notée au même titre que toutes les autres » .

Une dernière pique de Philippe Saurel sur le parc Montcalm enflamma une dernière fois le débat et donna l’occasion aux deux partis présents de s’invectiver une ultime fois. Les uns accusant les autres d’être en campagne et les autres de crier au déni de démocratie. De quoi donner une triste image de la politique entre la cour de récréation et la criée…

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Journaliste depuis plus de 10 ans et amoureux de Montpellier, Cédric se décrit comme un observateur discret de la vie locale. Aux scoops, il préfère consacrer sa plume à mettre en lumière individus et initiatives. Ses centres d’intérêt ? « Aussi variés que les facettes de la ville ».

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